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de A à Z, le monde en musiques


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Womex 2011 (II)

Après les showcases de  l’après-midi, parlons des concerts du soir au Womex. Le Konserthuset, un magnifique bâtiment conçu par Jean Nouvel, est un endroit qui permet la juxtaposition de concerts de styles différents, qu’ils soient assis ou debout, calmes ou festifs.

Hungarian Heartbeats

La soirée d’ouverture était consacrée à la Hongrie. Une déception pour moi parce que les groupes – de bonne qualité et bien choisis – n’avaient l’occasion de présenter qu’un ou deux morceaux de leur répertoire. Un concert très pique-assiette, sans réelle cohérence.

Orquesta Tipica Fernandez Fierro

Je n’ai absolument pas été convaincue par le peu que j’ai vu de Sousou & Maher Cissoko, ni de l’Orquesta Típica Fernández Fierro, avec un chanteur un peu décalé qui criait dans un mégaphone. Quant à Matuto, une collaboration Brésil/USA, c’était très rock mais avec tous les clichés de la musique brésilienne. Assez mauvais donc.

Mairtin O'Connor Band

Dans les musiques traditionnelles, j’ai été jeter une oreille au Máirtín O’Connor Band, groupe irlandais réputé. Je reconnais qu’ils jouent bien mais la musique irlandaise a du mal à me captiver. De même pour Les Charbonniers de l’Enfer, le groupe de chanteurs a cappella québécois. Une reprise de Noir Désir m’a intriguée, mais je n’ai pas aimé le début du morceau suivant.

Ayarkhaan

Ayarkhaan, dont je n’ai vu que la fin du concert, présentait les chants de Sibérie mêlés aux sons de la guimbarde, ce qui semblait quelque peu troubler un public peu habitué à ce genre de musique. J’avais déjà vu la chanteuse principale à Muziekpublique, ce concert n’était donc pas une priorité pour moi mais c’était bien agréable d’en voir une petite partie.

Ferro Gaita interprète de la musique traditionnelle mais festive, plaisant facilement à un grand public. Il était juste dommage que beaucoup de morceaux se ressemblaient et faisaient parfois appel à des clichés de la musique tropicale.

Sotho Sounds

Sotho Sounds pourrait aussi faire partie de ce genre de groupes mais leur look en a étonné plus d’un. Ils semblaient tout droit sortis d’un Mad Max, avec des bouts de costumes en tous genres et des bottes en caoutchouc. Leur musique était jouée avec des bouts de ficelles, proche dans l’esprit de groupes comme Konono N°1. Une jolie surprise qui mettra peut-être le Lesotho sur la carte des musiques du monde.

Eliza Carthy Band

J’attendais beaucoup d’Eliza Carthy, sachant que j’aime beaucoup ses disques, mais à part le premier morceau, le côté très rock du concert m’a déçue. La demoiselle chante bien mais je préfère quand elle se tient à quelque chose de plus acoustique, en tous cas en live.

BaianaSystem

Je n’attendais par contre pas grand chose de Blitz the Ambassador et de Baiana System mais ces deux groupes ont réussi à capter mon attention. Le premier est une rencontre en Ghanéens et Américains, fortement basée sur le rap, mais avec une force certaine. Idem pour Baiana System qui a réussi à faire danser une partie du public.

J’avais raté Celso Piña lors de son concert à Bruxelles à Recyclart et j’étais donc bien contente de le voir sur scène au Womex. Il joue de la cumbia à l’accordéon qui, selon Rafael de la Chiva Gantiva, est différente de la cumbia colombienne: au Mexique, c’est plus brut, plus sec et le phrasé des chansons moins sentimental. Beau concert très entraînant. C’est aussi la première fois que j’ai vu un public très mécontent lorsque Celso Piña a été arrêté de force au milieu d’un morceau pour cause de dépassement d’horaire.

