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de A à Z, le monde en musiques


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Techniques vocales: le chant de gorge (I)

C’est à nouveau l’abondance de disques sur le sujet qui me pousse à parler d’une technique vocale précise: le chant de gorge dans lequel se mélangent des sonorités plus aigües produites par la voix de tête tandis que la gorge émet des sons plus graves. Quand on parle de chant diphonique ou de chant des harmoniques, il s’agit de la même idée mais avec de petites nuances. Je ne m’étendrai pas plus ici, l’article de Wikipedia étant assez complet. Et pour les plus intéressés, il y a le passionnant livre de Theodore Levin, Where rivers and mountains sing: sound, music and nomadism in Tuva and beyond.

Ce type de chant est pratiqué dans différentes contrées du monde mais les disques proposés ici viennent de Touva et de Mongolie, régions qui ont particulièrement mis en avant cette technique, l’intégrant dans des productions traditionnelles mais aussi plus ouvertes sur le monde.  A Touva, on parle de khöömei, en Mongolie de xöömii et il existe plusieurs styles liés à la hauteur de la voix. Assez typique aussi sont les rythmes liés aux cavaliers que l’on imagine traversant la steppe sur leur cheval.

Tyva Kyzy, Igil unu – iyem unu: album autour de l’igil, cet instrument à deux cordes à tête de cheval typique de la région. Les interprètes féminines du groupe (Tyva Kyzy veut dire “filles de Tuva”), issues de différentes générations, chantent des traditionnels tout en leur donnant une nouvelle voix, y intégrant de temps en temps un chant de gorge (alors que celui-ci était traditionnellement chanté par les hommes uniquement) ou en créant de nouvelles paroles sur les airs ancestraux. Beaucoup de morceaux assez lents au charme assez brut. (The Tuva Trader) 6,5/10

Radik Tülüsh, Tyva: spirits of my land: disque solo de ce musicien de Tuva ayant fait partie de Yat-Kha entre 2000 et 2005, disque traditionnel de chant de gorge accompagné à l’igil ainsi qu’à d’autres instruments. Improvisations et chants issus de la tradition orale (celle de ses grands-parents qui l’ont fortement influencé dans son enfance) interprétés dans la nature, en accord avec celle-ci et avec les esprits de la terre, de la taiga, du vent et de l’eau. Il joue également du shoor, un genre de flûte utilisée en général par les chamanes ou de la guimbarde, interagissant avec les rythmes des criquets. Disque qui traduit bien les traditions, leur entrelacement avec la nature et les esprits. (Seven Star Records) 7,5/10


Chirgilchin, Pictures of Tuva & Kaldak-Khamar: deux très beaux disques de musiques et chant de gorge de Tuva, traditionnels mais allant parfois au-delà. (à écouter en partie sur Pure Nature Music) 8/10 & 7,5/10

Un deuxième billet présentera des artistes qui s’engagent dans de nouvelles voies.


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Etats-Unis | Angleterre | Mongolie (Sur la platine – Juin 2010 – I)

Un rapport entre ces trois disques ? Ils sont soit traditionnels, soit basés sur la tradition.

Wayne Scott, This weary way: Wayne Scott, le père du chanteur et musicien Darrell Scott, a chanté toute sa vie dans les bars country et réalise ici avec l’aide de son fils son premier enregistrement à l’âge de 71 ans. Chansons country aux relents western swing et honky tonk ou plus simples, lorgnant du côté de Johnny Cash (avec notamment une reprise de Folsom prison blues). Une belle brochette de musiciens tels Dirk Powell, Tim O’Brien ou Guy Clark sont responsables des arrangements et renforcent le sentiment d’authenticité. Le disque date déjà de 2005 mais vient seulement d’arriver… une belle réussite en tous cas. (Full Light Records) 7,5/10

The Imagined Village, Empire & love: autant j’ai aimé l’album précédent et autant j’ai envie d’aimer cet album, je n’y arrive pas tout à fait. Pourquoi ? L’album est moins varié, les morceaux sont plus sur le même ton – on pourrait dire plus cohérents. Entre les deux albums, le groupe a réduit de taille; il comprend toujours des artistes phares du folk anglais d’aujourd’hui (père et fille Carthy, Chris Wood), Simon Emmerson qui était derrière le projet Afro Celt Sound System et des artistes indiens mais je pense que les invités du volume précédent ajoutaient de l’ampleur et de la diversité. Et pourtant, c’est une belle manière de remettre au goût du jour des traditionnels anglais et s’il faut commencer par une plage, je propose Lark in the morning, avec Jackie Oates. Je conseille donc plutôt The imagined village (Grooveshark), Angels & cigarettes (entre autres) d’Eliza Carthy ou Trespasser de Chris Wood pour découvrir le folk anglais d’aujourd’hui. (myspace, avec un morceau de cet album) 6,5/10

Dörvön Berkh, Four Shagai bones. Masters of Mongolian overtone singing: j’aime le chant de gorge, je ne pouvais donc pas laisser passer ce disque. Il s’agit d’un projet un peu spécial: nous sommes dans la tradition mais une tradition qui prend de nouvelles formes. Les quatre membres du groupe viennent de régions différentes de Mongolie et sont des maîtres du genre. Ils présentent quatre facettes du chant diphonique, tout comme le jeu mongol nommé “shagai” qui utilise quatre os de mouton ou de chèvre, et les confrontent entre elles. Si vous ne connaissez pas ce style de chant, faut-il commencer par ce disque ? Oui et non. Tout dépend de ce que vous recherchez: il existe de nombreux bons disques du genre, du plus traditionnel au plus rock (je pense par exemple à Hanggai dont j’ai déjà parlé, mais aussi Yat-Kha). Un jour sans doute, j’écrirai un article plus détaillé avec une discographie sélective. (Pan Records – je n’ai trouvé aucun extrait sur le net) 8/10

Difficile de trouver ces albums en streaming, ou même des extraits. Si vous trouvez, prévenez-moi dans les commentaires. J’ai cherché sur Deezer, Grooveshark et Music Me… vous en connaissez d’autres ? Spotify n’est pas utilisable en Belgique mais ça pourra toujours aider les lecteurs français.


