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de A à Z, le monde en musiques


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Womex 2011 (I)

Encore une édition du Womex, World Music Expo, bien chargée cette année. Cette foire pour les professionnels en musique du monde s’est déroulée comme les années précédentes à Copenhague pendant cinq jours, cinq jours bien remplis de rencontres et de musiques, que ce soit lors des showcases de l’après-midi ou ceux du soir. Difficile de se concocter un programme un peu cohérent, avec des concerts qui se chevauchent et des styles totalement opposés. Cette année, j’ai fait un peu moins de shopping, décidant quels concerts je voulais voir en priorité. Et quand ils se révélaient être peu intéressants, j’ai été me promener dans les autres salles. De toutes façons il est impossible de tout voir. Voici donc ma sélection.

Özlem Taner

Les showcases de l’après-midi présentent en général des musiques plus intimistes ou des artistes en solo, souvent assez traditionnels. Özlem Taner, originaire du sud-est de la Turquie, interprète des chansons traditionnelles et s’accompagne au baglama. Quelques autres musiciens complètent l’ensemble et donnent de la profondeur mais l’impression donnée est mitigée. Trop de timidité, pas assez d’ampleur, de présence sur scène.

Laima Jansone

Il en va de même pour Laima Jansone de Lettonie. Elle joue en solo le kokle, une cithare de la région baltique proche du kantele finnois. C’est traditionnel, c’est délicat, c’est beau mais c’est un peu trop discret. Mohammad Reza Mortazavi, percussionniste iranien, ne me tentait pas mais au vu du monde, le concert devait plaire.

Krar Collective

Avec Krar Collective, enfin un concert un peu énergique ! Le groupe est composé de musiciens éthiopiens vivant à Londres: un percussionniste, un joueur de la lyre krar et une danseuse et chanteuse à la voix profonde. Le concert a peut-être un peu trop fait étalage des différents styles du pays mais l’ambiance était là. La chanteuse avait l’art de la danse et une bonne dose d’humour. (Et une sacrée garde-robe !)

Shunsuke Kimura x Etsuro Ono

Shunsuke Kimura et Etsuro Ono, des Japonais, ont interprété des musiques traditionnelles et contemporaines pour tsugaru shamisen (et flûte), l’instrument à cordes du nord du pays. Concert très percussif, intégrant des ambiances rock et funk par moments ou exprimant des traditions locales sans fioritures. Deux musiciens qui réussissent à captiver un public malgré une musique quelque peu compliquée pour certaines oreilles.

Antti Paalanen

La découverte de ces showcases de l’après-midi est Antti Paalanen, accordéoniste finlandais de son état. Son disque est produit par un illustre prédécesseur dans le genre, Kimmo Pohjonen. Comme lui, il part des musiques traditionnelles pour créer un paysage sonore captivant, faisant respirer son accordéon diatonique, le maltraitant aussi. Ses mélodies sont à certains moments très sensibles, atmosphériques mais à d’autres, il devient plus tranchant, plus percussif.

Une deuxième partie sera consacrée aux concerts du soir.

Sur flickr, une galerie de photos complète.


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Ethiopie et Erythrée (Sur la platine 2011 – I)

Deux nouvelles productions Ethiopiques:

Mahmoud Ahmed & Imperial Bodyguard Band, Ethiopiques 26, 1972-74: ce 26e volume d’Ethiopiques rassemble les premiers vinyles de Mahmoud Ahmed, enregistrés avec l’Orchestre de la Garde Impériale. Paradoxe intéressant: musique militaire rime en Ethiopie avec nouvelles musiques, appropriation d’instruments occidentaux et extrême émulation entre groupes pour créer une musique pop moderne dansante à souhait. Bel ajout à cette importante série ! (Buda Musique, sur deezer) 8/10

Azmari Tèssèma Eshèté, Ethiopiques 27, centenaire des premiers enregistrements éthiopiens, 1908-1910: le 27e volume de la série remonte aux premiers enregistrements en Ethiopie, regroupant des 78 tours de Tèssèma Eshèté, chanteur azmari mais aussi poète, sculpteur, photographe et passionné de mécanique, entre autres choses. Chants a cappella d’un autre âge accompagnés d’un magnifique livret illustré de nombreuses photos rares. Intéressant plus pour la qualité de la recherche que pour le plaisir de l’écoute, les chansons étant lancinantes et peu variées. (Buda Musique, avec un extrait) 7/10