Bombino

La meilleure surprise de cette année a été Bombino, le chanteur et guitariste Touareg, accompagné de son groupe. Il a commencé son concert d’une manière très acoustique, juste à la guitare et aux percussions pour tout doucement monter en vigueur et volume, en intensité et énergie. Un excellent concert qui évoque les grandes étendues désertiques et le rythme du chameau et qui dépasse de loin le niveau d’un cd un peu trop produit sur Cumbancha.

A l’année prochaine, depuis Thessalonique !


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Womex 2011 (I)

Encore une édition du Womex, World Music Expo, bien chargée cette année. Cette foire pour les professionnels en musique du monde s’est déroulée comme les années précédentes à Copenhague pendant cinq jours, cinq jours bien remplis de rencontres et de musiques, que ce soit lors des showcases de l’après-midi ou ceux du soir. Difficile de se concocter un programme un peu cohérent, avec des concerts qui se chevauchent et des styles totalement opposés. Cette année, j’ai fait un peu moins de shopping, décidant quels concerts je voulais voir en priorité. Et quand ils se révélaient être peu intéressants, j’ai été me promener dans les autres salles. De toutes façons il est impossible de tout voir. Voici donc ma sélection.

Özlem Taner

Les showcases de l’après-midi présentent en général des musiques plus intimistes ou des artistes en solo, souvent assez traditionnels. Özlem Taner, originaire du sud-est de la Turquie, interprète des chansons traditionnelles et s’accompagne au baglama. Quelques autres musiciens complètent l’ensemble et donnent de la profondeur mais l’impression donnée est mitigée. Trop de timidité, pas assez d’ampleur, de présence sur scène.

Laima Jansone

Il en va de même pour Laima Jansone de Lettonie. Elle joue en solo le kokle, une cithare de la région baltique proche du kantele finnois. C’est traditionnel, c’est délicat, c’est beau mais c’est un peu trop discret. Mohammad Reza Mortazavi, percussionniste iranien, ne me tentait pas mais au vu du monde, le concert devait plaire.

Krar Collective

Avec Krar Collective, enfin un concert un peu énergique ! Le groupe est composé de musiciens éthiopiens vivant à Londres: un percussionniste, un joueur de la lyre krar et une danseuse et chanteuse à la voix profonde. Le concert a peut-être un peu trop fait étalage des différents styles du pays mais l’ambiance était là. La chanteuse avait l’art de la danse et une bonne dose d’humour. (Et une sacrée garde-robe !)

Shunsuke Kimura x Etsuro Ono

Shunsuke Kimura et Etsuro Ono, des Japonais, ont interprété des musiques traditionnelles et contemporaines pour tsugaru shamisen (et flûte), l’instrument à cordes du nord du pays. Concert très percussif, intégrant des ambiances rock et funk par moments ou exprimant des traditions locales sans fioritures. Deux musiciens qui réussissent à captiver un public malgré une musique quelque peu compliquée pour certaines oreilles.

Antti Paalanen

La découverte de ces showcases de l’après-midi est Antti Paalanen, accordéoniste finlandais de son état. Son disque est produit par un illustre prédécesseur dans le genre, Kimmo Pohjonen. Comme lui, il part des musiques traditionnelles pour créer un paysage sonore captivant, faisant respirer son accordéon diatonique, le maltraitant aussi. Ses mélodies sont à certains moments très sensibles, atmosphériques mais à d’autres, il devient plus tranchant, plus percussif.

Une deuxième partie sera consacrée aux concerts du soir.

Sur flickr, une galerie de photos complète.


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Womex 2010 (II)

(la suite de l’article sur le Womex)

