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de A à Z, le monde en musiques


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Womex 2011 (II)

Après les showcases de  l’après-midi, parlons des concerts du soir au Womex. Le Konserthuset, un magnifique bâtiment conçu par Jean Nouvel, est un endroit qui permet la juxtaposition de concerts de styles différents, qu’ils soient assis ou debout, calmes ou festifs.

Hungarian Heartbeats

La soirée d’ouverture était consacrée à la Hongrie. Une déception pour moi parce que les groupes – de bonne qualité et bien choisis – n’avaient l’occasion de présenter qu’un ou deux morceaux de leur répertoire. Un concert très pique-assiette, sans réelle cohérence.

Orquesta Tipica Fernandez Fierro

Je n’ai absolument pas été convaincue par le peu que j’ai vu de Sousou & Maher Cissoko, ni de l’Orquesta Típica Fernández Fierro, avec un chanteur un peu décalé qui criait dans un mégaphone. Quant à Matuto, une collaboration Brésil/USA, c’était très rock mais avec tous les clichés de la musique brésilienne. Assez mauvais donc.

Mairtin O'Connor Band

Dans les musiques traditionnelles, j’ai été jeter une oreille au Máirtín O’Connor Band, groupe irlandais réputé. Je reconnais qu’ils jouent bien mais la musique irlandaise a du mal à me captiver. De même pour Les Charbonniers de l’Enfer, le groupe de chanteurs a cappella québécois. Une reprise de Noir Désir m’a intriguée, mais je n’ai pas aimé le début du morceau suivant.

Ayarkhaan

Ayarkhaan, dont je n’ai vu que la fin du concert, présentait les chants de Sibérie mêlés aux sons de la guimbarde, ce qui semblait quelque peu troubler un public peu habitué à ce genre de musique. J’avais déjà vu la chanteuse principale à Muziekpublique, ce concert n’était donc pas une priorité pour moi mais c’était bien agréable d’en voir une petite partie.

Ferro Gaita interprète de la musique traditionnelle mais festive, plaisant facilement à un grand public. Il était juste dommage que beaucoup de morceaux se ressemblaient et faisaient parfois appel à des clichés de la musique tropicale.

Sotho Sounds

Sotho Sounds pourrait aussi faire partie de ce genre de groupes mais leur look en a étonné plus d’un. Ils semblaient tout droit sortis d’un Mad Max, avec des bouts de costumes en tous genres et des bottes en caoutchouc. Leur musique était jouée avec des bouts de ficelles, proche dans l’esprit de groupes comme Konono N°1. Une jolie surprise qui mettra peut-être le Lesotho sur la carte des musiques du monde.

Eliza Carthy Band

J’attendais beaucoup d’Eliza Carthy, sachant que j’aime beaucoup ses disques, mais à part le premier morceau, le côté très rock du concert m’a déçue. La demoiselle chante bien mais je préfère quand elle se tient à quelque chose de plus acoustique, en tous cas en live.

BaianaSystem

Je n’attendais par contre pas grand chose de Blitz the Ambassador et de Baiana System mais ces deux groupes ont réussi à capter mon attention. Le premier est une rencontre en Ghanéens et Américains, fortement basée sur le rap, mais avec une force certaine. Idem pour Baiana System qui a réussi à faire danser une partie du public.

J’avais raté Celso Piña lors de son concert à Bruxelles à Recyclart et j’étais donc bien contente de le voir sur scène au Womex. Il joue de la cumbia à l’accordéon qui, selon Rafael de la Chiva Gantiva, est différente de la cumbia colombienne: au Mexique, c’est plus brut, plus sec et le phrasé des chansons moins sentimental. Beau concert très entraînant. C’est aussi la première fois que j’ai vu un public très mécontent lorsque Celso Piña a été arrêté de force au milieu d’un morceau pour cause de dépassement d’horaire.

Bombino

La meilleure surprise de cette année a été Bombino, le chanteur et guitariste Touareg, accompagné de son groupe. Il a commencé son concert d’une manière très acoustique, juste à la guitare et aux percussions pour tout doucement monter en vigueur et volume, en intensité et énergie. Un excellent concert qui évoque les grandes étendues désertiques et le rythme du chameau et qui dépasse de loin le niveau d’un cd un peu trop produit sur Cumbancha.

A l’année prochaine, depuis Thessalonique !


