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de A à Z, le monde en musiques


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Arménie (I) – 78 tours

Pays du Caucase sans accès à la mer, l’Arménie a connu une longue histoire assez troublée, notamment lors du génocide de 1915 par les Turcs et ponctuée de tremblements de terre destructeurs. Pays chrétien coincé entres des nations musulmanes, sous domination soviétique pendant plusieurs décennies, il retrouve son indépendance en 1991. L’Arménie a subi les influences des pays voisins mais a développé une identité propre qui se retrouve dans les musiques. Le génocide de 1915 a provoqué une grande vague d’immigration et la diaspora s’est installée dans de nombreux pays, de l’Ethiopie aux Etats-Unis. Mes choix musicaux seront cette fois-ci repris de deux blogs que j’apprécie beaucoup, sans oublier l’inévitable doudouk.

Excavated Shellac propose un 78 tours de A. Kevorkian enregistré en 1929 pour Columbia Records à Los Angeles. L’artiste interprète une chanson arménienne et est accompagné au violon, à l’oud et à la clarinette (jouée par Mesrob Tekajian).

A. Kevorkian, Gigo (beaucoup de morceaux publiés sur Excavated Shellac se retrouvent sur youtube):

  • pour écouter d’autres musiques arméniennes jouées par des immigrés aux Etats-Unis: Armenians on 8th Avenue (Traditional Crossroads, 1996)

 


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Argentine (II) – tango

Le tango, une musique et une danse à la fois sensuelle, rythmée et pleine de passion. Masculine aussi. Et qui s’est répandue comme une trainée de poudre dans une grande partie du monde, de Paris à Istanbul, de Berlin à Helsinki. Des livres entiers ont été écrits sur le sujet, des milliers de disques ont été enregistrés. Et comme c’est un sujet relativement connu, je ne m’attarderai dessus avec un seul article, préférant consacrer les autres de cette série à des styles moins connus ou plus actuels.

Le tango est une musique urbaine, née à la fin du 19e siècle dans le quartier du port de Buenos Aires et mélangeant les traditions des différentes populations qui y vivaient ou y passaient, Européens fraichement immigrés, métisses, noirs et autochtones. Les influences viennent du flamenco, les mélodies d’Italie du Sud, de la habanera cubaine, des percussions africaines, des polkas et mazurkas européennes, de la contredanse espagnole et des milongas, les chansons des gauchos argentins. A l’origine, c’est une musique associée à la prostitution, où machisme et violence sont de mise. La danse a ce côté possessif et menaçant en même temps.

Le succès mondial vient avec Rudolph Valentino: dans The four horsemen of the apocalypse (1921), il joue le rôle d’un gaucho. Or un gaucho ne danse normalement pas le tango mais à Hollywood tout est possible.

Carlos Gardél (1) contribuera également à la popularisation du tango dans le monde entier. Sa carrière coïncide avec le premier âge d’or du style et avec le développement de la tango-canción dans les années 1920 et 30. C’est sa voix que l’on retient, une voix qui rime avec tango, une voix suave et arrogante en même temps.

Sus ojos se cerraron, issu du film El día que me quieras (1935):

Astor Piazzolla renouvelle le style dans les années 1960. Il crée un tango plein de passion et de sensualité, très intense et souvent très filmique. C’est un des premiers artistes de “musique du monde” dont j’ai écouté et aimé un album entier, The rough dancer and the cyclical night (2). Le morceau Finale (Tango apasionado) est utilisé dans le film de Wong Kar-Wai, Happy Together:

Je vous mets aussi un extrait d’un autre album, Tango: zero hour (3): Concierto para quinteto.

Je pourrais aussi vous parler du tango electronico à la Gotan Project, mais je suppose que vous avez déjà entendu ça !


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Allemagne (I) – cabaret

Autant j’étais en manque d’idées pour les musiques algériennes autant il m’a fallu peu de temps pour en trouver pour l’Allemagne alors qu’a priori, ce n’est pas un pays connu pour ses musiques traditionnelles. D’ailleurs, ce ne sont pas des traditions en tant que telles que je vais publier ici mais plutôt un éventail de musiques que je trouve intéressantes à citer, allant du cabaret à une certaine fusion world.