Certains concerts intéressants étaient programmés en même temps, d’autres n’étaient pas très bons: je n’ai donc parfois vu que quelques minutes de certaines performances. Dobet Gnahoré, l’ivoirienne aux chansons entre Afrique et Europe, était en pleine(s) forme(s); Fatoumata Diawara, ancienne choriste d’Oumou Sangare, avait choisi un accompagnement musical qui sonnait trop “world”, tout comme le groupe mozambicain Cheny Wa Gune Quarteto, qui fait du rock autour d’un instrument traditionnel, le xylophone m’bila des Vachopi. Le mélange de chansons yéménites avec du jazz, du blues et des influences africaines de Yemen Blues m’a laissé indifférente. Taifas, groupe autour du fondateur de Radio Tarifa, Fain Dueñas, de Javier Paxariño et du guitariste flamenco Nono Garcia était plaisant tant qu’il n’y avait pas de flûte. Quant à Tremor, groupe d’Argentine s’inspirant du folklore local, il m’a quelque peu cassé les oreilles avec sa guitare rock tonitruante. Le prix du costume le plus laid revient à Karina Buhr, chanteuse rock jazz brésilienne, habillé dans un genre de catsuit en dentelle des plus vulgaires (et je ne parlerai même pas de ses chansons pseudo bossa jazz).

OMFO

Sur papier, le groupe OMFO semblait intéressant. Sur scène, c’était un groupe dont les musiciens semblaient mal à l’aise, mélangeant des traditions d’Asie Centrale, d’Iran et des chansons romantico-patriotiques soviétiques d’un temps révolu avec de l’électronique kitsch.

Mercedes Peon

Mercedes Peón est bien plus professionnelle, explorant les musiques traditionnelles de Galicie à elle seule. Et c’est là que le bât blesse: toute l’électronique et les samples du monde ne peuvent remplacer de vrais musiciens. A revoir sans doute accompagnée, parce qu’elle a une voix et une présence extraordinaires. De Bogotá nous venait Bomba Estéreo, un groupe qui se base sur les rythmes locaux comme la cumbia et la champeta mais en les interprétant aux guitares et beats électroniques, la chanteuse sautillant partout sur scène en scandant les paroles des chansons. Une dose d’énergie assez incroyable qui a mis en mouvement tout le public !

Kobo Town

Et c’est encore d’Amérique Latine que viennent les groupes qui m’ont semblé les plus intéressants lors de cette édition du Womex. Tous interprètent des musiques de la plus pure tradition mais avec une verve et une efficacité sans limites. Kobo Town nous a présenté du calypso dans la lignée de Lord Invader, Attila the Hun ou Roaring Lion, sur la scène et en dehors, le groupe se promenant dans la salle pour son dernier morceau en acoustique.

Sexteto Tabala de Palenque

Le Sexteto Tabalá de Palenque vient de la côte des Caraïbes, de San Basilio de Palenque et a interprété des rythmes afro-colombiens aux paroles scandées par un chanteur de la septantaine bien sonnée. Très prenant mais à petites doses, les morceaux se ressemblant fort. Autre musique de vétérans, celle de Samba Chula de São Braz: une guitare, de nombreuses percussions, plusieurs chanteurs et deux danseuses aux jupons blancs ne révélant que le rythme des pieds, dans un jeu de séduction-répulsion propre à leur statut d’honnêtes dames mariées. Le public était très chaud, tout comme les rythmes.

Joaquin Diaz

L’accordéoniste Dominicain (du Québec), Joaquin Diaz, a été également une très belle surprise avec son interprétation des rythmes tropicaux du merengue et de la bachata.

Encore une belle édition pleine de découvertes  et rendez-vous l’année prochaine !

Toutes les photos sont personnelles, pour voir la galerie complète, c’est sur Flickr.


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Womex 2010 (I)

Fin octobre = Womex ou World Music Expo. La 16e édition de cette foire réunissant tous les acteurs des musiques du monde s’est tenue pour la deuxième fois à Copenhague, abandonnant le Bella Center situé hors de la ville pour se loger dans le Forum, bien plus pratique d’accès. Comme chaque année, des prix ont été distribués: le meilleur artiste en 2010 est Danyèl Waro del’île de La Réunion, le meilleur professionnel (Award for Professional Excellence) est Ian Anderson, rédacteur en chef de la revue fRoots et le meilleur label World Village.  A part la recherche de nouveaux labels et les discussions avec d’autres professionnels, le Womex signifie aussi beaucoup de concerts, indicateurs de certaines tendances. Impossible de tout voir (beaucoup de concerts se déroulent simultanément et les journées sont longues et fatigantes) mais voici ma sélection 2010.

