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de A à Z, le monde en musiques


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Belgique (II) – Bobbejaan

Avec Bobbejaan Schoepen, on quitte quelque peu le monde de la musique traditionnelle pour entrer dans celui de la country et de la chanson. Yodeleur reconnu, il est aussi le Johnny Cash belge et sort comme lui, un album de fin de vie, Bobbejaan (1), dont la couverture a été conçue par Daan, son grand admirateur. Pas de yodel dans le morceau suivant mais une magnifique et triste chanson en français avec clip d’époque.

Bobbejaan Schoepen – Je me suis souvent demandé (1965)

Je n’approfondirai pas plus la Belgique, laissant la place la semaine prochaine au Belize !


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Belgique (I) – rommelpot

Petit pays d’Europe de l’Ouest, la Belgique est l’endroit où je vis. Cette série d’articles est donc plus compliquée pour moi à réaliser parce que je connais assez bien ce qui s’y passe en musique traditionnelle ou pas. Et parce que je sais très bien ce que je n’aime pas, notamment tous les groupes néo-trad d’aujourd’hui. Bref ma sélection sera très personnelle et absolument pas exhaustive. Je ne tiendrai pas compte non plus du clivage Flamands/Wallons/Bruxellois qui complique toujours les choses. Mon premier exemple est consacré à un instrument traditionnel local un peu bizarre, le rommelpot. C’est un genre de pot dans lequel est inséré un bâton qu’on remue et qui fait “pouet” ou “prout”. Certains artistes interprètent des chansons en s’accompagnant de cet instrument. Voici un court morceau de 18 secondes, suivi d’un autre un peu long, venant du disque Belgique – België: ballades, danses et chansons de Flandre et Wallonie (1).

M. Swans, ‘k heb zo lang met de rommelpot gelopen (1958) suivi de Felix Van Eeckhoute, Drie koningen met ene ster (1953):


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Bobbejaan Schoepen (1925-2010)

Quel belge a porté des Nudie suits, avait même une Cadillac customisée par Nudie, a participé au Grand Ole Opry, a enregistré à Nashville et était un yodeleur, un chanteur country, un siffleur, a représenté la Belgique à l’Eurovision, était le Johnny Cash belge, nous a surpris avec un dernier album magnifique et était flamand d’origine mais néanmoins francophile ?

Bobbejaan Schoepen est mort hier…

à propos de sa mort prochaine

avec yodels, sifflements et cris d’animaux !


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Womex 2009

Le Womex 2009, la grande foire pour les musiques du monde, a eu lieu comme chaque année fin octobre. Après Séville, c’est la capitale danoise, Copenhague, qui a accueilli pendant cinq jours les délégués du monde entier représentant labels de disques,  artistes, salles de concert… de divers pays. Il y avait sans doute moins de participants cette année mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu moins d’échanges et d’accords pour des concerts. Le marché du disque est peut-être morose mais celui de la musique live l’est beaucoup moins.

Ce fut pour moi l’occasion de rencontrer un grand nombre de personnes, de Belgique mais aussi de l’étranger et de revoir de nombreuses connaissances avec qui il est toujours agréable de parler et d’apprendre de nombreuses choses sur la manière dont sont gérées les labels, les salles de concerts ou qui sont les artistes importants du moment… Networking, voilà le grand mot du Womex !

Le Womex ne serait pas le Womex s’il n’y avait pas les concerts, du showcase sur un stand à la “Great Nordic Night” spécialement organisée pour l’occasion. Le programme est toujours très chargé, se déroulant dans cinq salles (une de plus que l’année passée). Cette année, c’est le tout nouveau complexe de la radio danoise qui nous recevait. Exemple d’architecture contemporaine, le bâtiment n’a ouvert ses portes que récemment mais la grande salle de concert est déjà considérée comme une des meilleures du monde au point de vue acoustique. Je rajouterais que l’architecture est magnifique, tout en bois, tout en asymétries. Une scène était située dans le foyer, deux autres dans des salles au sous-sol (c’était juste dommage qu’il n’y avait qu’une seule entrée, ce qui provoquait de nombreux embouteillages) et une dernière salle était improvisée dans le bâtiment attenant. Comme chaque année, les styles sont mélangés, des concerts de musique traditionnelle côtoyant des DJ’s. Mais comme toujours, la tendance est aux musiques plus rythmées, festives, surtout en soirée. Le Balkan Beat, les musiques latino et l’électronique vivent encore de beaux jours ! Dommage que l”ambiance soit plus au shopping qu’à une écoute attentive…