Asmara All Stars, Eritrea’s got soul: ce n’est pas tous les jours qu’on peut écouter de la musique d’Érythrée… Ce projet est né dans l’esprit de Bruno Blum (guitariste, compositeur et producteur, connu notamment pour des remix dub de Serge Gainsbourg) alors qu’il était venu à Asmara, la capitale, sur demande de l’Alliance Française locale. Ayant rencontré de nombreux artistes locaux, il décide de les enregistrer pour ce disque. Le résultat est une musique proche de l’éthio-jazz mais propre à la culture érythréenne, dans les différentes langues du pays et incluant des influences reggae, soul, hip hop selon les morceaux. (Out Here, avec extraits) 6,5/10


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Mulatu Astatke (Sur la platine – avril 2010 – II)

Mulatu Astatke, Mulatu steps ahead 

Un nouveau Mulatu Astatke ! La compilation parue récemment chez Strut accompagnant souvent mes soirées ou mes trajets en voiture, cette parution était attendue avec impatience. Mais quelle n’a pas été ma déception quand je l’ai écouté… J’ai eu l’impression d’écouter du jazz grand public, très passe-partout sur la plupart des plages. Comment expliquer ça ? C’est Either/Orchestra qui interprète la plupart des morceaux, un groupe qui ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable après leur disque de la série Ethiopiques: du jazz éthiopisant un peu facile, peu inventif.  Quant à Astatké lui-même, n’a-t-il pas voulu faire un disque au goût du jour, un disque de notre époque alors que j’attendais de l’éthio-jazz pur souche des années 60 ? Beaucoup d’artistes du monde ont du mal à sortir d’une certaine musique world, pensant que c’est ce qu’on attend d’eux ou voulant justement eux aussi expérimenter avec les instruments modernes mais sans les maîtriser vraiment et avec un goût de ce que j’appellerais du “kitsch” assez poussé. Et pourtant, le premier morceau, Radcliffe, est assez envoûtant, fascinant, me faisant penser à du gamelan de Java très méditatif (en faisant abstraction du saxophone). D’autres plages nous emmènent avec brio dans l’éthio-jazz d’époque mais ce sont des reprises de morceaux plus anciens. Cependant, il n’y a pas d’unité dans le disque (ceci découlant sans doute du fait qu’il a été enregistré en plusieurs fois).

Autant la collaboration avec Heliocentrics était innovante, autant je trouve cet album-ci est très moyen. Le son est propre, l’inventivité un peu oubliée. Suis-je la seule à être mitigée ? Les critiques que j’ai trouvées sont positives mais se répètent, ont l’air d’être calquées les unes sur les autres… 5,5/10


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Sur la platine (Janvier 2010 – I)

Premier épisode d’une série qui sera plus régulière (je l’espère) cette année.

Premier épisode également où je vous demande votre avis sur les disques en question avec une note de 0 à 10 (je remets le barème en fin de billet) et vos commentaires et appréciations.

Comme les sorties ne sont pas nombreuses en ce moment (quasi inexistantes même en ces premières semaines de janvier), il s’agit de disques sortis pendant les derniers mois de 2009.

    • Aya Kagayama, Ayamoyou – Aya Kagayama no minyo, 7,5/10
    • Ethiopiques 25: 1971>1975 Modern roots, 7,5/10
    • Group Bombino, Guitars from Agadez vol. 2, 6,5/10
    • Les Triaboliques, Rivermudtwilight, 6/10
    • The Devil’s Anvil, Hard rock from the Middle East, 6/10