The chaosmos of Korean music

La soirée d’ouverture était consacrée aux musiques coréennes sous le titre de Chaosmos of Korean Music, présentant de courts extraits de différents styles traditionnels mais aussi des interprétations plus contemporaines. Une musique pas toujours simple à appréhender pour des oreilles peu exercées ou habituées à des musiques plus populaires, le concert a globalement plu au public, justement par ce côté très divers et moderne.

Wang Li

Musiques traditionnelles et world beat se partageaient l’affiche les autres jours. Les concerts en soirée se tenaient comme l’année passée dans la magnifique salle de concert de la radio danoise alors que ceux de la journée se déroulaient dans une salle improvisée au Forum, salle qui laissait un peu trop passer le brouhaha de la foire, ce qui nuisait à la concentration et à l’écoute. Wang Li notamment aurait bénéficié d’un auditoire plus silencieux même si cela n’enlève rien à la qualité de son concert. Spécialiste des guimbardes, il a joué des airs de différentes régions de Chine mais aussi ses propres compositions très inventives et parfois plus expérimentales.

Matthias Loibner

Autre instrument solo mais même approche des musiques, la vielle à roue de Matthias Loibner, connu et reconnu pour sa maîtrise et son art de l’improvisation. Il nous avait concocté un programme incluant des airs traditionnels du monde et des improvisations, ainsi qu’une pièce danoise qu’il avait appris à jouer la semaine auparavant en donnant des cours dans une académie locale. Juste avant lui, il y avait le quatuor serbe Svetlana Spajic Group que je n’ai pas vu mais dont j’ai entendu les très belles polyphonies vocales.

Malick Pathé Sow

Malick Pathé Sow nous a promené en Afrique, au Sénégal, avec son luth hoddu ou sa guitare acoustique, accompagné de son groupe (kora, guitare, percussions). Le roi de la clarinette klezmer, Yom, a proposé un très beau concert, très bien exécuté, mais auquel il manquait ce “je ne sais quoi” pour le rendre passionnant. De même pour Desert Slide, une collaboration entre Vishwa Mohan Bhatt, l’inventeur de la guitare slide adaptée aux ragas indiens et des musiciens du Rajasthan. Jeu de guitare virtuose, rythmes accrocheurs, grande intensité du chant mais cela ne m’a pas empêchée de m’endormir !

Desert Slide

Toutes les photos sont personnelles, pour voir la galerie complète, c’est sur Flickr.

(suite au prochain épisode)


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Womex 2009

Le Womex 2009, la grande foire pour les musiques du monde, a eu lieu comme chaque année fin octobre. Après Séville, c’est la capitale danoise, Copenhague, qui a accueilli pendant cinq jours les délégués du monde entier représentant labels de disques,  artistes, salles de concert… de divers pays. Il y avait sans doute moins de participants cette année mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu moins d’échanges et d’accords pour des concerts. Le marché du disque est peut-être morose mais celui de la musique live l’est beaucoup moins.

Ce fut pour moi l’occasion de rencontrer un grand nombre de personnes, de Belgique mais aussi de l’étranger et de revoir de nombreuses connaissances avec qui il est toujours agréable de parler et d’apprendre de nombreuses choses sur la manière dont sont gérées les labels, les salles de concerts ou qui sont les artistes importants du moment… Networking, voilà le grand mot du Womex !

