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de A à Z, le monde en musiques


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Bahamas (I) – folk

Les Bahamas sont un ensemble d’îles situées au nord des Caraïbes, dans l’Océan Atlantique, au Nord de Cuba et à l’Est de la Floride. Découvertes par Christophe Colomb en 1492, elles ont longtemps été sous dominance britannique. Leur indépendance a été déclarée en 1973 mais les îles font toujours partie du Commonwealth. La musique des Bahamas s’apparente à celle de la région, du calypso, de la soca, du reggae mais il existe également un style particulier, le junkanoo, une parade de rue qui a lieu le 26 décembre et le jour de l’an, accompagnée de musique. Ses origines se retrouvent  probablement en Afrique de l’Ouest, en région Yoruba et il se serait développé au 16e et 17e siècles dans les communautés d’esclaves. Différents artistes se sont inspirés de ces traditions pour leur musique.

Joseph Spence (1910-1984) était un guitariste et chanteur local qui a été enregistré par l’ethnomusicologue Samuel Charters en 1958 pour Folkways (1). Jody Stecher et Peter Sieger ont fait de même en 1965 (2) et ces deux albums ont eu un grand succès aux États-Unis, faisant connaître l’artiste qui y a fait plusieurs tournées. Son répertoire était traditionnel, du calypso à des chansons religieuses en passant par les “ant’ems” des pêcheurs d’éponges locaux (avec notamment le morceau Sloop John B, rendu célèbre par les Beach Boys).

Joseph Spence, Brownskin gal (1958):

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Allemagne (II) – 70’s folk

L’Allemagne n’a pas échappé au revival folk des années 1960 et 70 mais beaucoup de groupes ne retrouvant le chemin des traditions locales se sont tournés vers du folk ou du blues anglo-américains. Ougenweide, un groupe de Hambourg, s’est basé sur des textes littéraires allemands et a composé une musique folk rock progressive inspirée des anglais de Fairport Convention ou Pentangle (wikipedia parle de “folk rock médiéval”). La chanson Willkommen commence (évidemment) avec une flûte à la Jethro Tull (en général, je suis déjà partie là) mais une fois que les guitares électriques prennent le dessus, le morceau devient tout à fait écoutable. Oui, c’est typique d’une époque mais pas mauvais pour cela. Typiques aussi sont les looks des musiciens, cheveux longs bien plats, tuniques ou robes ethniques et gilet en cuir (pas de mouton retourné cette fois-ci). Il ne faut pas sous-estimer ce genre de groupe: leur chanson Merseburger Zaubersprüche a été reprise par le groupe de metal In Extremo (en live, parce c’est toujours mieux de voir les musiciens !).

Ougenweide • Willkommen (1976)


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Sur la platine – Janvier 2012

Une nouvelle formule de “Sur la platine”: une par mois, avec quelques commentaires sur les disques que j’ai trouvés intéressants le mois écoulé.

I listen to the wind that obliterates my traces: livre-cd édité par Dust To Digital, compilé par Steve Roden. Old time, gospel et musique hawaïenne enregistrés essentiellement dans les années 20 et 30, accompagnés de photographies anciennes en rapport avec la musique. Très bel objet à feuilleter tout en écoutant une musique d’un autre temps. (Dust To Digital)

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Del’s Jazz Biguine, Les années Ritmo, Paris 1951-1953: Eugène Delouche était un clarinettiste antillais écumant les clubs du Paris de l’après-guerre, où il interprétait un vaste répertoire de biguines, valses et mazurkas créoles mais aussi de jazz et de musiques latino-américaines. Intégrale des enregistrements pour le label Ritmo. Quelque peu désuet mais très plaisant. (Frémeaux & Associés)

Melingo, Corazón & hueso: nouvel album du chanteur argentin à la voix profonde et grave. Tangos sombres et intenses, romantiques et intimistes, tragiques, violents, un style que Melingo définit lui-même par “prototango”. (World Village)

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The original sound of cumbia. The history of Colombian cumbia & porro as told by the phonograph 1948-79: toute l’histoire de deux styles colombiens importants, la cumbia et le porro, expliqués en deux cd. Présentation soignée et disque dansant à souhait. (Soundway)

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Opika pende. Africa at 78 rpm: quatre cd de musique africaine retranscrite depuis des 78 tours édités entre 1909 et le début des années 1960. Un très bel objet, bien documenté, venant du label Dust To Digital. Indispensable pour étudier l’histoire des styles africains et entrevoir leur diversité. (Dust To Digital)

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Ablaye Ndiaye Thiossane, Ablaye Ndiaye Thiossane: après 50 ans de carrière dans divers grands groupes de musique sénégalaise, Ablaye Ndiaye Thiossane sort enfin à 76 ans son premier album solo. Et c’est avec plaisir qu’on écoute son mélange de musiques afro-cubaines et de rumba africaine ! (Syllart)