Ethiopiques 25: 1971>1975 Modern roots: Francis Falcetto continue l’exploration des musiques populaires d’Ethiopie avec ce 25e volume (12 sont encore prévus à l’avenir) consacré au label Amha Records, dont une partie du répertoire a déjà été publié lors de précédentes éditions. Les morceaux sélectionnés sur ce disque sont loin des expérimentations “à l’occidentale”, “soul” ou “jazz”. Ils renvoient aux musiques traditionnelles, depuis toujours une source d’inspiration importante pour les artistes, et mettent en valeur des instruments acoustiques locaux. Même un artiste comme le “Elvis d’Ethiopie”, Alèmayèhu Eshèté interprète un traditionnel, quoique avec une voix tirant vers la modernité. (Buda Musiqe, 860177, avec des extraits) Note: 7,5/10

Group Bombino, Guitars from Agadez vol. 2: guitares et chants du désert, des Touaregs du Niger. Disque en deux parties, la première provenant des archives du groupe, la deuxième enregistrée en live par Hisham Mayet. Celui-ci a fait un voyage dans la région en 2007 et a ramené de nombreux enregistrements dont certains sont déjà publiés sur Sublime Frequencies (le dvd Palace of the winds – MM0804 et le vol. 1, Guitars from Agadez par le Group Inerane – ML5978). Les quatre premiers morceaux ont été enregistrés en acoustique et sonnent très bien, la “dry guitar”, hypnotique par moments, est inspirée par Ali Farka Touré et Tinariwen, groupe qui inspire beaucoup les musiciens locaux. Les cinq plages suivantes sont électriques et la lassitude et la répétition s’installe bien vite. Les conditions de l’enregistrement et la piètre qualité du matériel que s’échangent tous les musiciens de la région nuisent à l’ensemble. Pour une idée du style en images. Pour qui ne connait pas le “blues du désert” tel qu’il est communément appelé aujourd’hui, je conseille plutôt le groupe Tinariwen déjà cité, notamment leur dernier album Imidiwan. (Sublime Frequencies, SF046CD) Note: 6,5/10

Les Triaboliques, Rivermudtwilight: cet album me pose problème: à la première écoute, j’ai beaucoup aimé… par contre mes réécoutes font baisser la note à chaque fois. Et je n’arrive à garder mon attention sur le disque que pour les premières plages, ne sachant même plus à quoi ressemblent les dernières après plus de trois écoutes. Ce n’est pas la faute aux musiciens, ils sont excellents, ils connaissent les musiques du monde et rock. Il suffit de voir leur CV pour en avoir la preuve: Ben Mandelson et Lu Edmonds ont fait partie des 3Mustafa3, Justin Adams a joué avec Robert Plant et avec le musicien gambien Juldeh Camarah; les deux premiers maîtrisent un nombre impressionnant d’instrument à cordes du monde (du saz à la guitare hawaïenne, du luth crétois au kabosy malgache) et le troisième est un excellent guitariste. A quoi la faute donc ? Aux vocaux peut-être qui ne sont pas vraiment convaincants ? A la légèreté de l’ensemble qui pourrait pourtant être un point positif ? A la transformation de certaines musiques traditionnelles que j’aime plus brutes ? A une certaine langueur sur un peu trop de morceaux ? Trois plages sont en écoute sur myspace, dont une de mes préférées, Gulaguajira (I, the dissolute prisoner) qui mêle habilement mélodie mexicaine et chanson russe. (World Village, 468088) Note: 6/10

The Devil’s Anvil, Hard rock from the Middle East: un peu de musique psychédélique des années 60 parce que je sais qu’il y a beaucoup d’amateurs. The Devil’s Anvil est un groupe américain qui s’est formé à Greenwich Village, New York, en plein mouvement hippie/folk. Se basant sur des traditionnels moyen-orientaux, grecs et turcs, le groupe les transforme, les adapte au goût d’une époque friande en guitares fuzz et rock exotique tout en gardant des instruments orientaux comme l’oud, le bouzouki, le tamboura et les percussions ainsi que les paroles en langue locale. Il se termine pourtant sur une version en anglais de Misirlou, loin de la version surf de Dick Dale. L’album n’a connu aucun succès à l’époque, sa pochette étant quelque peu provocatrice en ces débuts de guerre israélo-arabe. Une redécouverte. (Plusieurs morceaux en écoute via ce lien) (Rev-Ola, Rev282) Note:6/10

