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de A à Z, le monde en musiques


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Musiques hawaïennes (Sur la platine – Mai 2010 – I)

Rattrapons notre retard avec une série de courts articles thématiques ! Pour commencer, deux disques pas tout à fait récents du label Grass Skirt qui n’est pas prolifique mais l’attention donnée à la recherche est exemplaire. La présentation est soignée, le livret recherché et le son nettoyé.

Gino Bordin, Virtuose de la guitare hawaiienne – 1930s Paris: musicien italien issu d’une famille très musicale, Gino Bordin se retrouve à Paris après la Première Guerre Mondiale. Il joue d’abord le banjo-guitare avec les accordéonistes musette ou tango pour se tourner ensuite vers la guitare hawaïenne, sur demande des maisons de disque qui, réalisant l’engouement soudain pour ce style, se rendent comptent de la minceur de leur catalogue. Airs hawaïens adaptés au goût européen mais aussi autres styles tels la valse dont Bordin se fait une spécialité, avec un certain Tino Rossi sur quelques morceaux. Un peu suranné et exotique en même temps. J’adore ! (extraits sur deezer et youtube) (Grass Skirt) 8/10

Sol Hoopii, Sol Hoopii in Hollywood – his first recordings 1925: en 1925, Sol Hoopii, musicien hawaïen était à Hollywood depuis 5 ans, écumant les bars et les studios de cinéma. Il réalise ses premiers enregistrements pour Sunset/Hollywood à la steel guitar, accompagné de plusieurs groupes différents. Le cd contient aussi quelques morceaux d’artistes peu connus qui n’ont enregistré que quelques faces de 78 tours. (différents clips sur youtube pour donner une idée du style) (Grass Skirt) 8/10

A relire aussi, mon article sur la mode des musiques hawaïennes dans le monde.

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Everybody does it in Hawaii: de Honolulu à Athènes, en passant par Jakarta

L’histoire des musiques du monde a connu de nombreuses modes ou “craze” en anglais qui reflète mieux le côté “folie” mais aussi le côté passager. Tango, yodel, le Buena Vista Social Club et les musiques cubaines ne sont que quelques exemples d’époques passées et récentes. La guitare hawaïenne en fait partie, elle s’est répandue dans le monde entier depuis Honolulu dès la fin du 19e siècle. En 1912, le spectacle Bird of Paradise attire les foules à New York, avant d’entamer une tournée mondiale. Cette comédie musicale sur fond de palmiers préfigure les futurs clichés exotiques du cinéma d’Hollywood. L’exposition universelle de San Francisco de 1915 va accentuer la mode lorsque l’orchestre de Keoki E. Awai se produit dans le pavillon des planteurs de canne à sucre et d’ananas. C’est un phénomène qui se retrouve souvent: de nombreuses modes sont nées suite à une attraction musicale à une exposition internationale, par exemple celle du belly dance à l’expo de Chicago en 1893 ou l’intérêt porté aux musiques balinaises après l’expo de Paris en 1889.

Difficile de dire qui a été la première personne à Hawaï jouant de la steel guitar, une manière de jouer bien différente: la guitare est posée à plat sur les genoux et les cordes sont frottées à l’aide d’un morceau de métal. En tous cas, c’est Joseph Kekuku qui a popularisé le style dès les années 1890. Les sons exotiques de l’ukulele et les danseuses de hula s’y ajoutent et l’ensemble finit par créer un enthousiasme démesuré. C’est une vague déferlante qui balaie les Etats-Unis, l’Europe et l’Asie. Des groupes hawaïens tournent dans le monde entier et des musiciens locaux les imitent très vite pour combler la demande. Rien qu’en 1917, la compagnie de disques Victor sort plus de 150 titres hawaïens. La famille Moe fera sept fois le tour du monde pendant un demi-siècle jouant dans différents groupes comme les Royal Samoan Dancers de Mme Riviere ou Tau Moe and his Hawaiian Jazzites. Franck Ferera grave plus de 1000 disques en quelques années. En 1928, Sam Ku West fait une tournée de Honolulu à Paris en passant par le Japon, Shanghai, Manille et Hong Kong.

Pourquoi tant de succès ? Cette musique semblait différente, avec ses instruments et mélodies bizarres, créant une ambiance ensoleillée, de mers du sud et de palmiers, proposant un style de vie élégant et sans soucis pendant une époque fort troublée, tiraillée entre crise économique, les horreurs de la première guerre mondiale et une deuxième qui s’annonce. La recherche de l’exotisme était dans l’air du temps: en France, le jazz nègre, les musiques tziganes ou de toute autre contrée plus ou moins éloignée attirait les oreilles.

Un choix de cinq disques:

Slidin’ on the frets. The Hawaiian steel guitar phenomenon nous emmène d’abord aux Etats-Unis, là où le style s’est ancré profondément dans différents genres comme le jazz, le blues, le vaudeville, la country, puis vers Trinidad, l’Argentine, la France, la Grèce (avec Kostas Bezos que l’on retrouve sur des disques de rebetika sous le nom de A. ou K. Kostis).