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Womex 2011 (I)

Encore une édition du Womex, World Music Expo, bien chargée cette année. Cette foire pour les professionnels en musique du monde s’est déroulée comme les années précédentes à Copenhague pendant cinq jours, cinq jours bien remplis de rencontres et de musiques, que ce soit lors des showcases de l’après-midi ou ceux du soir. Difficile de se concocter un programme un peu cohérent, avec des concerts qui se chevauchent et des styles totalement opposés. Cette année, j’ai fait un peu moins de shopping, décidant quels concerts je voulais voir en priorité. Et quand ils se révélaient être peu intéressants, j’ai été me promener dans les autres salles. De toutes façons il est impossible de tout voir. Voici donc ma sélection.

Özlem Taner

Les showcases de l’après-midi présentent en général des musiques plus intimistes ou des artistes en solo, souvent assez traditionnels. Özlem Taner, originaire du sud-est de la Turquie, interprète des chansons traditionnelles et s’accompagne au baglama. Quelques autres musiciens complètent l’ensemble et donnent de la profondeur mais l’impression donnée est mitigée. Trop de timidité, pas assez d’ampleur, de présence sur scène.

Laima Jansone

Il en va de même pour Laima Jansone de Lettonie. Elle joue en solo le kokle, une cithare de la région baltique proche du kantele finnois. C’est traditionnel, c’est délicat, c’est beau mais c’est un peu trop discret. Mohammad Reza Mortazavi, percussionniste iranien, ne me tentait pas mais au vu du monde, le concert devait plaire.

Krar Collective

Avec Krar Collective, enfin un concert un peu énergique ! Le groupe est composé de musiciens éthiopiens vivant à Londres: un percussionniste, un joueur de la lyre krar et une danseuse et chanteuse à la voix profonde. Le concert a peut-être un peu trop fait étalage des différents styles du pays mais l’ambiance était là. La chanteuse avait l’art de la danse et une bonne dose d’humour. (Et une sacrée garde-robe !)

Shunsuke Kimura x Etsuro Ono

Shunsuke Kimura et Etsuro Ono, des Japonais, ont interprété des musiques traditionnelles et contemporaines pour tsugaru shamisen (et flûte), l’instrument à cordes du nord du pays. Concert très percussif, intégrant des ambiances rock et funk par moments ou exprimant des traditions locales sans fioritures. Deux musiciens qui réussissent à captiver un public malgré une musique quelque peu compliquée pour certaines oreilles.

Antti Paalanen

La découverte de ces showcases de l’après-midi est Antti Paalanen, accordéoniste finlandais de son état. Son disque est produit par un illustre prédécesseur dans le genre, Kimmo Pohjonen. Comme lui, il part des musiques traditionnelles pour créer un paysage sonore captivant, faisant respirer son accordéon diatonique, le maltraitant aussi. Ses mélodies sont à certains moments très sensibles, atmosphériques mais à d’autres, il devient plus tranchant, plus percussif.

Une deuxième partie sera consacrée aux concerts du soir.

Sur flickr, une galerie de photos complète.


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Le gamelan indonésien: introduction

Gamelan Semara Ratih (photo du site de Bozar)

Plusieurs salles de concert belges (mais aussi hollandaises) organisent en septembre des concerts de gamelan indonésien. Des livres entiers ont été écrits sur le sujet, je me contenterai d’une courte présentation et d’une discographie. J’espère avoir l’occasion de détailler les différents styles dans le futur.

Qui dit Indonésie, dit gamelan, même si cette musique ne se retrouve que dans une petite partie du pays, sur les îles de Java, Bali et Lombok. Le gamelan est un style de musique mais aussi le nom donné à l’ensemble instrumental composé en général de nombreux xylophones, gongs métallique et tambours et, selon les régions, d’instruments à cordes et à vent. Les musiciens jouent chacun leurs notes, se partageant le jeu pour former ensemble une mélodie.

A Bali, les gamelans sont attachés aux temples et ont une fonction rituelle, liée à une forme d’hindouisme typiquement balinaise, même s’il y a des représentations pour le divertissement. Il existe de grands ensembles avec instruments en métal ou en bambou, aux sonorités rudes et bruyantes mais aussi des musiques pour un ou deux xylophones, très intimistes.