Commençons donc par le shopping: Chet Nuneta, groupe de femmes jouant avec la voix et les percussions, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, je laisse ce genre de musique à un autre public. Idem pour Les Yeux Noirs, groupe tsigane, Yilila d’Australie, le Ale Möller Band dont le concert mélangeait trop de cultures et de traditions différentes…

Comme nous étions au Danemark, une attention toute particulière a été donnée à la musique scandinave. Le concert d’ouverture était nommé “The Great Nordic Night” et rassemblait une vingtaine d’artistes du Danemark, des Iles Féroé, du Groenland, de Suède, de Norvège, de Finlande et d’Islande. Placé sous la direction artistique du violoniste danois Harald Haugaard cette soirée se voulait assez grand public, présentant des styles traditionnels des différents pays mais aussi des chansons plus contemporaines, parfois à la limite de la variété. N’empêche, une bonne polska jouée à plusieurs violons et toute la salle avait envie de danser.

Les musiciens scandinaves avaient également tout le long du Womex une scène qui leur était exclusivement réservée. Malheureusement, la salle était fort petite, l’entrée souvent encombrée et les musiques que j’ai entrevues plutôt calmes. J’aurais très certainement beaucoup plus profité du duo finlandais Lepistö et Lehti et du groupe suédois Nordic dans d’autres circonstances. Valravn par contre se démarquait par des instruments traditionnels mêlés à des beats électroniques qui allaient quant à eux un peu fort (juste un problème de mixage à mon avis) !

Deux belles découvertes dans les showcases de l’après-midi: tout d’abord Mamane Barka, nigérien, et son luth biram en forme de bateau. Là aussi, le son n’était pas parfait, les percussions étaient un peu fortes mais la magie a opéré, le son de l’instrument est vraiment magnifique.

San Chuan est composé de trois chinoises jouant du zheng, une longue cithare sur table (proche du koto japonais). Elles n’ont pas encore d’album à leur actif (c’est pour février) mais ont fait l’aller-retour depuis leur pays pour avoir l’avis du public par rapport à leur jeu. Elles ont d’ailleurs une manière bien différente de jouer la musique classique chinoise, loin de la virtuosité un peu empruntée (et fortement mâtinée d’influences européennes) des musiciens des années 80-90 et fort éloignée aussi du jeu un peu kitsch du Twelve Girls Band et consorts, qu’elles se sont amusées à singer ! Leur son est très doux, les notes se mêlent, les mélodies flottent dans l’air. Un très beau concert d’un groupe dont j’attends beaucoup et qui joue en Belgique dans le cadre d’Europalia.

L’Addis Acoustic Project semblait prometteur: un groupe actuel qui rejouait les standards de l’éthio-jazz et de la musique populaire des orchestres des années 50-60, avec dans le groupe un musicien de l’époque, Ayele Mamo Belayneh qui joue la mandoline et qui était touchant par moments avec ses allures de star de rock’n’roll. Quelques moments d’intense plaisir, de retour aux sources (me faisant penser aux musiques pop cambodgiennes de la même époque) mais dans l’ensemble un concert / concept raté: les solos de guitare et de batterie sonnaient trop jazz (un jazz grand public).

J’espérais voir une belle performance de mento (style jamaïcain pré-reggae, proche du calypso) mais Gilzene and The Blue Light Mento Band a intérêt à apprendre à chanter ! La musique était bonne mais le chant complètement faux ! J’ai rarement entendu de si mauvais chanteurs !

L’Indienne Kiran Ahluwalia quant à elle chante très bien mais je n’ai pas pris le temps d’écouter longtemps ses ghazals, préférant aller écouter d’autres choses moins connues.

L’Orquesta Chekara Flamenca rassemble des musiciens marocains et des chanteuses de flamenco. Fusion qui pourrait fonctionner mais qui était plutôt juxtaposition. Rien de mauvais à cela mais rien de transcendant non plus.