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Etats-Unis | Mongolie | Nouvelle-Guinée (Sur la platine – Juillet 2009 – I)

En ce début de mois de juillet, trois disques ont retenu mon attention pour diverses raisons. C’est à nouveau un voyage assez improbable dans l’histoire et dans des cultures fort différentes.

Etats-Unis

Banjo. An American five-string history, 1901-1956: ce disque a été compilé par Gérard De Smaele, grand spécialiste belge de l’instrument et consultant pour l’exposition “Banjo !” au MIM en 2003-2004. Plongeant dans les archives – l’enregistrement le plus ancien date de 1901 – il nous propose de revivre une partie de l’histoire des Etats-Unis. D’origine afro-américaine, le banjo à cinq cordes a été utilisé pour tous les types de répertoires, à la fois européens et africains, des salons où il est joué en style classique ou semi-classiques aux campagnes des Appalaches où il s’enracinera profondément. C’est là que se font les premiers “field recordings” par, entre autres, John et Alan Lomax mais aussi des enregistrements commerciaux, les firmes de disques y envoyant “talent scouts” et studios portables. Le disque s’arrête aux années 50, au début du folk revival qui sépare le monde des “anciens” de celui des “nouveaux”. Des notes très complètes accompagnent chaque morceau. Je vous conseille tout particulièrement Ladies on the steamboat de Richard Burnett où celui-ci, tout en jouant du banjo, imite le son de l’instrument à la voix.

Mongolie

Mongolie: chants et morin khuur: ce n’est un secret pour personne, j’aime le chant de gorge et les musiques de Mongolie ou de Tuva. J’attends toujours avec impatience les nouveaux disques mais je suis de temps en temps bien déçue: la folklorisation et la virtuosité passent souvent par là et ne m’intéressent guère. Rien de tout cela dans ce très beau disque enregistré sur place et produit par Ocora (label de qualité): libérés du contrôle de l’époque communiste, les Mongols peuvent à nouveau se tourner vers des traditions anciennes et s’exprimer tels qu’ils le souhaitent. Chants diphoniques khöömii, chants longs urtiin duu, chants courts bogino duu et vièle morin khuur renvoient aux sons de la nature, aux grands espaces de la steppe.

Nouvelle-Guinée

Lani Singers: Ninalik ndawi: j’ai envie de parler de ce disque moins pour la musique – tout à fait agréable par ailleurs – que pour le sujet qu’il aborde. Les Lani Singers sont originaires de Nouvelle-Guinée occidentale, la partie de l’île sous contrôle indonésien. Avec ce disque, il veulent exprimer le désir de liberté d’un peuple qui est forcé de vivre au second rang. Les Indonésiens pratiquent le nettoyage ethnique et invitent de nombreux émigrants de Java ou Sumatra à s’installer sur l’île où ils sont prioritaires pour les emplois, les soins de santé et l’éducation. Malgré tout, les Papous essaient de garder leurs traditions: sur ce disque, les Lani Singers interprètent des chansons accompagnés d’ukulélé et de guitare, dans un style commun à tout le Pacifique.


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“Dowtown Beijing might seem a strange place for a Mongolian folk revival”

Encore un billet sur la Chine ! Sur Beijing en plus ! Et oui… mais en faisant un détour par la Mongolie Intérieure et quelques sites / blogs intéressants sur le sujet.

Le prétexte, c’est l’album de Hanggai, Introducing, publié par World Music Network. Les notes au dos de la pochette sont intrigantes: “Dowtown Beijing might seem a strange place for a Mongolian folk revival.” Le disque a été enregistré à Beijing, dans les vieux quartiers, les hutongs, avec l’aide de deux musiciens occidentaux mais le répertoire est mongol. Les membres du groupe sont originaires de la province de Mongolie Intérieure et connaissent les traditions de chant de gorge et les instruments comme le morin khuur ou le tobshuur même si le leader Ilchi a joué de nombreuses années dans un groupe punk.

Les critiques sur Pitchfork et la BBC sont excellentes, l’album est accessible à un large public et donne envie d’écouter d’autres disques de la région.

(photo: Kevin German, Beijing)

C’est aussi l’occasion de parler d’un excellent blog, Benn loxo du taccu, qui a beaucoup parlé des musiques africaines mais qui s’ouvre à d’autres musiques, et c’est d’autant mieux. L’auteur, Matt Yanchyshyn, est en Chine pour le moment. Il n’est pas intéressé par la musique classique mais plutôt par la scène (underground ?) de Beijing, par les groupes rock, punk, jazz et par les groupes qui renouvellent les traditions du pays comme Hanggai.

Quelques autres disques à écouter de Mongolie et de Tuva: Urna, Höödöd, Musiques de Mongolie, Tuva, among the spirits, Chirgilchin, Collectible, Yat-Kha, Aldyn dashka

Lien 1: une interview de Hanggai

Lien 2: photos d’une ville pendant les jeux, récits sur une ville pendant les jeux