Aya Kagayama, Ayamoyou – Aya Kagayama no minyo: la chance que vous écoutiez ce disque un jour est réduite, à moins que vous ne soyez un grand amateur de musiques traditionnelles japonaises.  Si jamais vous voulez l’acheter, il est disponible chez Far Side. Difficile aussi de vous le faire écouter, j’ai juste trouvé quelques extraits qui vous donneront une idée. Ce n’est pas un disque facile, mais une fois un peu habitué aux sonorités japonaises, il est prenant: la magnifique voix tout en retenue et aux légers vibratos est accompagnée du violon d’origine chinoise kokyu et de percussions qui ponctuent le chant. Une deuxième voix donne le contrepoint sur certains morceaux tous issus de la tradition du minyo, du chant populaire de la région de Hokuriku (centre du Japon), sauf la dernière plage qui fait entrer le genre dans la modernité. Une dernière chose: une rapide enquête sur Facebook m’a confirmé que ce disque peut trouver son public ! (Victor Entertainment Japan) Note: 7,5/10

Barème:

10. Chef-d’œuvre
9. Exceptionnel
8. Très bon album
7. Bon album
6. Pas mal, sans plus
5. Moyen
4. Bof…
3. Plutôt raté, ou inintéressant
2. Vraiment mauvais
1. Nul
0. Nullité absolue


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Womex 2009

Le Womex 2009, la grande foire pour les musiques du monde, a eu lieu comme chaque année fin octobre. Après Séville, c’est la capitale danoise, Copenhague, qui a accueilli pendant cinq jours les délégués du monde entier représentant labels de disques,  artistes, salles de concert… de divers pays. Il y avait sans doute moins de participants cette année mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu moins d’échanges et d’accords pour des concerts. Le marché du disque est peut-être morose mais celui de la musique live l’est beaucoup moins.

Ce fut pour moi l’occasion de rencontrer un grand nombre de personnes, de Belgique mais aussi de l’étranger et de revoir de nombreuses connaissances avec qui il est toujours agréable de parler et d’apprendre de nombreuses choses sur la manière dont sont gérées les labels, les salles de concerts ou qui sont les artistes importants du moment… Networking, voilà le grand mot du Womex !

Le Womex ne serait pas le Womex s’il n’y avait pas les concerts, du showcase sur un stand à la “Great Nordic Night” spécialement organisée pour l’occasion. Le programme est toujours très chargé, se déroulant dans cinq salles (une de plus que l’année passée). Cette année, c’est le tout nouveau complexe de la radio danoise qui nous recevait. Exemple d’architecture contemporaine, le bâtiment n’a ouvert ses portes que récemment mais la grande salle de concert est déjà considérée comme une des meilleures du monde au point de vue acoustique. Je rajouterais que l’architecture est magnifique, tout en bois, tout en asymétries. Une scène était située dans le foyer, deux autres dans des salles au sous-sol (c’était juste dommage qu’il n’y avait qu’une seule entrée, ce qui provoquait de nombreux embouteillages) et une dernière salle était improvisée dans le bâtiment attenant. Comme chaque année, les styles sont mélangés, des concerts de musique traditionnelle côtoyant des DJ’s. Mais comme toujours, la tendance est aux musiques plus rythmées, festives, surtout en soirée. Le Balkan Beat, les musiques latino et l’électronique vivent encore de beaux jours ! Dommage que l”ambiance soit plus au shopping qu’à une écoute attentive…

Commençons donc par le shopping: Chet Nuneta, groupe de femmes jouant avec la voix et les percussions, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, je laisse ce genre de musique à un autre public. Idem pour Les Yeux Noirs, groupe tsigane, Yilila d’Australie, le Ale Möller Band dont le concert mélangeait trop de cultures et de traditions différentes…

Comme nous étions au Danemark, une attention toute particulière a été donnée à la musique scandinave. Le concert d’ouverture était nommé “The Great Nordic Night” et rassemblait une vingtaine d’artistes du Danemark, des Iles Féroé, du Groenland, de Suède, de Norvège, de Finlande et d’Islande. Placé sous la direction artistique du violoniste danois Harald Haugaard cette soirée se voulait assez grand public, présentant des styles traditionnels des différents pays mais aussi des chansons plus contemporaines, parfois à la limite de la variété. N’empêche, une bonne polska jouée à plusieurs violons et toute la salle avait envie de danser.