Une petite tranche de musique festive avec le groupe colombien Chocquibtown qui ne m’a pas vraiment intéressé et avec Jaune Toujours qu’il se fallait de soutenir, groupe belge/bruxellois oblige ! Ils ont joué deux fois, une première fois dans un showcase lors du drink des stands belges et une deuxième fois en soirée devant un public bien plus important.

J’avais déjà vu le groupe sino-mongol Hanggai deux fois à Bruxelles mais c’est avec plaisir que je suis retournée à leur concert de Copenhague. Ils étaient au complet cette fois-ci, ce qui a laissé plus de place aux voix (différents styles de chant de gorge) et à la guitare électrique. J’aime beaucoup leur musique (et les musiques de Mongolie et de Tuva en général) mais je suis assez d’accord avec cette personne qui me disait qu’elle aimerait les voir aller plus loin dans le côté rock, dans l’expérimentation à partir des traditions. J’espère toujours qu’apparaîtra un jour un groupe du même niveau que Yat-Kha !

Pour finir ce long billet, parlons de ma découverte du Womex (en général, il y en a une par an) ! Je ne suis pas une grande amatrice de fado et de musiques portugaises que je trouve en général trop larmoyantes mais j’ai été subjuguée par Deolinda. Le cd m’avait paru plus intéressant que la moyenne mais j’écoute tant de disques que je l’ai assez vite oublié (j’aurais dû en parler ici). La chanteuse Ana Bacalhau (pas un nom facile à porter !) essaie de casser tous les préjugés du fado, s’en moque même ! Elle a une présence exceptionnelle et sa présentation de chaque morceau en anglais apporte une bien meilleure compréhension des thèmes et ambiances qui ne se limitent d’ailleurs pas au fado. La musique du groupe s’inspire aussi bien des traditions portugaises que de celles du Cap Vert ou du Brésil. Rafraîchissant ! (Et j’ai adoré sa robe !)

Une galerie de photos complète se trouve ici.


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Vinyan

Se laisser emporter par les images, s’abandonner aux sons, s’envelopper dans les ambiances, laisser la pluie et la sueur se coller à la peau…

Vinyan de Fabrice Du Welz

Un film beaucoup critiqué par des journalistes qui n’ont peut-être pas tout compris. D’abord, c’est une coproduction belgo-française, d’un réalisateur belge, avec des producteurs belges et une équipe belgo-française ! Et non un film français ! D’ailleurs si les critiques avaient compris ça, ils n’auraient peut-être pas autant détruit le film… comme le disait Fabrice Du Welz lui-même dans une interview pour Arte, les Français auraient fait un film avec la première demi-heure de l’histoire: le couple Bellmer va-t-il ou non partir à la recherche de leur fils. Et puis, le cinéma fantastique, ce n’est pas très français, c’est mal vu, ce n’est pas assez sérieux.

L’histoire, juste le début: Jeanne et Paul Bellmer ont perdu leur fils lors du tsunami en Thaïlande. Suite à une image très floue sur une vidéo, Jeanne pense reconnaître Joshua et part à sa recherche, avec son mari et avec l’aide de la pègre locale. Cette quête devient une longue descente en enfers, se situant quelque part entre Apocalypse Now (deuxième partie) et Tropical Malady (deuxième partie aussi). L’enfant aurait été enlevé par les “Sea Gypsies” ou Moken, des nomades de la mer d’Andaman, entre la Thaïlande et la Birmanie. Autant Paul tente de rester dans la réalité, ne croit pas à ces images mais entame le voyage par amour pour sa femme, autant Jeanne y croit dur comme fer et tombe petit à petit dans la folie.

Dans la folie ? ou devient-elle aussi un vinyan comme ces enfants qu’on voit dans la deuxième partie du film. Le vinyan, c’est une âme errante, quelqu’un qui est mort mais qui n’a pas encore trouvé le repos, quelque chose de typiquement est-asiatique que l’on retrouve aussi dans le documentaire de Rithy Panh.

Thème de l’eau… il pleut à verse, souvent, la mer toujours, ou la mangrove, la sueur, l’humidité, les bulles comme cette première image qui évoque la noyade.

Travail sur l’image… du plus fluorescent, cru, des néons de Bangkok, des night-clubs ou sex-clubs à la musique tonitruante et aux lumières artificielles à des atmosphères de mer ou de jungle monochromes, brunes, grises, vertes mais d’un vert passé.

