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de A à Z, le monde en musiques


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Colombie | Afrique du Sud | Thaïlande (Sur la platine – Juillet 2010 – II)

Un court billet pour parler de disques dont les styles ont déjà été évoqués sur ce blog mais que je trouvais dommage de ne pas signaler ici.

Palenque palenque: champeta criolla & afro roots in Colombia 1975-91 est une compilation du label Soundway sur les musiques de la côte des Caraïbes en Colombie. La champeta est une réinvention des musiques africaines en Colombie, mélangée avec des sons psychédéliques créoles et des sons et rythmes colombiens. Sonorités très africaines, très brutes, très proches de l’afrobeat mais avec une spécificité latino-américaine. (Soundway, avec deux extraits) 8/10

Next stop… Soweto vol.2: soultown. R&B, funk & psych sounds from the townships 1969-1976. La coupe du monde de foot aura eu comme point positif de ressortir tout un pan un peu oublié des musiques sud-africaines ! Ce volume est consacré aux musiques soul, funk, r&b qui sont apparues dans les townships malgré l’interdiction du gouvernement. (Strut, avec trois extraits) 8/10

Luk thung ! The roots of Thai funk, troisième volume d’une série éditée par le label thaï Zudrangma Records , consacré au luk thung dont j’ai déjà parlé ici. Répertoire enregistré probablement dans les années 60-70, les quelques notes du livret ne disent pas grand chose. (Zudrangma, avec extraits) 7,5/10


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The Elvis of Thailand

L’Elvis de Thaïlande, c’est ainsi qu’est surnommé Surapol  Sombatcharoen (1930-1968). Cette star thaïlandaise de lukthung a connu beaucoup de succès dans son pays dans les années 50-60 et certaines de ses chansons se retrouvent dans le film Monrak Transistor.

Le luk thung est une musique qui est née dans la région de Suphanburi, au centre de la Thaïlande. C’est un peu la “country” thaïlandaise. Les chansons parlent de la difficulté de vivre, surtout des immigrés dans les grandes villes; elles racontent des histoires de chauffeurs de camion, paysans, servantes, prostituées, bref, la vie dans la grande ville loin de sa région d’origine. Le son initial était ancré dans les traditions, les chansons populaires, la musique classique du centre du pays et les danses traditionnelles ramvong. Dans les années 50 se sont rajoutés les violons malais, les orchestres de cuivres latins ainsi que des rythmes commes le cha-cha-cha ou le mambo (les tournées asiatiques de Xavier Cugat ont fortement influencé les styles locaux) mais aussi des éléments de la musique des films d’Hollywood et la country yodel de Gene Autry ou Jimmie Rodgers. C’est une musique pleine d’émotions (qui peut rappeler l’enka japonais ou le kroncong indonésien) avec glissandos et ornementations dans la voix. Surapol Sombatcharoen a son premier hit en 1952 avec Nam Da Sow Vienne (Les larmes de la fille de Vientiane) et est resté le “king” du lukthung jusqu’à son assassinat (pour une sombre affaire de femmes, dit la rumeur) en 1968. Dans les années 70, c’est Pompuang Duangjangqui est devenue la star incontestée; elle est toujours vénérée après son décès en 1992. Les stars d’aujourd’hui sont Sunaree Ratchasima, Mike Piromporn, Monsit Kamsoi… et même un artiste d’origine suédois, Jonas Anderson.

Je vous conseille le blog Monrakplengthai qui est une source inépuisable sur les musiques thaïlandaises et les nombreux clips sur youtube.


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Vinyan

Se laisser emporter par les images, s’abandonner aux sons, s’envelopper dans les ambiances, laisser la pluie et la sueur se coller à la peau…

Vinyan de Fabrice Du Welz

Un film beaucoup critiqué par des journalistes qui n’ont peut-être pas tout compris. D’abord, c’est une coproduction belgo-française, d’un réalisateur belge, avec des producteurs belges et une équipe belgo-française ! Et non un film français ! D’ailleurs si les critiques avaient compris ça, ils n’auraient peut-être pas autant détruit le film… comme le disait Fabrice Du Welz lui-même dans une interview pour Arte, les Français auraient fait un film avec la première demi-heure de l’histoire: le couple Bellmer va-t-il ou non partir à la recherche de leur fils. Et puis, le cinéma fantastique, ce n’est pas très français, c’est mal vu, ce n’est pas assez sérieux.