Quand on pense à Berlin, on voit très vite les images des cabarets enfumés de l’entre-deux-guerres, sans doute sous l’influence de Marlene Dietrich et du film Cabaret justement. Je ne supporte plus l’esthétique et les chansons de ce film, trop utilisée dans n’importe quel spectacle burlesque mais il existe bien d’autres choses.

Ambiances de fin de soirée un peu glauques, liberté d’expression et sexualité étaient les ingrédients principaux, surtout au début du 20e siècle.

Claire Waldoff est une artiste et chanteuse connue de Berlin pendant les années 1910 et 20. Elle vivait avec son amie Olga von Roeder et rencontrait souvent d’autres lesbiennes au Damenklub Pyramiden. Avec la montée du nazisme, son succès est retombé et elle a quitté Berlin en 1939 pour ne plus jamais monter sur scène.

Claire Waldoff – Ach Gott Was Sind Die Männer Dumm (Mon dieu, que les hommes sont bêtes)

J’aurais aimé associer ce clip à un morceau d’une chanteuse de cabaret actuelle mais je n’ai pas trouvé de lien audio ou vidéo. Pourtant Ich hab meinen mann geschlachtet (J’ai trucidé mon mari) de Scarlett O’, aussi lesbienne, aurait bien convenu !


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Sur la platine: Etats-Unis (essai de rattrapage VII)

Pour ce dernier chapitre de rattrapage (même si entretemps, les articles suivants auront aussi un petit goût de déjà passé), deux enregistrements historiques et un hommage:

Bloody war. Songs 1924-1939: Tompkins Square présente à nouveau une très belle anthologie d’enregistrements d’archives, de 78 tours sur le thème de la guerre: la guerre de Sécession, la guerre hispano-américaine et la première guerre mondiale. Les chansons sont interprétées par des artistes old time et hillbilly de l’époque, s’accompagnant d’instruments solo ou de petits ensemble. (Tompkins Square, une plage en écoute) 7/10

Ola Belle Reed, Rising sun melodies: chanteuse old time / bluegrass des Appalaches, réédition de morceaux issus de différents LP des années 70. Chansons traditionnelles accompagnées à la guitare ou au banjo. Une de mes chanteuses favorites de tous les temps, à la voix quelque peu nasillarde mais qui arrive à créer une grande intensité et émotion sur des morceaux qui sont devenus des classiques. (Smithsonian Folkways, avec extraits et pdf du livret) 9/10

Butcher Holler, A tribute to Loretta Lynn: groupe créé par Eilen Jewell pour jouer des classiques de Loretta Lynn. Classiques de la country des années 60 et 70. Interprétation toute simple et très attachante de textes composés par Loretta, sur des thèmes difficiles pour l’époque, l’alcoolisme, l’infidélité… (Signature Sounds, en écoute sur musicme) 7/10


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Jewish 78rpm (Sur la platine – Mai 2010 – I)

Shbahoth. Iraqi-Jewish song from the 1920’s, 7,5/10

Shir hodu. Jewish song from Bombay of the ’30s, 7,5/10

Ces deux disques ne vont sans doute pas attirer les foules – qui s’intéresse en effet à des musiques juives enregistrées en 78 tours dans les années 1920 et 1930 en Irak et en Inde ? Et pourtant, au-delà de l’importance pour les archives et la recherche, ces enregistrements anciens ont un côté magique, ils donnent l’impression de venir d’ailleurs, ils ont une aura particulière. Et puis, il y a mon intérêt pour l’histoire et les mouvements de population.

Jewish Records s’intéresse, en collaboration avec le label Renair, aux musiques juives disparues ou en voie de disparition. La collection irakienne est comparable au disque chez Honest Jons, Give me love, quoique se limitant uniquement à des disques issus de la communauté juive qui jusqu’au début des années 50 était la plus vieille diaspora, datant de la destruction du Temple à Jérusalem il y a 2500 ans. Depuis, 125 000 Juifs Irakiens ont rejoint Israël. Shbahoth signifie chant de louange; ceux-ci étaient interprétés lors du Sabbath ou pendant fêtes et pèlerinages et accompagné d’un petit ensemble de musiciens où on entend oud et kanun. Les notes de ce volume sont assez réduites mais décrivent chaque plage.

