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de A à Z, le monde en musiques


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Techniques vocales: le joik

Technique vocale ancestrale du peuple sami ou lapon, le joik (prononcé yoik) a longtemps eu une vocation spirituelle mais il s’en éloigne parfois aujourd’hui et connait de nouveaux développements, des expérimentations avec différents styles de musique. Parfois accompagné d’un tambour, il est plus souvent exécuté a cappella, prenant ses origines dans le chamanisme. Il est soit composé d’un texte (plein de métaphores) soit d’une succession de syllabes sans signification. Il n’a pas de forme fixe et est souvent improvisé. Le joik s’inspire de la nature du grand Nord pour recréer ses sonorités et tonalités mais il est aussi un chant social, décrivant l’essence d’une personne, son caractère. La voix est l’élément essentiel pour décrire, utilisant les ornementations, les passages de voix de tête à voix de poitrine et d’autres techniques vocales. C’est un chant qui sert à transmettre des messages dans la communauté mais il est aussi souvent interprété seul, pour le plaisir de s’accorder avec la nature.

La discographie est assez importante, avec les premiers enregistrements de Nils Aslak Valkeapää en 1968 (Joijuka) mais la reconnaissance internationale et une certaine popularisation est venue avec Mari Boine. Aujourd’hui encore de nombreux artistes utilisent le joik dans leurs créations discographiques, qu’elles soient traditionnelles ou détournées.

Un choix de disques récents pour lequel il est difficile de trouver des extraits (et ça prend beaucoup de temps…).

Ole Larsen Gaino, Ludiin muitalan: Johan Sara jr, connu pour ses expérimentations musicales avec le joik a conçu et produit un album très intéressant. Pendant six ans, il a suivi un des meilleurs interprètes de joik dans la tradition la plus ancienne, archaïque. Ensemble, ils ont enregistré ses chants mêlés aux bruits de la nature et des différentes saisons. Dans la première plage par exemple, on entend en fond sonore le bourdonnement incessant des moustiques, dans la quatrième, nous nous retrouvons au milieu d’un troupeau de rennes et la cinquième nous emmène dans les paysages de neige. Aride comme musique ? Peut-être, mais surtout très prenant ! (DAT) 7,5/10

Maari Kallberg, Joikuja Karjalasta – Yoiks from Karelia: joiks traditionnels mais aussi quelques compositions, interprétés a cappella. Beau disque très simple. (Aania) 7/10

Skaidi, Where the rivers meet: joik traditionnel et contrebasse jazz. Très belle rencontre entre deux expressions fort éloignées à la base mais qui crée une nouvelle musique assez fascinante. Un bon disque pour découvrir ce style de chant sans l’aridité de l’a cappella. (DAT, en écoute sur leur site) 7,5/10


Au rang des déceptions, deux rééditions de Nils Aslak Valkeapää: Vuoi, biret-maret, vuoi !, enregistré en 1974 et Alit idja lahkona, enregistré en 1992 qui sont très datés. Le premier est un mélange de folk jazz avec joik, le second des compositions dont les paroles sont inspirées de chants spirituels mais sans joik. (DAT) 5/10 et 3/10

Maddji, Dobbelis – Beyond: disque qui prouve que le pire est possible: un mélange de joik et de new age ou de world du pire genre. La pochette laissait présager mieux ! (DAT, en écoute sur myspace) 4/10

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Peut-on juger de la qualité d’un disque d’après le vêtements des artistes ?

Peut-on juger de la qualité d’un disque d’après le vêtements des artistes ?

Je ne devrais peut-être pas écrire cet article. On risque de m’accuser de mauvaise foi. Et pourtant, deux exemples récents ne font que s’ajouter à la longue liste de disques que je sais que je vais détester juste à la vue des vêtements des artistes. Il est vrai aussi que je suis assez sensible aux jolies choses et que j’ai des goûts assez tranchés. D’ailleurs,  si vous venez sur ce blog pour trouver de belles voix (en polyphonie ou pas), de la world trafiquée sans aucune âme et autres musiques de bobos ou néo-hippies, passez votre chemin… J’exècre ça et cela ne fait que nuire à l’image des musiques du monde. Et si j’en parle, ce sera pour dire le mal que j’en pense ! (Et cet article pourrait s’appliquer à de nombreux artistes d’autres styles, d’Abba à Mötley Crüe.)

Je vous montre les deux exemples ?