A Java, les gamelans appartenaient aux cours royales et la musique avait une fonction cérémonielle en affirmant l’autorité du roi. Ils accompagnaient rituels religieux, cérémonies officielles, mariages, poésie, danse ou théâtre d’ombres et de marionnettes. Aujourd’hui encore, ils ont toute leur importance dans la communauté même s’ils sont aussi devenus une attraction touristique. Métallophones et gongs sont rejoints par le luth rebab et la flûte suling, ainsi que par une partie chantée, rendant l’ensemble plus délicat qu’à Bali. A l’est de Java, les deux grands centres sont Surakarta au style raffiné et subtil et Yogyakarta au style plus fort. A Sunda, à l’ouest de Java, le style principal est le degung. L’ensemble est assez petit, juste quelques gongs et métallophones ainsi que la flûte suling, rendant des sonorités fort contemplatives et légères.

Discographie
Bali

Roots of gamelan: the first recordings, Bali 1928, N.Y. 1941, un disque historique, comprenant également les transcriptions de Colin McPhee, compositeur classique fortement intéressé par le sujet.
The Bali sessions, une belle introduction sur les musiques de Bali, concoctée par Mickey Hart
Anthologie des musiques de Bali, une série essentielle pour comprendre les styles différents
volume 1: traditions populaires
volume 2: gamelan virtuoses
volume 3: musiques rituelles
volume 4: traditions savantes
Jegog of Suar Agung, Negara, grand gamelan en bambou du village de Negara; ; Bali: les grands Gong Kebyar des années soixante, tradition du gamelan recréée au début du 20e siècle. Gamelan métallique très bruyant, sonore et virtuose.
Mandala Jati-Semarpegulingan Ensemble, Sweet and intoxicating gamelan, gamelan métallique de cour, plus doux que le Gong Kebyar

Java
Gamelan of Central Java: I. Classical gendings, premier volume d’une série comptant actuellement 13 volumes, montrant toutes les facettes du gamelan du centre de Java.
Java: palais royal de Yogyakarta, 1 –  Les danses de cour et
Java: palais royal de Yogyakarta, 2 – Musique instrumentale, deux facettes du gamelan princier de Yogykarta
Indonésie, Java centre. Gamelan de Solo, le jeu des sentiments, gamelan de cour de Surakarta
Java – pays Sunda: musique savante 2. L’art du gamelan degung, gamelan degung de Sunda

Concerts:
Semara Ratih, gamelan balinais, le 11 septembre 2010 au Zuiderpershuis, Anvers
Sunda, gamelan de Sunda, le 18 septembre 2010 au Zuiderpershuis, Anvers
Gamelan sunday, le 19 septembre 2010 à Bozar, Bruxelles (gamelan de Java et de Bali et oeuvres contemporaines pour gamelan inspirées par Steve Reich)


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Musique d’ailleurs

Hier soir, j’ai assisté à un concert aux sonorités assez bizarres, étranges (Zuiderpershuis, Anvers): Cho Mu Win interprétait de la musique des anciennes cours royales de Birmanie. Jouant de la harpe saung gauk (qui lors de l’accordage peut faire penser à la kora africaine – mais la comparaison s’arrête là), elle a chanté des mélodies traditionnelles ou laisser couler les notes de son instrument. Derrière elle, un musicien jouait des percussions, des tambours proches de ceux de l’Inde, un autre frappait sur une petite cymbale et une claquette en bois, un troisième accompagnait les airs à la flûte ou à la clarinette aux sons assez criards. La ponctuation des rythmes avait souvent l’air d’être mal placée, le chant et la flûte semblaient pleins de fausses notes, la clarinette couvrait les sonorités délicates de la harpe… et pourtant, ayant entendu des disques auparavant, c’est ainsi qu’est jouée cette musique traditionnelle. Ce sont juste nos oreilles qui ne comprennent pas ce qui se passe. Même les pas de la danseuses semblaient parfois inélégants, en hybride entre danse indienne et thaïlandaise. Mais pour qui ose se lancer dans cette aventure, il y en ressortira comblé, entièrement remué par les mélodies et les rythmes et se lancera à la découverte de la discographie (quelques suggestions): Musique d’art, Myanmar: musiques du dedans et du dehors, Green tea leaf salad: flavors of burmese music, Inle Myint Muang & Yi Yi Thant: Mahagita: harp and vocal music of Burma. Si vous écoutez un de ces disques, je suis curieuse de votre réaction.

Lien 1: un clip de qualité assez médiocre et publicitaire


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Rodrigo y Gabriela, live

Ce dimanche 30 novembre, j’ai été voir Rodrigo & Gabriela à l’AB à Bruxelles. Le concert était sold out en quelques jours, ce qui m’a un peu étonné. Je ne me rendais pas compte du succès du groupe, succès qui est plutôt dû au bouche à oreille et à l’internet.

