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de A à Z, le monde en musiques


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Inde (Sur la platine 2011 – VII)

Hariprasad Chaurasia, Hariprasad Chaurasia et l’art de l’improvisation: à une époque où l’industrie du disque est en crise, comment ne pas parler du magnifique coffret édité chez Accords Croisés et consacré à la musique classique indienne ? Ce disque est en contraste complet avec d’autres éditions récentes qui réduisent les coûts comme Pan Records ou la collection Inédit de la Maison des Cultures du Monde dont les livrets n’ont plus que 2 ou  4 pages, l’insérant en document PDF sur le disque (chose dont on se rend compte une fois le disque inséré dans le lecteur cd, ce qui pose évidemment un problème pratique, résultat: les notes sont de moins en moins lues).

Henri Tournier dissèque les ragas interprétés par Chaurasia; il les a transcrits en notation indienne et occidentale et a analysé les étapes progressives de leur élaboration. Ce livre disque est une prolongation du Raga Guide édité il y a déjà quelques années et c’est un ouvrage indispensable pour toute personne qui désire découvrir et comprendre la musique classique d’Inde du Nord. Soutenez ce genre d’initiatives, pour un peu plus de 30€, vous aurez un coffret qui fera belle figure dans votre discothèque, et même si vous ne lisez pas le livre, le cd est très agréable à écouter, très reposant.(Accords Croisés) 8,5/10

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Gamelan fusion (Sur la platine 2011 – IV)

Deux disques mélangeant gamelan et traditions d’ailleurs, d’Okinawa et d’Inde. Et non, ce n’est pas une aberration, des liens existent réellement entre ces musiques, que l’on aille du sud au nord, ou d’ouest en est.

Tetsuhiro & Naeko Daiku & Sekar Tunjung, Gamelan-yunta: en regardant une carte du monde, on se rend compte que les îles d’Okinawa et les îles indonésiennes se trouvent aux deux extrémités d’un même arc de cercle. Ces îles ont toujours été une étape importante sur la route du commerce entre le Japon et l’Asie du Sud-Est, il n’est donc pas étonnant que certaines musiques puissent se rapprocher. Dans ce cas, il s’agit de la même échelle pentatonique, ce qui rend compatible ces chants accompagnés de sanshin et les percussions du gamelan. Ce n’est pas toujours un disque facile à écouter, le chant d’Okinawa étant assez monotone, mais la rencontre est intéressante. (Off Note) 6,5/10

Ensemble Multifoon, Indi go: rencontre entre les musiques indiennes et indonésiennes. Le projet est né à l’initiative de la compositrice indonésienne Sinta Wullur et du musicien hollandais Martijn Baaijens, joueur de sarod indien qui, travaillant ensemble, ont découvert beaucoup de ressemblances entre ces musiques, notamment au niveau des échelles. Avec l’ensemble Multifoon, ils ont composé de nouvelles œuvres associant le gamelan et le sarod, créant des ambiances quelques peu irréelles, qui transportent l’auditeur loin de toute considération musicologique. C’est en effet un disque qui se laisse écouter avec plaisir. (Pan Records) 8/10


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Asie Centrale (Sur la platine – Mai 2010 – III)

Beaucoup de procrastination avant de commencer cet article (et aussi des jours fériés et une fatigue due à des insomnies répétées) mais je ne peux pas y couper. La série Music of Central Asia éditée par Smithsonian Folkways (avec le soutien de la fondation Aga Khan) est essentielle – et chaque disque est accompagné d’un dvd et d’un livret très détaillé.