Le premier est Elisabeth Vatn, Piper on the roof et ses vêtements déstructurés, mêlant grosse laine (est-ce que ce sont des jambières de bras ?) et coton à l’ancienne, le tout sur un pantalon à la Tintin. Je ne voulais pas m’arrêter à ça: a priori un disque sur les cornemuses scandinaves pouvait être intéressant… mais en encodant le disque, je trouvais qu’il y avait déjà un peu trop d’instruments (dont des synthés qui sont rarement bien utilisés en musique du monde). L’harmonica à la Toots Thielemans et les expérimentations new age-isantes m’ont achevé. Hop, une note de 3/10 ! (Six morceaux en écoute sur myspace)

Le deuxième est d’Alla Fagra, Vata pussar. Les vêtements ne mentent pas: nous voilà propulsés en 1970, en pleine période hippie, y compris dans la musique. Franchement, je n’y arrive pas, surtout cette jupe faite de bouts de chiffons ! 3/10 (Cinq morceaux en écoute sur myspace)

Evidemment, vous allez peut-être me dire que de très bon artistes s’habillent mal et que d’autres, très mauvais, s’habillent bien… Et que les goûts et les couleurs…


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Womex 2009

Le Womex 2009, la grande foire pour les musiques du monde, a eu lieu comme chaque année fin octobre. Après Séville, c’est la capitale danoise, Copenhague, qui a accueilli pendant cinq jours les délégués du monde entier représentant labels de disques,  artistes, salles de concert… de divers pays. Il y avait sans doute moins de participants cette année mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu moins d’échanges et d’accords pour des concerts. Le marché du disque est peut-être morose mais celui de la musique live l’est beaucoup moins.

Ce fut pour moi l’occasion de rencontrer un grand nombre de personnes, de Belgique mais aussi de l’étranger et de revoir de nombreuses connaissances avec qui il est toujours agréable de parler et d’apprendre de nombreuses choses sur la manière dont sont gérées les labels, les salles de concerts ou qui sont les artistes importants du moment… Networking, voilà le grand mot du Womex !

Le Womex ne serait pas le Womex s’il n’y avait pas les concerts, du showcase sur un stand à la “Great Nordic Night” spécialement organisée pour l’occasion. Le programme est toujours très chargé, se déroulant dans cinq salles (une de plus que l’année passée). Cette année, c’est le tout nouveau complexe de la radio danoise qui nous recevait. Exemple d’architecture contemporaine, le bâtiment n’a ouvert ses portes que récemment mais la grande salle de concert est déjà considérée comme une des meilleures du monde au point de vue acoustique. Je rajouterais que l’architecture est magnifique, tout en bois, tout en asymétries. Une scène était située dans le foyer, deux autres dans des salles au sous-sol (c’était juste dommage qu’il n’y avait qu’une seule entrée, ce qui provoquait de nombreux embouteillages) et une dernière salle était improvisée dans le bâtiment attenant. Comme chaque année, les styles sont mélangés, des concerts de musique traditionnelle côtoyant des DJ’s. Mais comme toujours, la tendance est aux musiques plus rythmées, festives, surtout en soirée. Le Balkan Beat, les musiques latino et l’électronique vivent encore de beaux jours ! Dommage que l”ambiance soit plus au shopping qu’à une écoute attentive…

Commençons donc par le shopping: Chet Nuneta, groupe de femmes jouant avec la voix et les percussions, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, je laisse ce genre de musique à un autre public. Idem pour Les Yeux Noirs, groupe tsigane, Yilila d’Australie, le Ale Möller Band dont le concert mélangeait trop de cultures et de traditions différentes…

Comme nous étions au Danemark, une attention toute particulière a été donnée à la musique scandinave. Le concert d’ouverture était nommé “The Great Nordic Night” et rassemblait une vingtaine d’artistes du Danemark, des Iles Féroé, du Groenland, de Suède, de Norvège, de Finlande et d’Islande. Placé sous la direction artistique du violoniste danois Harald Haugaard cette soirée se voulait assez grand public, présentant des styles traditionnels des différents pays mais aussi des chansons plus contemporaines, parfois à la limite de la variété. N’empêche, une bonne polska jouée à plusieurs violons et toute la salle avait envie de danser.

Les musiciens scandinaves avaient également tout le long du Womex une scène qui leur était exclusivement réservée. Malheureusement, la salle était fort petite, l’entrée souvent encombrée et les musiques que j’ai entrevues plutôt calmes. J’aurais très certainement beaucoup plus profité du duo finlandais Lepistö et Lehti et du groupe suédois Nordic dans d’autres circonstances. Valravn par contre se démarquait par des instruments traditionnels mêlés à des beats électroniques qui allaient quant à eux un peu fort (juste un problème de mixage à mon avis) !