Le Womex ne serait pas le Womex s’il n’y avait pas les concerts, du showcase sur un stand à la “Great Nordic Night” spécialement organisée pour l’occasion. Le programme est toujours très chargé, se déroulant dans cinq salles (une de plus que l’année passée). Cette année, c’est le tout nouveau complexe de la radio danoise qui nous recevait. Exemple d’architecture contemporaine, le bâtiment n’a ouvert ses portes que récemment mais la grande salle de concert est déjà considérée comme une des meilleures du monde au point de vue acoustique. Je rajouterais que l’architecture est magnifique, tout en bois, tout en asymétries. Une scène était située dans le foyer, deux autres dans des salles au sous-sol (c’était juste dommage qu’il n’y avait qu’une seule entrée, ce qui provoquait de nombreux embouteillages) et une dernière salle était improvisée dans le bâtiment attenant. Comme chaque année, les styles sont mélangés, des concerts de musique traditionnelle côtoyant des DJ’s. Mais comme toujours, la tendance est aux musiques plus rythmées, festives, surtout en soirée. Le Balkan Beat, les musiques latino et l’électronique vivent encore de beaux jours ! Dommage que l”ambiance soit plus au shopping qu’à une écoute attentive…

Commençons donc par le shopping: Chet Nuneta, groupe de femmes jouant avec la voix et les percussions, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, je laisse ce genre de musique à un autre public. Idem pour Les Yeux Noirs, groupe tsigane, Yilila d’Australie, le Ale Möller Band dont le concert mélangeait trop de cultures et de traditions différentes…

Comme nous étions au Danemark, une attention toute particulière a été donnée à la musique scandinave. Le concert d’ouverture était nommé “The Great Nordic Night” et rassemblait une vingtaine d’artistes du Danemark, des Iles Féroé, du Groenland, de Suède, de Norvège, de Finlande et d’Islande. Placé sous la direction artistique du violoniste danois Harald Haugaard cette soirée se voulait assez grand public, présentant des styles traditionnels des différents pays mais aussi des chansons plus contemporaines, parfois à la limite de la variété. N’empêche, une bonne polska jouée à plusieurs violons et toute la salle avait envie de danser.

Les musiciens scandinaves avaient également tout le long du Womex une scène qui leur était exclusivement réservée. Malheureusement, la salle était fort petite, l’entrée souvent encombrée et les musiques que j’ai entrevues plutôt calmes. J’aurais très certainement beaucoup plus profité du duo finlandais Lepistö et Lehti et du groupe suédois Nordic dans d’autres circonstances. Valravn par contre se démarquait par des instruments traditionnels mêlés à des beats électroniques qui allaient quant à eux un peu fort (juste un problème de mixage à mon avis) !

Deux belles découvertes dans les showcases de l’après-midi: tout d’abord Mamane Barka, nigérien, et son luth biram en forme de bateau. Là aussi, le son n’était pas parfait, les percussions étaient un peu fortes mais la magie a opéré, le son de l’instrument est vraiment magnifique.

San Chuan est composé de trois chinoises jouant du zheng, une longue cithare sur table (proche du koto japonais). Elles n’ont pas encore d’album à leur actif (c’est pour février) mais ont fait l’aller-retour depuis leur pays pour avoir l’avis du public par rapport à leur jeu. Elles ont d’ailleurs une manière bien différente de jouer la musique classique chinoise, loin de la virtuosité un peu empruntée (et fortement mâtinée d’influences européennes) des musiciens des années 80-90 et fort éloignée aussi du jeu un peu kitsch du Twelve Girls Band et consorts, qu’elles se sont amusées à singer ! Leur son est très doux, les notes se mêlent, les mélodies flottent dans l’air. Un très beau concert d’un groupe dont j’attends beaucoup et qui joue en Belgique dans le cadre d’Europalia.

L’Addis Acoustic Project semblait prometteur: un groupe actuel qui rejouait les standards de l’éthio-jazz et de la musique populaire des orchestres des années 50-60, avec dans le groupe un musicien de l’époque, Ayele Mamo Belayneh qui joue la mandoline et qui était touchant par moments avec ses allures de star de rock’n’roll. Quelques moments d’intense plaisir, de retour aux sources (me faisant penser aux musiques pop cambodgiennes de la même époque) mais dans l’ensemble un concert / concept raté: les solos de guitare et de batterie sonnaient trop jazz (un jazz grand public).

J’espérais voir une belle performance de mento (style jamaïcain pré-reggae, proche du calypso) mais Gilzene and The Blue Light Mento Band a intérêt à apprendre à chanter ! La musique était bonne mais le chant complètement faux ! J’ai rarement entendu de si mauvais chanteurs !