L’histoire, juste le début: Jeanne et Paul Bellmer ont perdu leur fils lors du tsunami en Thaïlande. Suite à une image très floue sur une vidéo, Jeanne pense reconnaître Joshua et part à sa recherche, avec son mari et avec l’aide de la pègre locale. Cette quête devient une longue descente en enfers, se situant quelque part entre Apocalypse Now (deuxième partie) et Tropical Malady (deuxième partie aussi). L’enfant aurait été enlevé par les “Sea Gypsies” ou Moken, des nomades de la mer d’Andaman, entre la Thaïlande et la Birmanie. Autant Paul tente de rester dans la réalité, ne croit pas à ces images mais entame le voyage par amour pour sa femme, autant Jeanne y croit dur comme fer et tombe petit à petit dans la folie.

Dans la folie ? ou devient-elle aussi un vinyan comme ces enfants qu’on voit dans la deuxième partie du film. Le vinyan, c’est une âme errante, quelqu’un qui est mort mais qui n’a pas encore trouvé le repos, quelque chose de typiquement est-asiatique que l’on retrouve aussi dans le documentaire de Rithy Panh.

Thème de l’eau… il pleut à verse, souvent, la mer toujours, ou la mangrove, la sueur, l’humidité, les bulles comme cette première image qui évoque la noyade.

Travail sur l’image… du plus fluorescent, cru, des néons de Bangkok, des night-clubs ou sex-clubs à la musique tonitruante et aux lumières artificielles à des atmosphères de mer ou de jungle monochromes, brunes, grises, vertes mais d’un vert passé.

Et puis des sons qui enveloppent, un film qui sans sound design ne serait pas le même, et les musiques composées par François-Eudes, électroniques mais très prenantes, envoûtantes, drones de guitare tournant au white noise. Et puis un clin d’oeil à la pop thaïlandaise avec Mike Pirimporn.

Beaucoup de références cinématographiques, certains plans étant des copies d’autres films, le cinéma des années 70, Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, Don’t look now de Nicholas Roeg, Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato, Les révoltés de l’an 2000 de Narciso Ibanez Serrador.

Une scène assez incroyable au point de vue technique: le plan séquence dans les ruines, tourné en une seule prise et qui a demandé bien des acrobaties au caméraman (voir la deuxième partie du making of sur le blog de Fabrice Du Welz)

Le film a ses défauts, quelques longueurs, mais c’est une production si différente de ce qui se fait habituellement dans nos contrées que je voulais surtout en dire du bien. C’est une question de se laisser prendre, de se laisser immerger dès le début, sinon il est clair qu’on peut passer à 10.000 lieues de ce film.

Lien 1: interviews de Fabrice Du Welz et d’Emmanuelle Béart

Lien 2: le site officiel, avec une idée de l’ambiance sonore

Lien 3: le blog de Fabrice Du Welz pour le film, avec de très jolies chemises de l’ingénieur son et le making of

Lien 4: les photos de Marcel Hartmann


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Pastèques et dumplings

Non, ceci n’est pas la suite de mes aventures culinaires ! Il me manque d’ailleurs le durian pour compléter la série… des films asiatiques avec de la nourriture dans le titre. D’ailleurs ce n’est pas que dans le titre qu’on mange dans les films en Extrême Orient: je me souviens d’un film de Johnnie To (ne me demandez plus lequel, j’ai oublié) où tous les plans de la première demi-heure contiennent une scène avec des gens qui mangent. Ou celui que j’ai vu hier soir, One take only d’Oxyde Pang. Film clip video, violent, mais moins violent que ne l’annonçait Jean-Pierre Dionnet dans son introduction, et somme toute pas extrêmement intéressant à part pour (re-)voir les rues de Bangkok. Mais les héros mangent souvent, des nouilles micro-ondées au restaurant populaire.

Doù vient cette présence de la nourriture dans ces films ? Dans les productions américaines ou françaises, on mange si peu… Si vous avez des idées…

Revenons à nos pastèques et dumplings. Le premier des deux films, The Wayward Cloud ou La saveur de la pastèque a été réalisé par Tsai Ming-Liang. (Ce serait intéressant de connaître la traduction exacte du titre chinois.) Longue succession d’images où la pastèque est l’instrument érotique des jeux d’amour entre les protagonistes, dans un Taïwan où la sécheresse règne (et je l’ai vu le jour le plus chaud de l’été !). Pas beaucoup d’histoire finalement à part une scène de nouilles intéressante (ici) et de très joli interludes chantés et dansés (les chansons sont de Grace Chang ou Yao Li, entre autres), que l’on peut voir ici, ici et ici.

Nouvelle cuisine (ou Dumplings en anglais) est un film de Fruit Chan sur la fabrication des dumplings… quoique ceux-ci se révèlent être un peu spéciaux. Je ne révèlerai pas la suite mais toute l’histoire tourne autour de la cuisine et de l’éternelle jeunesse.