Kronos Quartet with Alim & Fargana Qasimov and Homayun Sakhi, Music of Central Asia vol. 8: rainbow. Le Kronos Quartet est toujours friand de rencontres et nous le retrouvons ici dans un programme en deux parties, d’abord dans un long morceau avec Homayun Sakhi, musicien afghan jouant du rubab puis pour plusieurs plages avec les Qasimov, père et fille, spécialistes de la chanson azerbaïdjanaise. Deux pratiques musicales totalement différentes se tâtent, se touchent mais ne fusionnent jamais entièrement, celle de la musique notée, fixe, sur partition et celle qui est improvisée. Et je trouve que ça se sent. Le mélange de deux univers n’est jamais facile et le répertoire des musiques du monde est parsemé de ratages. Je ne parlerais pas d’échec dans ce cas-ci, les musiciens sont trop expérimentés pour cela. Ce qui me dérange en fait, c’est le côté juxtaposition que l’on sent, surtout dans la collaboration avec les Qasimov où chant traditionnel et cordes du Kronos Quartet ne se mélangent que très peu. Comme le précise la critique dans le Songlines du mois de juin 2010, aucun côté ne perd la face et aucune tradition musicale ne perd son intégrité. Ecoutez ce disque mais  prenez aussi le temps de réécouter Floodplain du Kronos Quartet et le volume 6 de la série consacré aux Qasimov, dans une version totalement traditionnelle. Un très bon disque, très intense malgré tout ce que je viens d’écrire ! (Smithsonian Folkways, avec extraits et un download gratuit) 7/10

Music of Central Asia vol. 7: in the shrine of the heart. Popular classics from Bukhara and beyond est le disque dont j’ai le moins à dire. Il est tout simplement bon ! Il propose des chanteurs et musiciens Ouzbeks et Tadjiks interprétant la musique urbaine des cités d’Asie Centrale (Boukhara, Samarcande, Tashkent, Qoqand et Khiva): ballades, chants dévotionnels et pièces instrumentales, celles de Sirojiddin Juraev au dutar notamment qui font penser au jeu de guitare de Davey Graham (écoutez Anji) et au tapping du flamenco.(Smithsonian Folkways, avec extraits) 8/10

Music of Central Asia vol. 9: in the footsteps of Babur. Musical encounters from the lands of the mughals part d’une idée intéressante: explorer les sources communes de styles musicaux d’Asie Centrale, d’Afghanistan et d’Inde, tous basés sur l’improvisation. On retrouve des morceaux au santour indien et rubab afghan, des pièces mélangeant traditions afhganes, badakhshanies et tadjikes mais aussi des solos des différents instruments. Le jeu des instruments est maîtrisé, les improvisations semblent couler de source même si ce sont des traditions différentes. Bref un disque magnifique ouvrant de nouvelles perspectives pour les musiques d’Asie Centrale et d’Inde. (Smithsonian Folkways, avec extraits) 8,5/10

UPDATE: l’article de Thierry – les liens sur Deezer de toute la série sont dans les commentaires.


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Jewish 78rpm (Sur la platine – Mai 2010 – I)

Shbahoth. Iraqi-Jewish song from the 1920’s, 7,5/10

Shir hodu. Jewish song from Bombay of the ’30s, 7,5/10

Ces deux disques ne vont sans doute pas attirer les foules – qui s’intéresse en effet à des musiques juives enregistrées en 78 tours dans les années 1920 et 1930 en Irak et en Inde ? Et pourtant, au-delà de l’importance pour les archives et la recherche, ces enregistrements anciens ont un côté magique, ils donnent l’impression de venir d’ailleurs, ils ont une aura particulière. Et puis, il y a mon intérêt pour l’histoire et les mouvements de population.

Jewish Records s’intéresse, en collaboration avec le label Renair, aux musiques juives disparues ou en voie de disparition. La collection irakienne est comparable au disque chez Honest Jons, Give me love, quoique se limitant uniquement à des disques issus de la communauté juive qui jusqu’au début des années 50 était la plus vieille diaspora, datant de la destruction du Temple à Jérusalem il y a 2500 ans. Depuis, 125 000 Juifs Irakiens ont rejoint Israël. Shbahoth signifie chant de louange; ceux-ci étaient interprétés lors du Sabbath ou pendant fêtes et pèlerinages et accompagné d’un petit ensemble de musiciens où on entend oud et kanun. Les notes de ce volume sont assez réduites mais décrivent chaque plage.

Le livret du disque consacré aux communautés juives de Bombay est bien plus fouillé, expliquant le contexte et les différents morceaux en profondeur. Nous retrouvons à nouveau des chants de louange, des chants paraliturgiques en hébreu issus de différentes traditions juives. Il y avait en effet trois communautés différentes en Inde: les Bene Israël, les Juifs de Bagdad et ceux de Cochin (leur histoire est résumée dans cet article) et chacune avait ses propres mélodies. Il est intéressant de noter que plusieurs des musiciens qui accompagnaient les chanteurs ont également eu une carrière en tant qu’instrumentistes pour des films de Bollywood !