L’Indienne Kiran Ahluwalia quant à elle chante très bien mais je n’ai pas pris le temps d’écouter longtemps ses ghazals, préférant aller écouter d’autres choses moins connues.

L’Orquesta Chekara Flamenca rassemble des musiciens marocains et des chanteuses de flamenco. Fusion qui pourrait fonctionner mais qui était plutôt juxtaposition. Rien de mauvais à cela mais rien de transcendant non plus.

Une petite tranche de musique festive avec le groupe colombien Chocquibtown qui ne m’a pas vraiment intéressé et avec Jaune Toujours qu’il se fallait de soutenir, groupe belge/bruxellois oblige ! Ils ont joué deux fois, une première fois dans un showcase lors du drink des stands belges et une deuxième fois en soirée devant un public bien plus important.

J’avais déjà vu le groupe sino-mongol Hanggai deux fois à Bruxelles mais c’est avec plaisir que je suis retournée à leur concert de Copenhague. Ils étaient au complet cette fois-ci, ce qui a laissé plus de place aux voix (différents styles de chant de gorge) et à la guitare électrique. J’aime beaucoup leur musique (et les musiques de Mongolie et de Tuva en général) mais je suis assez d’accord avec cette personne qui me disait qu’elle aimerait les voir aller plus loin dans le côté rock, dans l’expérimentation à partir des traditions. J’espère toujours qu’apparaîtra un jour un groupe du même niveau que Yat-Kha !

Pour finir ce long billet, parlons de ma découverte du Womex (en général, il y en a une par an) ! Je ne suis pas une grande amatrice de fado et de musiques portugaises que je trouve en général trop larmoyantes mais j’ai été subjuguée par Deolinda. Le cd m’avait paru plus intéressant que la moyenne mais j’écoute tant de disques que je l’ai assez vite oublié (j’aurais dû en parler ici). La chanteuse Ana Bacalhau (pas un nom facile à porter !) essaie de casser tous les préjugés du fado, s’en moque même ! Elle a une présence exceptionnelle et sa présentation de chaque morceau en anglais apporte une bien meilleure compréhension des thèmes et ambiances qui ne se limitent d’ailleurs pas au fado. La musique du groupe s’inspire aussi bien des traditions portugaises que de celles du Cap Vert ou du Brésil. Rafraîchissant ! (Et j’ai adoré sa robe !)

Une galerie de photos complète se trouve ici.


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Womex 2008

Je n’ai pas écrit beaucoup ces derniers temps, entre un gros rhume et un voyage à Séville pour le Womex, World Music Expo. Cette foire est organisée chaque année dans des villes européennes différentes et regroupe les professionnels des musiques du monde. C’est là que se dessinent les programmes des salles de spectacle et des festivals d’été, que se nouent des contrats de distribution pour les labels, que de nouveaux labels se présentent, que les artistes font des showcases pour se faire découvrir ou pour confirmer leur talent. Cinq jours donc très occupés, plein de bruits et de sons, que je vais essayer de résumer ici. Mon but premier était d’écrire en live mais je n’y suis pas arrivée faute de temps et depuis les activités journalières m’ont quelque peu rattrapée.

Pour la première fois, dans un bel effort de cohésion, les stands de Wallonie-Bruxelles Musiques et du Muziekcentrum Vlaanderen étaient face à face. Autour d’eux se trouvaient d’autres stands tels Home Records, Crammed Discs, Contre-Jour et d’autres, le tout formant une sorte de “rue” belge. Flamands et Wallons réunis ont tous félicité cette initiative qui a permis de se rencontrer bien plus que les autres années, jusqu’à la traditionnelle soirée belge, autour de tapas.

coreeEn dehors du business, beaucoup de  stands essaient de se démarquer des autres en organisant des apéros et des drinks en fin d’après-midi… il suffit de trouver les attroupements et entre aquavit, vodka, caipirinha et vins espagnols, le choix est grand ! Souvent aussi, ces réceptions sont agrémentées de petits concerts impromptus comme celui de ce groupe norvégien Majorstuen, déjà vu l’année passée en showcase, jouant des traditionnels à quatre violons avec une énergie égale à leur jeune âge. Ou encore ces quatre chanteuses coréennes bravant le bruit ambiant et les annonces au micro pour chanter, entre autres, Arirang, chant populaire très connu.

