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de A à Z, le monde en musiques


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Argentine (VI): cumbia villera

A la fin des années 1990 et au début des années 2000, l’Argentine est en pleine crise économique. C’est à ce moment que naît un nouveau style de musique: Pablo Lescano, leader du groupe Damas Gratis, transforme la cumbia commerciale en quelque chose de plus personnel, y ajoutant des beats électroniques et des sonorités issues de la production en reggae. Les rythmes sont simple et joués aux synthés. Les paroles sont crues: elles parlent de drogues, de filles et des ghettos. C’est d’ailleurs dans ces ghetto ou “villas” que cette musique trouve son public, issu des classes populaires sans espoir. Très vite, les concerts des différents groupes remplissent les stades. Et cette cumbia villera sera à la base de la digital cumbia dont je parlerai dans l’article suivant.

Damas Gratis, Se te ve la tanga – le clip officiel avec une fille en bikini qui danse lascivement:

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Argentine (III) – chamamé

Le chamamé est un style de musique traditionnelle typiquement argentin dont les origines se retrouvent dans le nord-est du pays (Corrientes), une région amérindienne qui a attiré de nombreux immigrants d’Europe Centrale. Ces Tchèques, Polonais, Autrichiens et Allemands (dont beaucoup de Juifs) ont amené avec eux les danses locales: valses, mazurkas, polkas. Celles-ci se sont mélangées avec la musique des Indiens Guarani et avec les rythmes africains des esclaves de la région. Musique rurale des populations pauvres, il a commencé à avoir un succès plus grand quand ces habitants ont migré à Buenos Aires pour travailler dans l’industrie. L’instrument principal est l’accordéon. La plus grande star est Raúl Barboza, qui a eu un certain succès également en Europe, mais Chango Spasiuk, dont les grands-parents étaient ukrainiens, n’est pas en reste.

Chango Spasiuk, Misiones (2005)


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Angola (IV) – kuduro

J’aurais pu vous parler de Bonga ou de Waldemar Bastos, tous deux importants dans l’histoire de la musique angolaise mais je préfère développer un genre plus récent (et plus excitant). Le kuduro (littéralement “cul dur”) (1) est un style de musique qui est né aux alentours de 1990 à Luanda et Lisbonne. Cette musique électronique combine des éléments angolais comme la semba et le kizomba, des rythmes de la soca et du calypso des Caraïbes mais aussi de la techno et de la house. Les paroles sont en Portugais angolais ou dans un créole de Kimbundu et de Portugais. Il s’accompagne d’une danse frénétique qui s’inspire des danses locales mais aussi du hip hop. Certains mouvements désarticulés imitent des gestes que pourraient avoir des personnes amputées ou utilisant des béquilles et prothèses. Tony Amado dit avoir inventé cette danse en s’inspirant d’une scène du film Kickboxer avec Jean-Claude Van Damme (voici le clip d’origine) mais je me méfie un peu de ce genre d’explications. C’est le dj français Frédéric Galliano qui en 2006 a mis sur le devant de la scène occidentale ce style de musique avec ses compilations Kuduro Sound System.

Dog Murras – Kissonde, du kuduro angolais

Buraka Som Sistema- Hangover (BaBaBa), groupe basé à Lisbonne

Batida – Alegria: le groupe Batida mélange rythmes du kuduro à des samples de musiques des années 70, à de la semba et de l’electronica.

Rendez-vous lundi prochain pour les musiques d’Antigua-et-Barbuda !


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Sur la platine (Janvier 2010 – I)

Premier épisode d’une série qui sera plus régulière (je l’espère) cette année.

Premier épisode également où je vous demande votre avis sur les disques en question avec une note de 0 à 10 (je remets le barème en fin de billet) et vos commentaires et appréciations.

Comme les sorties ne sont pas nombreuses en ce moment (quasi inexistantes même en ces premières semaines de janvier), il s’agit de disques sortis pendant les derniers mois de 2009.

    • Aya Kagayama, Ayamoyou – Aya Kagayama no minyo, 7,5/10
    • Ethiopiques 25: 1971>1975 Modern roots, 7,5/10
    • Group Bombino, Guitars from Agadez vol. 2, 6,5/10
    • Les Triaboliques, Rivermudtwilight, 6/10
    • The Devil’s Anvil, Hard rock from the Middle East, 6/10

Ethiopiques 25: 1971>1975 Modern roots: Francis Falcetto continue l’exploration des musiques populaires d’Ethiopie avec ce 25e volume (12 sont encore prévus à l’avenir) consacré au label Amha Records, dont une partie du répertoire a déjà été publié lors de précédentes éditions. Les morceaux sélectionnés sur ce disque sont loin des expérimentations “à l’occidentale”, “soul” ou “jazz”. Ils renvoient aux musiques traditionnelles, depuis toujours une source d’inspiration importante pour les artistes, et mettent en valeur des instruments acoustiques locaux. Même un artiste comme le “Elvis d’Ethiopie”, Alèmayèhu Eshèté interprète un traditionnel, quoique avec une voix tirant vers la modernité. (Buda Musiqe, 860177, avec des extraits) Note: 7,5/10