Deux belles découvertes dans les showcases de l’après-midi: tout d’abord Mamane Barka, nigérien, et son luth biram en forme de bateau. Là aussi, le son n’était pas parfait, les percussions étaient un peu fortes mais la magie a opéré, le son de l’instrument est vraiment magnifique.

San Chuan est composé de trois chinoises jouant du zheng, une longue cithare sur table (proche du koto japonais). Elles n’ont pas encore d’album à leur actif (c’est pour février) mais ont fait l’aller-retour depuis leur pays pour avoir l’avis du public par rapport à leur jeu. Elles ont d’ailleurs une manière bien différente de jouer la musique classique chinoise, loin de la virtuosité un peu empruntée (et fortement mâtinée d’influences européennes) des musiciens des années 80-90 et fort éloignée aussi du jeu un peu kitsch du Twelve Girls Band et consorts, qu’elles se sont amusées à singer ! Leur son est très doux, les notes se mêlent, les mélodies flottent dans l’air. Un très beau concert d’un groupe dont j’attends beaucoup et qui joue en Belgique dans le cadre d’Europalia.

L’Addis Acoustic Project semblait prometteur: un groupe actuel qui rejouait les standards de l’éthio-jazz et de la musique populaire des orchestres des années 50-60, avec dans le groupe un musicien de l’époque, Ayele Mamo Belayneh qui joue la mandoline et qui était touchant par moments avec ses allures de star de rock’n’roll. Quelques moments d’intense plaisir, de retour aux sources (me faisant penser aux musiques pop cambodgiennes de la même époque) mais dans l’ensemble un concert / concept raté: les solos de guitare et de batterie sonnaient trop jazz (un jazz grand public).

J’espérais voir une belle performance de mento (style jamaïcain pré-reggae, proche du calypso) mais Gilzene and The Blue Light Mento Band a intérêt à apprendre à chanter ! La musique était bonne mais le chant complètement faux ! J’ai rarement entendu de si mauvais chanteurs !

L’Indienne Kiran Ahluwalia quant à elle chante très bien mais je n’ai pas pris le temps d’écouter longtemps ses ghazals, préférant aller écouter d’autres choses moins connues.

L’Orquesta Chekara Flamenca rassemble des musiciens marocains et des chanteuses de flamenco. Fusion qui pourrait fonctionner mais qui était plutôt juxtaposition. Rien de mauvais à cela mais rien de transcendant non plus.

Une petite tranche de musique festive avec le groupe colombien Chocquibtown qui ne m’a pas vraiment intéressé et avec Jaune Toujours qu’il se fallait de soutenir, groupe belge/bruxellois oblige ! Ils ont joué deux fois, une première fois dans un showcase lors du drink des stands belges et une deuxième fois en soirée devant un public bien plus important.

J’avais déjà vu le groupe sino-mongol Hanggai deux fois à Bruxelles mais c’est avec plaisir que je suis retournée à leur concert de Copenhague. Ils étaient au complet cette fois-ci, ce qui a laissé plus de place aux voix (différents styles de chant de gorge) et à la guitare électrique. J’aime beaucoup leur musique (et les musiques de Mongolie et de Tuva en général) mais je suis assez d’accord avec cette personne qui me disait qu’elle aimerait les voir aller plus loin dans le côté rock, dans l’expérimentation à partir des traditions. J’espère toujours qu’apparaîtra un jour un groupe du même niveau que Yat-Kha !

Pour finir ce long billet, parlons de ma découverte du Womex (en général, il y en a une par an) ! Je ne suis pas une grande amatrice de fado et de musiques portugaises que je trouve en général trop larmoyantes mais j’ai été subjuguée par Deolinda. Le cd m’avait paru plus intéressant que la moyenne mais j’écoute tant de disques que je l’ai assez vite oublié (j’aurais dû en parler ici). La chanteuse Ana Bacalhau (pas un nom facile à porter !) essaie de casser tous les préjugés du fado, s’en moque même ! Elle a une présence exceptionnelle et sa présentation de chaque morceau en anglais apporte une bien meilleure compréhension des thèmes et ambiances qui ne se limitent d’ailleurs pas au fado. La musique du groupe s’inspire aussi bien des traditions portugaises que de celles du Cap Vert ou du Brésil. Rafraîchissant ! (Et j’ai adoré sa robe !)

Une galerie de photos complète se trouve ici.