Lucy Ward, Adelphi has to fly: la scène folk anglaise est extrêmement vivante aujourd’hui et ce disque en est un très bon exemple. Lucy Ward, jeune chanteuse, guitariste et joueuse de concertina (un petit accordéon) originaire du Derby interprète des chansons traditionnelles et des compositions délicates mais poignantes (souvent sur le sujet de la mort). (Navigator)

La reprise du mois: Les Charbonniers de l’Enfer, Le vent nous portera

Le morceau que j’ai le plus écouté ce mois-ci: Cambodian Space Project, A go-go (clip tourné pendant mes vacances à Bangkok)


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Sur la platine: Etats-Unis (essai de rattrapage VI)

Justin Townes Earle, Harlem River blues: chansons sur New York, sa rivière, Brooklyn, le métro mais aux accents country, americana. Un nouveau classique dans la lignée de Hank Williams ou Johnny Cash, intemporel et moderne en même temps. (Bloodshot Records, en écoute sur we7) 7,5/10

Hank Williams III, Rebel within: nouvel album du petit-fils de Hank Williams, toujours country punk rock, avec de nombreux éléments de honky tonk et d’outlaw country. Country plus calme cependant que les albums précédents, à la voix nasillarde et traînante. Album de “rebelle”, parlant de problèmes avec l’alcool et la drogue. (Sidewalk Records, en écoute sur grooveshark) 7/10

Entre Etats-Unis et Irlande:

Bob Brozman, John McSherry and Dónal O’Connor, Six days in down: voici un disque qui peut faire aimer les musiques irlandaises aux plus récalcitrants ! Les guitares de Bob Brozman, la cornemuse de John McSherry et le violon de Donal O’Connor s’entrecroisent dans des traditionnels aux arrangements nouveaux mais aussi des compositions comme ce “Beer belly dancing” aux phrases rythmiques irlandaises mais aux notes empruntées à un mode proche-oriental. (Riverboat, avec extraits) 7,5/10


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Un siècle en chansons, un siècle d’histoire

Connaissez-vous Pete Seeger ?

Pete Seeger. Un siècle en chansons, le nouveau livre d’Etienne Bours est une biographie, mais elle n’est pas forcément chronologique. On apprend à connaître Pete Seeger via sa famille, sa mère violoniste, son père musicologue, sa belle-mère pianiste et compositrice mais aussi via ses amis, Alan Lomax ou Woody Guthrie. Ce sont surtout les textes de ses chansons qui servent de fil conducteur, les textes politiques sur la Deuxième Guerre mondiale, la guerre du Vietnam, les droits civiques des Noirs, les luttes syndicales ainsi que la défense de l’environnement. Pete Seeger est un personnage majeur de l’histoire de la chanson engagée, et malgré les soucis qu’il a eu avec le gouvernement américain – il a été suspecté de communisme, fiché par le FBI, jugé et condamné, puis acquitté, juste pour avoir dit la vérité – ce sont des hommes comme lui qui font avancer les choses. Aujourd’hui encore,  après avoir toute sa vie défendu des causes mondiales, il a décidé de se tourner vers sa communauté en exigeant une meilleure protection de l’environnement et tout particulièrement la fin de la pollution du fleuve Hudson. Il travaille inlassablement pour un monde meilleur et a enregistré un disque avec les écoliers de sa région à l’âge de 89 ans (Pete Seeger with the Rivertown kids and friends, Tomorrow’s children, sur le label Appleseed). Son nouveau credo est Think globally, act locally.

C’est également un livre qui raconte l’histoire des musiques américaines, les musiques old time, hillbilly, le blues et leur revival, sans oublier évidemment tout le mouvement folk, de Woody Guthrie à Bob Dylan, mais aussi jusqu’à des artistes plus récents comme Bruce Springsteen ou Ani Di Franco.

L’œuvre de Pete Seeger gagne à être mieux connue dans le monde francophone et j’espère que le livre d’Etienne Bours y contribuera. L’auteur connait bien son sujet suite à des recherches approfondies, à la patiente traduction des textes de chansons mais aussi grâce à une rencontre pleine d’émotions et de moments cocasses avec Pete Seeger lui-même, le chanteur ayant aujourd’hui quelques problèmes de mémoire. Le livre se lit comme un roman: un fois commencé, impossible de l’arrêter. Je n’ai pas peur de dire que ce livre est excellent même si certains me reprocheront de ne pas être impartiale – je connais Etienne Bours depuis des années et c’est lui qui est responsable d’une grande partie de mes connaissances en musiques du monde . Je  trouve même ce récit trop court; quand je l’ai refermé, j’ai connu une sensation de manque, j’aurais aimé qu’Etienne nous en raconte plus, nous emmène encore plus loin sur le chemin des musiques américaines et sur l’histoire de ce siècle. Parce que c’est ce qui m’a le plus intéressé dans ces pages sur Pete Seeger, c’est la réécriture de l’histoire américaine et mondiale par l’intermédiaire de la vie d’un chanteur, de ses textes et de son engagement.