EDIT: D’autres informations et liens sur Jewpop.


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Womex 2009

Le Womex 2009, la grande foire pour les musiques du monde, a eu lieu comme chaque année fin octobre. Après Séville, c’est la capitale danoise, Copenhague, qui a accueilli pendant cinq jours les délégués du monde entier représentant labels de disques,  artistes, salles de concert… de divers pays. Il y avait sans doute moins de participants cette année mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu moins d’échanges et d’accords pour des concerts. Le marché du disque est peut-être morose mais celui de la musique live l’est beaucoup moins.

Ce fut pour moi l’occasion de rencontrer un grand nombre de personnes, de Belgique mais aussi de l’étranger et de revoir de nombreuses connaissances avec qui il est toujours agréable de parler et d’apprendre de nombreuses choses sur la manière dont sont gérées les labels, les salles de concerts ou qui sont les artistes importants du moment… Networking, voilà le grand mot du Womex !

Le Womex ne serait pas le Womex s’il n’y avait pas les concerts, du showcase sur un stand à la “Great Nordic Night” spécialement organisée pour l’occasion. Le programme est toujours très chargé, se déroulant dans cinq salles (une de plus que l’année passée). Cette année, c’est le tout nouveau complexe de la radio danoise qui nous recevait. Exemple d’architecture contemporaine, le bâtiment n’a ouvert ses portes que récemment mais la grande salle de concert est déjà considérée comme une des meilleures du monde au point de vue acoustique. Je rajouterais que l’architecture est magnifique, tout en bois, tout en asymétries. Une scène était située dans le foyer, deux autres dans des salles au sous-sol (c’était juste dommage qu’il n’y avait qu’une seule entrée, ce qui provoquait de nombreux embouteillages) et une dernière salle était improvisée dans le bâtiment attenant. Comme chaque année, les styles sont mélangés, des concerts de musique traditionnelle côtoyant des DJ’s. Mais comme toujours, la tendance est aux musiques plus rythmées, festives, surtout en soirée. Le Balkan Beat, les musiques latino et l’électronique vivent encore de beaux jours ! Dommage que l”ambiance soit plus au shopping qu’à une écoute attentive…

Commençons donc par le shopping: Chet Nuneta, groupe de femmes jouant avec la voix et les percussions, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, je laisse ce genre de musique à un autre public. Idem pour Les Yeux Noirs, groupe tsigane, Yilila d’Australie, le Ale Möller Band dont le concert mélangeait trop de cultures et de traditions différentes…

Comme nous étions au Danemark, une attention toute particulière a été donnée à la musique scandinave. Le concert d’ouverture était nommé “The Great Nordic Night” et rassemblait une vingtaine d’artistes du Danemark, des Iles Féroé, du Groenland, de Suède, de Norvège, de Finlande et d’Islande. Placé sous la direction artistique du violoniste danois Harald Haugaard cette soirée se voulait assez grand public, présentant des styles traditionnels des différents pays mais aussi des chansons plus contemporaines, parfois à la limite de la variété. N’empêche, une bonne polska jouée à plusieurs violons et toute la salle avait envie de danser.

Les musiciens scandinaves avaient également tout le long du Womex une scène qui leur était exclusivement réservée. Malheureusement, la salle était fort petite, l’entrée souvent encombrée et les musiques que j’ai entrevues plutôt calmes. J’aurais très certainement beaucoup plus profité du duo finlandais Lepistö et Lehti et du groupe suédois Nordic dans d’autres circonstances. Valravn par contre se démarquait par des instruments traditionnels mêlés à des beats électroniques qui allaient quant à eux un peu fort (juste un problème de mixage à mon avis) !

Deux belles découvertes dans les showcases de l’après-midi: tout d’abord Mamane Barka, nigérien, et son luth biram en forme de bateau. Là aussi, le son n’était pas parfait, les percussions étaient un peu fortes mais la magie a opéré, le son de l’instrument est vraiment magnifique.