Le livret du disque consacré aux communautés juives de Bombay est bien plus fouillé, expliquant le contexte et les différents morceaux en profondeur. Nous retrouvons à nouveau des chants de louange, des chants paraliturgiques en hébreu issus de différentes traditions juives. Il y avait en effet trois communautés différentes en Inde: les Bene Israël, les Juifs de Bagdad et ceux de Cochin (leur histoire est résumée dans cet article) et chacune avait ses propres mélodies. Il est intéressant de noter que plusieurs des musiciens qui accompagnaient les chanteurs ont également eu une carrière en tant qu’instrumentistes pour des films de Bollywood !

EDIT: D’autres informations et liens sur Jewpop.


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Give me love ou la redécouverte des archives EMI Hayes (oui, encore des archives !)

Production de l’album “Rubber Soul” des Beatles à l’usine EMI à Hayes, Middlesex – Photo: Keystone/Getty Images

Give me love. Songs of the brokenhearted – Baghdad, 1925-1929 est disque qui correspond entièrement à mes envies de recherches pour le moment, sur plein de sujets différents. J’ai d’ailleurs beaucoup de mal à me concentrer sur un thème précis, et les ressources inépuisables de l’internet ne m’aident pas ! Peut-être que les résultats de ces recherches se retrouvent petit à petit sur ce blog…

Le disque, édité par l’excellent label Honest Jon’s, a été compilé à partir des archives EMI Hayes, qui sont toutes regroupées dans un grand hangar en Angleterre dans le Middlesex. Le genre d’endroit qui doit être un rêve pour les collectionneurs. Tous les morceaux ont été enregistrés à Bagdad et en Irak dans les années 1920, à une époque où l’Irak était sous mandat britannique, par The Gramophone Company (plus tard EMI). Ces séances d’enregistrements devaient être épiques, avec du matériel peu fiable et des matrices très fragiles alors que les routes étaient primitives, et que les voitures avaient une suspension quasi inexistante. Mais le résultat nous donne une très belle image du pays à l’époque, des chansons interprétées par les prostituées aux improvisations à la zurna (un genre de hautbois), en passant par des hymnes juifs.

Lien 1: Honest Jon’s

Lien 2: un article sur les archives EMI Hayes


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There’s a song in my head (I): “Lovesick blues”

Cela vous arrive-t’il aussi souvent d’avoir une chanson dans la tête et de ne pas pouvoir vous en débarrasser ? Chez moi, c’est fréquent. Voici donc une rubrique qui parle de ça (même si j’omettrai de parler des pires, du genre de Boys boys boys de Sabrina).

La chanson qui traîne dans ma tête cette semaine est un vieux morceau country/blues, Lovesick Blues, composé en 1922 par Irving Mills pour les paroles et Cliff Friend, un pianiste de vaudeville, pour la musique. Elsie Clark enregistra une première version pour Okeh fin 1922, Emmet Miller fit une première version en 1925, en yodelant, Bertha Chippie Hill le suivit en 1927, puis Emmett Miller grava une seconde version en 1928. C’est celle-là que j’ai écoutée récemment et qui m’a rappelée celle de Hank Williams, enregistrée en 1948 et fortement inspirée de la version de Rex Griffin de 1939. Le Lovesick blues de Hank Williams sera le plus gros succès country de l’année. Aahhh la voix grave de Hank Williams !!! (lien youtube ici)

Toutes ces informations, je les ai trouvées dans le livre de Nick Tosches, Country, texte rempli de références, passant souvent d’un sujet à l’autre, mais essentiellement sur les origines de la musique country (sur “les zones obscures”) et ses influences sur le rock’n’roll.


Lovesick Blues

by Irving Mills and Cliff Friend

I got a feelin’ called the blues,
Since my baby said good-bye
Lawd I don’t know what l’ll do
All I do is sit and sigh
That last long day she said goodbye
Well Lawd, I thought I would cry
She’d do me, she’d do you,
She’s got that kind of lovin’
Lawd, I love to hear her
When she calls me sweet daddy

Such a beautiful dream
I hate to think it’s all over
I lost my heart it seems
I’ve grown so used to you somehow
But I’m nobody’s sugar daddy now
And I’m lonesome, I got the lovesick blues

I’m in love, I’m in love with a beautiful gal
That’s whats the matter with me
I’m in love, I’m in love with a beautiful gal
But she don’t care about me

Lawd I tried and tried to keep her satisfied
But she just wouldn’t stay
So now that she is leavin’
This is all I say…
©1922 Mills Music, Inc (ASCAP)