Vous pouvez écouter Etienne Bours chaque semaine dans l’émission Terre de sons sur Musiq3 (à écouter en podcast via cette page) et lire ses autres ouvrages, l’essentiel Dictionnaire thématique des musiques du monde (Fayard – 2002) et le passionnant Le Sens du Son (Fayard – 2007).


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Sur la platine (Février 2009-I)

Janvier a filé à toute vitesse, février aussi, et je me rends compte que je prends du retard dans cette rubrique mensuelle. Voici donc en quelques lignes les disques qui m’ont marqué récemment et dont certains mériteraient un commentaire bien plus détaillé. Pour certains de ces disques, des extraits sonores sont disponibles en cliquant sur la cote.

Masters of the Sarawakian sape: luth traditionnel de Sarawak (Bornéo / Malaisie) aux rythmes lancinants et envoûtants.

– Lula Côrtes e Zé Ramalho: Paêbiru: composition de 1974 se voulant proche de la nature et des mythes anciens, au chant et rythmes ensorcelants. Un exemple de psychédélisme brésilien.

– Mary Hampton: My mother’s children: chansons néo-folk aux jolies histoires parfois un peu gothiques et pleines de sensualité. A suivre, tout comme le reste du label Navigator, malheureusement très mal distribué en Belgique.

Deux disques laotiens:

– Vongdonti Lao Deum: Dok Champa: mélodies du passé. Laos, Champassak et Laos: musique de l’ancienne cour de Luang Prabang: musiques du sud et du nord du pays, jouées par des orchestres combinant percussions mélodiques et cordes, accompagnés de chant, que l’on peut rapprocher des traditions cambodgiennes et thaïlandaises.  Essentiel pour la discographie laotienne !

Deux compilations pour compléter la série des musiques psychédéliques africaines:

African pearls: Guinée 70 – The discothèque years: orchestres nationaux guinéens intégrant les influences occidentales et cubaines sur des rythmes mandingues.

African pearls: Mali 70 – Electric Mali: âge d’or de la musique malienne – les orchestres s’électrisent et modernisent le répertoire traditionnel bambara. Dansant et hypnotique !

Et en attendant les vacances qui sont encore bien lointaines, un petit avant-goût:

– Sayon Bamba: Mod’vakance: chanson africaine actuelle, légère et dynamique mêlant instruments d’ici et d’ailleurs mais où les traditions guinéennes sont aisément reconnaissables. Rafraîchissant !

Par contre, si vous souhaitez vous replonger dans des ambiances plus sombres et nostalgiques, écoutez:

– Angelo Badalamenti: Twin Peaks. Season 2 music and more: toujours aussi puissant et addictif !

 


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Sur la platine (Décembre 2008 – I)

Encore un mois passé à toute vitesse, mais non sans quelques découvertes / confirmations:

Boom Pam: Puerto Rican nights: ou si Dick Dale (et sa guitare surf) s’était aventuré dans les Balkans et en Méditerranée. Avec un bon gros son de tuba pour ponctuer le tout.

Tagaq: Auk/blood: bientôt dans la Sélec 3, chant de gorge inuit contemporain. Album viscéral et aux ambiances fantomatiques.

Lydia Mendoza: The best of. La alondra de la frontera: la reine de la musique tejano, aux sonorités mexicaines un peu rétro.

Yom: New king of klezmer clarinet: un pochette digne d’une star de rock ou de techno, un clin d’oeil en fait à la personnalité excentrique et extravagante du clarinettiste klezmer Naftule Brandwein.

Erwan Keravec: Urban pipes: expérimentation sur les sons de la cornemuse, dévoilant toutes ses facettes.

Murat Aydemir: Murat Aydemir: solo de tanbur, dans des compositions et dans l’interprétation de grands maîtres.

Deux albums montrant la vitalité du folk anglais actuel: Faustus: Faustus et Spiers & Boden: Vagabond, tous deux sur l’excellent nouveau label Navigator. Nouvelle chanson traditionnelle anglaise.

Deux albums fantastiques pour la musique et pour les informations dans les livrets (et accessoirement pour leurs titres à rallonge): Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou: The vodoun effect 1972-1975. Funk & sato from Benin’s obscure labels (Analog Africa No.4): afro funk du Bénin basé sur des rythmes vaudous et Franco & le TPOK Jazz: Francophonic. Africa’s greatest. A retrospective vol. 1: 1953-1980: Franco et la rumba africaine dans toute sa splendeur.

La déception du mois:

Calypso Rose: Calypso Rose: annoncé comme le Buena Vista Social Club (aïe) du calypso, c’est finalement un album trop produit qui est bien plus reggae, ska ou soul que calypso.