Ce duo mexicain, anciens membres d’un groupe de métal, sont des virtuoses de la guitare acoustique. Pas de flamenco, ni de musique traditionnelle de mariachis mais bien des airs inspirés de la scène rock, Metallica en premier. Rodrigo joue la mélodie, avec une succession de notes assez terrifiante, Gabriela marque le rythme, utilisant sa guitare comme percussion, ou soutient les airs de son partenaire.

C’était un concert très énergique avec un public bruyant, prêt à frapper dans les mains à tout moment et à crier au moment voulu, ce qui a un peu nui à la subtilité. D’ailleurs, au moment où Gabriela a joué en solo un morceau beaucoup plus calme  et retenu, une série de personnes a montré son ennui, criant ou quittant la salle.

Somme toute un bon concert, mais dont le public m’a un peu perturbé avec son enthousiasme sans limites.

Lien 1: Rodrigo et Gabriela expliquent leur technique de jeu sur le morceau Tamacun

Lien 2: photos sur flickr, d’où j’ai pris celle qui illustre ce billet


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Einstürzende Neubauten à l’AB

Mercredi passé, j’étais de mauvaise humeur. Plein de petites contrariétés dans la journée, puis plus trop envie de sortir le soir. Mais les tickets pour le concert d’Einstürzende Neubauten étaient achetés depuis des mois et le concert était sold out. Je ne pouvais pas ne pas y aller.

La bonne idée de mon compagnon, c’était d’aller s’installer sur les gradins; nous étions bien assis dans des fauteuils moelleux. ça fait un peu papy-mamy, mais c’est juste ce qu’il fallait: le son était parfait, la vision quelque peu lointaine mais pas dérangée par des géants, et le confort total.

Je n’avais plus écouté le groupe depuis des années, j’avais le souvenir de beaucoup de bruit mais aussi de chansons mélodieuses. Blixa Bargeld a commencé le concert en crooner, costume noir et chapeau compris (ou était-il plutôt un prédicateur, ou un maquereau ?). Sa voix grave m’a fait fondre (pas lui, il ne faut pas exagérer, même si je n’ai rien contre les petits ventres !), la musique était sans concession, l’ambiance réminiscente de la vieille Allemagne des cabarets, les textes empreints de pans de la culture européenne (références à Walter Benjamin). Le décor ressemblait à un espèce de bric à brac, avec de grandes lampes rouges et l’orchestration était aventureuse: une basse jouée comme telle (ou presque, le vibromasseur était de la partie) (Alexander Hacke de Crossing the Bridge), une guitare tripotée à la visseuse ou autres ustensiles (Jochen Arbeit), un synthé et un ordinateur (un Macbook vieux modèle) (l’australien Ash Wednesday), et des percussions allant puiser sur du matériel de chantier: un genre de gamelan en tubes de canalisations (qui donne un son parfois tribal à certains morceaux), des clous tombant d’un grand réceptacle, un ressort tendu (le premier de leurs instruments bricolés), des plaques de métal (Andrew Chudy et Rudolf Moser). Le tout était entrecoupé de commentaires parfois blagueurs (le groupe serait venu à l’AB en 1965 en première partie de Jacques Brel), parfois commerciaux de Blixa Bargeld (le groupe a quitté tout label de disque et vit des ventes des cd, le dernier d’ailleurs est sorti grâce aux contributions des fans).

Le concert a duré deux heures, deux heures de plaisir pour une salle extrêmement enthousiaste. Die Befindlichkeit des Landes (avec le mot Melancholia répété), joué au milieu du concert, a bien valu une minute complète d’applaudissements ! Après un premier rappel, la salle n’a pas voulu les laisser partir. Le groupe s’est alors pris au jeu, littéralement: Blixa Bargeld est monté sur scène avec un sac rempli de cartes aux indications cryptiques. Chaque musicien en a tiré trois au sort, et le groupe s’est lancé dans une improvisation très réussie. On se rend alors compte quelle est leur manière de travailler pour composer leurs musique. Le cd Jewels reprend d’ailleurs cette technique et contient un documentaire expliquant tout ça.

Einstürzende Neubauten est un groupe qui a bien vieilli et qui est toujours crédible, qui a évolué avec son temps et qui peut plaire. Résultat: je suis sortie de là de bien meilleure humeur et mes soucis étaient oubliés !