Les musiciens scandinaves avaient également tout le long du Womex une scène qui leur était exclusivement réservée. Malheureusement, la salle était fort petite, l’entrée souvent encombrée et les musiques que j’ai entrevues plutôt calmes. J’aurais très certainement beaucoup plus profité du duo finlandais Lepistö et Lehti et du groupe suédois Nordic dans d’autres circonstances. Valravn par contre se démarquait par des instruments traditionnels mêlés à des beats électroniques qui allaient quant à eux un peu fort (juste un problème de mixage à mon avis) !

Deux belles découvertes dans les showcases de l’après-midi: tout d’abord Mamane Barka, nigérien, et son luth biram en forme de bateau. Là aussi, le son n’était pas parfait, les percussions étaient un peu fortes mais la magie a opéré, le son de l’instrument est vraiment magnifique.

San Chuan est composé de trois chinoises jouant du zheng, une longue cithare sur table (proche du koto japonais). Elles n’ont pas encore d’album à leur actif (c’est pour février) mais ont fait l’aller-retour depuis leur pays pour avoir l’avis du public par rapport à leur jeu. Elles ont d’ailleurs une manière bien différente de jouer la musique classique chinoise, loin de la virtuosité un peu empruntée (et fortement mâtinée d’influences européennes) des musiciens des années 80-90 et fort éloignée aussi du jeu un peu kitsch du Twelve Girls Band et consorts, qu’elles se sont amusées à singer ! Leur son est très doux, les notes se mêlent, les mélodies flottent dans l’air. Un très beau concert d’un groupe dont j’attends beaucoup et qui joue en Belgique dans le cadre d’Europalia.

L’Addis Acoustic Project semblait prometteur: un groupe actuel qui rejouait les standards de l’éthio-jazz et de la musique populaire des orchestres des années 50-60, avec dans le groupe un musicien de l’époque, Ayele Mamo Belayneh qui joue la mandoline et qui était touchant par moments avec ses allures de star de rock’n’roll. Quelques moments d’intense plaisir, de retour aux sources (me faisant penser aux musiques pop cambodgiennes de la même époque) mais dans l’ensemble un concert / concept raté: les solos de guitare et de batterie sonnaient trop jazz (un jazz grand public).

J’espérais voir une belle performance de mento (style jamaïcain pré-reggae, proche du calypso) mais Gilzene and The Blue Light Mento Band a intérêt à apprendre à chanter ! La musique était bonne mais le chant complètement faux ! J’ai rarement entendu de si mauvais chanteurs !

L’Indienne Kiran Ahluwalia quant à elle chante très bien mais je n’ai pas pris le temps d’écouter longtemps ses ghazals, préférant aller écouter d’autres choses moins connues.

L’Orquesta Chekara Flamenca rassemble des musiciens marocains et des chanteuses de flamenco. Fusion qui pourrait fonctionner mais qui était plutôt juxtaposition. Rien de mauvais à cela mais rien de transcendant non plus.

Une petite tranche de musique festive avec le groupe colombien Chocquibtown qui ne m’a pas vraiment intéressé et avec Jaune Toujours qu’il se fallait de soutenir, groupe belge/bruxellois oblige ! Ils ont joué deux fois, une première fois dans un showcase lors du drink des stands belges et une deuxième fois en soirée devant un public bien plus important.

J’avais déjà vu le groupe sino-mongol Hanggai deux fois à Bruxelles mais c’est avec plaisir que je suis retournée à leur concert de Copenhague. Ils étaient au complet cette fois-ci, ce qui a laissé plus de place aux voix (différents styles de chant de gorge) et à la guitare électrique. J’aime beaucoup leur musique (et les musiques de Mongolie et de Tuva en général) mais je suis assez d’accord avec cette personne qui me disait qu’elle aimerait les voir aller plus loin dans le côté rock, dans l’expérimentation à partir des traditions. J’espère toujours qu’apparaîtra un jour un groupe du même niveau que Yat-Kha !