Concerts l’après-midi assez traditionnels, concerts le soir très world, à des heures indues pour moi (jusqu’à 2 heures du matin) et somme toute pas des plus intéressants. L’appel des tapas a souvent été plus fort cette année ! Un petit résumé:

nabizadeZabid Nabizade Trio: mugam azeri, à la voix forte, vibrante et mélodieuse qui enveloppe, avec des musiciens de tar et kamantché prenant un plaisir à s’écouter et se compléter.

liufangLiu Fang: pipa et guzheng maîtrisés mais peu adaptés à une grande salle (avec des bruits d’air conditionné et un public silencieux mais qui picore, quittant la salle très vite). Musique de lettrés qui se jouait en privé et que j’imagine bien dans un jardin chinois, ou dans une maison de thé.

jouhikoJouhiorkesteri: découverte d’un instrument finlandais sorti du passé, le jouhikko, sorte de lyre jouée à l’aide d’un archet. Les cordes et l’archet en crin de cheval donnent une sonorité qui ressemble un peu aux vièles de Tuva et de Mongolie mais le jeu est fort différent, plus comme les violons scandinaves.

Olöf Arnalds: cette chanteuse islandaise a joué avec le group Mum (que j’aime beaucoup) et son album est produit par un des membres de Sigur Ros… un joli c.v. a priori mais quelle déception ! Son jeu de guitare semblait lui arracher des efforts quasi insurmontables, et son chant était fort timide. Sa première chanson se résumait à du lalala, la seconde demandait la participation du public, ce qui n’était pas gagné d’avance. Je n’ai pas eu le courage de voir la suite de ses maladresses, ni de contempler un peu plus sa robe à fleurs de femme enceinte.

goseGose: pour éviter les bus publics pas très rapides pour retourner dans le centre ville après la foire, je me suis laissée embarquer dans des cars qui menaient à une réception et soirée basque. Boissons et spécialités locales à volonté, puis une découverte: le concert d’une jeune chanteuse jouant magnifiquement bien l’accordéon, accompagnée de beats techno et de guitare électrique donnant un groove certain aux traditions.

La-33: nouveau groupe de salsa colombienne faisant probablement bien monter la sauce mais si j’arrive au moment où ils interprètent Roxanne de Police, je ne peux pas rester. Encore un de ces morceaux trop entendus.

Tumi and the Volume: hip hop parfois un peu expérimental et avec instruments live sud-africain. Force du chant, mais pas ma tasse de thé.

orientBeats in the Heart of Orient: quelques peu secoués par un voyage difficile, peu de temps pour le soundcheck mais malgré tout une fusion entre différents styles iraniens, indiens et grecs qui fonctionne.

sadikovaSalamat Sadikova: voix du Khirgizistan, en solo et accompagnée au komouz. Chant et rythmes assez répétitifs, mais magnifique ! (Sa robe à froufrous rose Barbie l’était aussi !) Un regret (et c’est là que je fais référence à un commentaire laissé chez Noreille), c’est son côté guindé, hérité d’années de jeu dans un orchestre “folklorique” soviétique. On aimerait la voir en jeans, dans un café, après avoir bu un verre…

Bedouin Jerry Can Band: bienvenue à l’hôtel des pyramides, avec son groupe folklorique qui animera vos soirées autour de la piscine ! J’exagère à peine… la musique et le chant en tant que tels sont intéressants mais si on enlève toutes les couches pour touristes, en tous cas dans le version live, le cd gommant ces aspects de spectacle.

L’année prochaine, découverte d’une nouvelle ville, Copenhague !