Steeling round the world, Hawaiian style ressort quelques perles dans des collections oubliées de 78 tours. Avec par exemple Miss Ninja dan Ismael & Sweet Java Islanders d’Indonésie ou les Kilima Hawaiians chantant en néerlandais.

Hawaiian Music. Honolulu – Hollywood – Nashville 1927-1944 se limite aux rapports entre Etats-Unis continentaux et Hawaï, reprenant les classiques de Sol Hoopii à Bob Wills, et la chanson de Jimmie Rodgers, Everybody does it in Hawaii. A partir de cette mode hawaïenne, c’est toute la musique américaine qui évolue: chant et jeux de guitare country et bottleneck du blues.

Hawaiians in Paris 1916-1926 présente essentiellement les enregistrements de Franck Ferera. L’artiste hawaïen n’a jamais mis les pieds en France mais tout son catalogue était édité sur Pathé France, avec étiquettes en français.

Paris, plages d’Hawaii. Guitares hawaiiennes 1930 se penche sur la carrière de Gino Bordin qui a developpé son propre style utilisant une guitare à 7 cordes.

Tous ces disques sont fantastiques !

La première image vient d’un site reprenant toutes les partitions de musiques à thème hawaïen ou exotique, les deux cartes postales viennent d’ici, et la troisième photo est celle de Franck Ferera.


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Sur la platine (Septembre 2008- I)

A écouter en ce début de mois de septembre:

Hans Zimmer & James Newton Howard – The dark knight: le film est magnifique, la musique l’est tout autant, les envolées symphoniques largement atonales de Hans Zimmer (toujours aussi reconnaissable) se mariant très bien aux images sombres, les passages légèrement plus joyeux de James Newton Howard s’associant quant à eux au personnage a priori plus positif du “white knight”, le juge Harvey Dent.

George Kuo – O ke aumoe: steel guitar légère et aérienne, à déguster avec un cocktail, pour faire revenir le soleil.

Hillbilly bop, boogie & the honky tonk blues, volume three 1954-1955: troisième de la série déjà, mais toujours aussi dansant ! Répertoire pas très connu mais préfigurant le rock’n’roll.

The Sacred Shakers – The Sacred Shakers: classiques de la country gospel blanche américaine infusés de rythmes honky tonk et rockabilly.  Excellent album, le compagnon idéal du précédent.

A éviter: quelques disques typiques de la “world” au sens péjoratif du terme:

N’Faly Kouyaté and Dunyakan – Tunya: qu’attendre d’un disque où l’artiste est présenté comme rapper, dans une ambiance très soleil et vacances ? pas grand chose donc à part une afropop sans aucune référence à la musique des griots (bien que N’Faly Kouyaté, Guinéen d’origine, joue de la kora) et interprétée avec des musiciens européens qui s’essaient à la musique africaine. Désolant, et pourtant ça plaît.

Ce groupe se retrouve aussi sur la compilation Globo Musica ! World music from Belgium, qui n’offre pas un panorama passionnant. Artistes africains, des Balkans et d’Amérique du Sud (le reste du monde n’intéresse personne en musique, c’est bien connu), pour des compositions plus ou moins traditionnelles et des fusions pas vraiment réussies. L’argument de  vente de l’objet, c’est: “Avec contenu tactile et olfactif !”, avec une feuille de gingko séchée, donc, et un petit commentaire néo hippie de rigueur: “[le gingko] est devenu un symbole de vie, de la continuité se jouant du temps. Une image de sagesse simple et forte, traversant paisiblement un monde en mutation.” Je suis peut-être un peu dure mais j’ai beaucoup de mal avec ce genre de discours (et de musique).

Mediterraneo: livre-cd au packaging attrayant, qui fait de la publicité pour les “Classic International Cruises” (avec bon de réduction et description des bateaux de la flotte) et qui se veut le compagnon idéal de cette croisère, faisant office de guide de voyage mais aussi, entre autres choses, de guide santé (liste des aliments bénéfiques à notre santé). N’essayez pas de lire le livret: le texte a été traduit dans un anglais particulièrement tarabiscoté et incompréhensible. Et la musique me direz-vous ? Et bien, si vous voulez écouter quatre disques de musique fortement arrangée et métissée pour plaire à toutes les oreilles, libre à vous. Moi, je vais voir ailleurs !

 


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Aloha

Parfois, j’écoute des disques au hasard, parce que la pochette me plaît ou qu’il y des mots dans le titre qui m’attirent. Souvent je suis déçue, mais parfois j’ai de bonnes surprises. La dernière en date, c’est:

The Ideal Husband: No bye no Aloha

Jolie pochette un peu rétro, “aloha” dans le titre… mes premières impressions se confirment: c’est une délicieuse pop, un peu sucrée, mélancolique, avec lapsteel guitar et ukuleles. Un disque idéal pour l’été, un peu rêveur et exotique, aux sonorités hawaïennes. Au moment où j’écris ces lignes, la pluie tombe à verse, un disque donc pour oublier ce temps sombre.

Toutes les chansons sont écrites par Sandrine Collard qui avait déjà fait un disque de chanson française et la chanteuse, Louise Peterhof, est suédoise. Elles sont entourées par des musiciens de V.O. et pour les backing vocals, Daan et Françoiz Breut sont invités.