Pour finir ce long billet, parlons de ma découverte du Womex (en général, il y en a une par an) ! Je ne suis pas une grande amatrice de fado et de musiques portugaises que je trouve en général trop larmoyantes mais j’ai été subjuguée par Deolinda. Le cd m’avait paru plus intéressant que la moyenne mais j’écoute tant de disques que je l’ai assez vite oublié (j’aurais dû en parler ici). La chanteuse Ana Bacalhau (pas un nom facile à porter !) essaie de casser tous les préjugés du fado, s’en moque même ! Elle a une présence exceptionnelle et sa présentation de chaque morceau en anglais apporte une bien meilleure compréhension des thèmes et ambiances qui ne se limitent d’ailleurs pas au fado. La musique du groupe s’inspire aussi bien des traditions portugaises que de celles du Cap Vert ou du Brésil. Rafraîchissant ! (Et j’ai adoré sa robe !)

Une galerie de photos complète se trouve ici.


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Ethiopie – Panama – Zanzibar (Sur la platine – Juin 2009)

Un voyage un peu bizarre, me direz-vous, mais ce sont de ces pays là que viennent les trois coups de coeur de la semaine. (J’en ai eu d’autres durant mon absence sur ce blog, mais ceux-ci me poussent vraiment à écrire à nouveau – ainsi qu’un moment de calme relatif dans mon travail !)

Ethiopie

Ililta ! New Ethiopian dance music: je vous garantis que si vous écoutez ce disque, vous ne pourrez rester immobiles ! La série de disques Ethiopiques était essentiellement consacrée aux musiciens éthiopiens des années 60 et 70 mais la venue au pouvoir d’un gouvernement militaire en 1975 arrêta net la grande période des orchestres. Dans les années 90, peu de choses intéressantes nous sont parvenues: les stars avaient émigré ou étaient décédées, et surtout, les synthétiseurs cheap ont déferlé, nous donnant des morceaux pop trop ou mal produits. Cependant, depuis quelques années, on constate un renouveau: de jeunes musiciens se tournent vers les rythmes et instruments traditionnels pour produire des morceaux très dansants et aux beats entraînants. Les synthés n’ont pas disparu mais l’ensemble est bien plus excitant qu’avant !

Panama

Panama ! 2: Latin sounds, cumbia tropical & calypso funk on the Isthmus 1967-77: deuxième volume que le très bon label Soundway consacre aux musiques de Panama dans les années 60-70. C’est une édition très soignée avec un livret très complet et de belles photos d’archives. Quant à la musique, c’est également un de ces disques qui donne envie de danser ! On oublie trop souvent que les musiques latino ne se limitent pas à la salsa ! De nombreux genres existent, avec des nuances régionales: la cumbia par exemple est essentiellement colombienne mais s’est diffusée dans les pays voisins. Panama est au centre de toutes les influences: au sud, la Colombie avec vallenato et cumbia, à l’est, les Antilles avec les rythmes cubains, le mento et le calypso, au nord, le Mexique, avec ses boleros et marches militaires, tandis que le jazz et le gospel arrivaient depuis le port de la Nouvelle-Orléans. Tous ces genres sont se sont mêlés et ont été empruntés par les groupes locaux qui sont au sommet de leur créativité dans les années 60-70. S’y ajoutent des influences locales, des musiques de l’intérieur du pays, la “musica tipica”, caractérisée surtout par les percussions d’origine afro-américaine et par l’accordéon.

Zanzibar

Mohamed Ilyas with Nyota Zameremeta Orchestra of Zanzibar, Taarab: ce disque n’est peut-être pas aussi dansant que les deux précédents mais le taraab a le pouvoir d’emporter, de faire voyager vers d’autres mondes, entre les grands orchestres égyptiens et les musiques de Bollywood. A l’origine musique de mariage, le taarab est joué tout le long de la côte de Tanzanie et du Kenya, par les peuples Swahili musulmans. Rythmes des percussions et cordes prennent une place importante dans les sonorités du style. En complément à la série Zanzibara, ce disque présente Mohamed Ilyas, une des personnalités importantes du genre. Sa voix est claire et les modulations précises; il sait comment attirer l’attention d’un public et l’émerveiller, comment traduire les émotions.