San Chuan est composé de trois chinoises jouant du zheng, une longue cithare sur table (proche du koto japonais). Elles n’ont pas encore d’album à leur actif (c’est pour février) mais ont fait l’aller-retour depuis leur pays pour avoir l’avis du public par rapport à leur jeu. Elles ont d’ailleurs une manière bien différente de jouer la musique classique chinoise, loin de la virtuosité un peu empruntée (et fortement mâtinée d’influences européennes) des musiciens des années 80-90 et fort éloignée aussi du jeu un peu kitsch du Twelve Girls Band et consorts, qu’elles se sont amusées à singer ! Leur son est très doux, les notes se mêlent, les mélodies flottent dans l’air. Un très beau concert d’un groupe dont j’attends beaucoup et qui joue en Belgique dans le cadre d’Europalia.

L’Addis Acoustic Project semblait prometteur: un groupe actuel qui rejouait les standards de l’éthio-jazz et de la musique populaire des orchestres des années 50-60, avec dans le groupe un musicien de l’époque, Ayele Mamo Belayneh qui joue la mandoline et qui était touchant par moments avec ses allures de star de rock’n’roll. Quelques moments d’intense plaisir, de retour aux sources (me faisant penser aux musiques pop cambodgiennes de la même époque) mais dans l’ensemble un concert / concept raté: les solos de guitare et de batterie sonnaient trop jazz (un jazz grand public).

J’espérais voir une belle performance de mento (style jamaïcain pré-reggae, proche du calypso) mais Gilzene and The Blue Light Mento Band a intérêt à apprendre à chanter ! La musique était bonne mais le chant complètement faux ! J’ai rarement entendu de si mauvais chanteurs !

L’Indienne Kiran Ahluwalia quant à elle chante très bien mais je n’ai pas pris le temps d’écouter longtemps ses ghazals, préférant aller écouter d’autres choses moins connues.

L’Orquesta Chekara Flamenca rassemble des musiciens marocains et des chanteuses de flamenco. Fusion qui pourrait fonctionner mais qui était plutôt juxtaposition. Rien de mauvais à cela mais rien de transcendant non plus.

Une petite tranche de musique festive avec le groupe colombien Chocquibtown qui ne m’a pas vraiment intéressé et avec Jaune Toujours qu’il se fallait de soutenir, groupe belge/bruxellois oblige ! Ils ont joué deux fois, une première fois dans un showcase lors du drink des stands belges et une deuxième fois en soirée devant un public bien plus important.

J’avais déjà vu le groupe sino-mongol Hanggai deux fois à Bruxelles mais c’est avec plaisir que je suis retournée à leur concert de Copenhague. Ils étaient au complet cette fois-ci, ce qui a laissé plus de place aux voix (différents styles de chant de gorge) et à la guitare électrique. J’aime beaucoup leur musique (et les musiques de Mongolie et de Tuva en général) mais je suis assez d’accord avec cette personne qui me disait qu’elle aimerait les voir aller plus loin dans le côté rock, dans l’expérimentation à partir des traditions. J’espère toujours qu’apparaîtra un jour un groupe du même niveau que Yat-Kha !

Pour finir ce long billet, parlons de ma découverte du Womex (en général, il y en a une par an) ! Je ne suis pas une grande amatrice de fado et de musiques portugaises que je trouve en général trop larmoyantes mais j’ai été subjuguée par Deolinda. Le cd m’avait paru plus intéressant que la moyenne mais j’écoute tant de disques que je l’ai assez vite oublié (j’aurais dû en parler ici). La chanteuse Ana Bacalhau (pas un nom facile à porter !) essaie de casser tous les préjugés du fado, s’en moque même ! Elle a une présence exceptionnelle et sa présentation de chaque morceau en anglais apporte une bien meilleure compréhension des thèmes et ambiances qui ne se limitent d’ailleurs pas au fado. La musique du groupe s’inspire aussi bien des traditions portugaises que de celles du Cap Vert ou du Brésil. Rafraîchissant ! (Et j’ai adoré sa robe !)

Une galerie de photos complète se trouve ici.