Et puis des sons qui enveloppent, un film qui sans sound design ne serait pas le même, et les musiques composées par François-Eudes, électroniques mais très prenantes, envoûtantes, drones de guitare tournant au white noise. Et puis un clin d’oeil à la pop thaïlandaise avec Mike Pirimporn.

Beaucoup de références cinématographiques, certains plans étant des copies d’autres films, le cinéma des années 70, Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, Don’t look now de Nicholas Roeg, Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato, Les révoltés de l’an 2000 de Narciso Ibanez Serrador.

Une scène assez incroyable au point de vue technique: le plan séquence dans les ruines, tourné en une seule prise et qui a demandé bien des acrobaties au caméraman (voir la deuxième partie du making of sur le blog de Fabrice Du Welz)

Le film a ses défauts, quelques longueurs, mais c’est une production si différente de ce qui se fait habituellement dans nos contrées que je voulais surtout en dire du bien. C’est une question de se laisser prendre, de se laisser immerger dès le début, sinon il est clair qu’on peut passer à 10.000 lieues de ce film.

Lien 1: interviews de Fabrice Du Welz et d’Emmanuelle Béart

Lien 2: le site officiel, avec une idée de l’ambiance sonore

Lien 3: le blog de Fabrice Du Welz pour le film, avec de très jolies chemises de l’ingénieur son et le making of

Lien 4: les photos de Marcel Hartmann


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Sur la platine (Septembre 2008- I)

A écouter en ce début de mois de septembre:

Hans Zimmer & James Newton Howard – The dark knight: le film est magnifique, la musique l’est tout autant, les envolées symphoniques largement atonales de Hans Zimmer (toujours aussi reconnaissable) se mariant très bien aux images sombres, les passages légèrement plus joyeux de James Newton Howard s’associant quant à eux au personnage a priori plus positif du “white knight”, le juge Harvey Dent.

George Kuo – O ke aumoe: steel guitar légère et aérienne, à déguster avec un cocktail, pour faire revenir le soleil.

Hillbilly bop, boogie & the honky tonk blues, volume three 1954-1955: troisième de la série déjà, mais toujours aussi dansant ! Répertoire pas très connu mais préfigurant le rock’n’roll.

The Sacred Shakers – The Sacred Shakers: classiques de la country gospel blanche américaine infusés de rythmes honky tonk et rockabilly.  Excellent album, le compagnon idéal du précédent.

A éviter: quelques disques typiques de la “world” au sens péjoratif du terme:

N’Faly Kouyaté and Dunyakan – Tunya: qu’attendre d’un disque où l’artiste est présenté comme rapper, dans une ambiance très soleil et vacances ? pas grand chose donc à part une afropop sans aucune référence à la musique des griots (bien que N’Faly Kouyaté, Guinéen d’origine, joue de la kora) et interprétée avec des musiciens européens qui s’essaient à la musique africaine. Désolant, et pourtant ça plaît.

Ce groupe se retrouve aussi sur la compilation Globo Musica ! World music from Belgium, qui n’offre pas un panorama passionnant. Artistes africains, des Balkans et d’Amérique du Sud (le reste du monde n’intéresse personne en musique, c’est bien connu), pour des compositions plus ou moins traditionnelles et des fusions pas vraiment réussies. L’argument de  vente de l’objet, c’est: “Avec contenu tactile et olfactif !”, avec une feuille de gingko séchée, donc, et un petit commentaire néo hippie de rigueur: “[le gingko] est devenu un symbole de vie, de la continuité se jouant du temps. Une image de sagesse simple et forte, traversant paisiblement un monde en mutation.” Je suis peut-être un peu dure mais j’ai beaucoup de mal avec ce genre de discours (et de musique).

Mediterraneo: livre-cd au packaging attrayant, qui fait de la publicité pour les “Classic International Cruises” (avec bon de réduction et description des bateaux de la flotte) et qui se veut le compagnon idéal de cette croisère, faisant office de guide de voyage mais aussi, entre autres choses, de guide santé (liste des aliments bénéfiques à notre santé). N’essayez pas de lire le livret: le texte a été traduit dans un anglais particulièrement tarabiscoté et incompréhensible. Et la musique me direz-vous ? Et bien, si vous voulez écouter quatre disques de musique fortement arrangée et métissée pour plaire à toutes les oreilles, libre à vous. Moi, je vais voir ailleurs !