Group Bombino, Guitars from Agadez vol. 2: guitares et chants du désert, des Touaregs du Niger. Disque en deux parties, la première provenant des archives du groupe, la deuxième enregistrée en live par Hisham Mayet. Celui-ci a fait un voyage dans la région en 2007 et a ramené de nombreux enregistrements dont certains sont déjà publiés sur Sublime Frequencies (le dvd Palace of the winds – MM0804 et le vol. 1, Guitars from Agadez par le Group Inerane – ML5978). Les quatre premiers morceaux ont été enregistrés en acoustique et sonnent très bien, la “dry guitar”, hypnotique par moments, est inspirée par Ali Farka Touré et Tinariwen, groupe qui inspire beaucoup les musiciens locaux. Les cinq plages suivantes sont électriques et la lassitude et la répétition s’installe bien vite. Les conditions de l’enregistrement et la piètre qualité du matériel que s’échangent tous les musiciens de la région nuisent à l’ensemble. Pour une idée du style en images. Pour qui ne connait pas le “blues du désert” tel qu’il est communément appelé aujourd’hui, je conseille plutôt le groupe Tinariwen déjà cité, notamment leur dernier album Imidiwan. (Sublime Frequencies, SF046CD) Note: 6,5/10

Les Triaboliques, Rivermudtwilight: cet album me pose problème: à la première écoute, j’ai beaucoup aimé… par contre mes réécoutes font baisser la note à chaque fois. Et je n’arrive à garder mon attention sur le disque que pour les premières plages, ne sachant même plus à quoi ressemblent les dernières après plus de trois écoutes. Ce n’est pas la faute aux musiciens, ils sont excellents, ils connaissent les musiques du monde et rock. Il suffit de voir leur CV pour en avoir la preuve: Ben Mandelson et Lu Edmonds ont fait partie des 3Mustafa3, Justin Adams a joué avec Robert Plant et avec le musicien gambien Juldeh Camarah; les deux premiers maîtrisent un nombre impressionnant d’instrument à cordes du monde (du saz à la guitare hawaïenne, du luth crétois au kabosy malgache) et le troisième est un excellent guitariste. A quoi la faute donc ? Aux vocaux peut-être qui ne sont pas vraiment convaincants ? A la légèreté de l’ensemble qui pourrait pourtant être un point positif ? A la transformation de certaines musiques traditionnelles que j’aime plus brutes ? A une certaine langueur sur un peu trop de morceaux ? Trois plages sont en écoute sur myspace, dont une de mes préférées, Gulaguajira (I, the dissolute prisoner) qui mêle habilement mélodie mexicaine et chanson russe. (World Village, 468088) Note: 6/10

The Devil’s Anvil, Hard rock from the Middle East: un peu de musique psychédélique des années 60 parce que je sais qu’il y a beaucoup d’amateurs. The Devil’s Anvil est un groupe américain qui s’est formé à Greenwich Village, New York, en plein mouvement hippie/folk. Se basant sur des traditionnels moyen-orientaux, grecs et turcs, le groupe les transforme, les adapte au goût d’une époque friande en guitares fuzz et rock exotique tout en gardant des instruments orientaux comme l’oud, le bouzouki, le tamboura et les percussions ainsi que les paroles en langue locale. Il se termine pourtant sur une version en anglais de Misirlou, loin de la version surf de Dick Dale. L’album n’a connu aucun succès à l’époque, sa pochette étant quelque peu provocatrice en ces débuts de guerre israélo-arabe. Une redécouverte. (Plusieurs morceaux en écoute via ce lien) (Rev-Ola, Rev282) Note:6/10

Aya Kagayama, Ayamoyou – Aya Kagayama no minyo: la chance que vous écoutiez ce disque un jour est réduite, à moins que vous ne soyez un grand amateur de musiques traditionnelles japonaises.  Si jamais vous voulez l’acheter, il est disponible chez Far Side. Difficile aussi de vous le faire écouter, j’ai juste trouvé quelques extraits qui vous donneront une idée. Ce n’est pas un disque facile, mais une fois un peu habitué aux sonorités japonaises, il est prenant: la magnifique voix tout en retenue et aux légers vibratos est accompagnée du violon d’origine chinoise kokyu et de percussions qui ponctuent le chant. Une deuxième voix donne le contrepoint sur certains morceaux tous issus de la tradition du minyo, du chant populaire de la région de Hokuriku (centre du Japon), sauf la dernière plage qui fait entrer le genre dans la modernité. Une dernière chose: une rapide enquête sur Facebook m’a confirmé que ce disque peut trouver son public ! (Victor Entertainment Japan) Note: 7,5/10

Barème:

10. Chef-d’œuvre
9. Exceptionnel
8. Très bon album
7. Bon album
6. Pas mal, sans plus
5. Moyen
4. Bof…
3. Plutôt raté, ou inintéressant
2. Vraiment mauvais
1. Nul
0. Nullité absolue