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Obsession cambodgienne, suite

3 Comments

Mon obsession cambodgienne continue, me tournant cette fois-ci vers le côté sombre de l’histoire du pays. Parce qu’il faut en parler, ne pas oublier la période de Pol Pot et du génocide cambodgien, surtout quand on sait qu’il y a un mouvement de négationnisme de la part des jeunes Khmers.

Le réalisateur cambodgien Rithy Panh s’exerce à garder la mémoire de son peuple, cette mémoire que les Khmers Rouges ont tant bien que mal tenté d’effacer. Sans relâche, il filme son peuple, son histoire et n’hésite pas à aborder des sujets très difficiles.

J’avais déjà vu il y a quelque temps S21, la machine de mort Khmer Rouge, un documentaire de 2002 dans lequel le réalisateur interroge les quelques rescapés mais aussi les bourreaux de la prison principale de Phnom Penh, S21 ou Tuol Sleng, installée dans une ancienne école. Le hasard a fait que rescapé et bourreau se rencontrent lors du tournage de Bophana, une tragédie cambodgienne. S21 est un documentaire très dur, basé sur la répétition des mouvements, le bourreau montrant comment jour après jour il torturait les prisonniers (hommes et femmes normaux, qui n’avaient rien à se reprocher). Documentaire basé aussi sur les peintures d’un des sept survivants de la prison, Vann Nath, qui a dessiné les tortures pour qu’on n’oublie pas.

Je dois vous avouer que je n’ai pas réussi à voir le dvd jusqu’au bout… et que me retrouvant sur place à Phnom Penh, me souvenant des images, je me suis sentie bouleversée, notre guide racontant ce qu’il avait vécu comme enfant sous le régime des Khmers Rouges.

Un coffret contenant quatre documentaires de Rithy Panh (dont S21) vient de sortir, accompagné d’un excellent livret (sur et par le cinéaste). Il éclaire d’autres aspects de l’histoire cambodgienne. Site 2 filme les réfugiés cambodgiens dans un camp en Thaïlande. On est en 1989, le pays est envahi par les Vietnamiens depuis 1979. Ceux-ci sont à la chasse des Khmers Rouges et le pays est en état de guerre. Jusqu’à 500.000 Cambodgiens vivent dans des camps à la frontière thaïe. Rithy Panh filme, sans scénario pré-établi, la vie de certaines familles, comment elles s’organisent, comment elles recherchent un semblant d’ordre et d’habitudes, comment elles se raccrochent à certaines choses. Ce sont des gens sans espoir qui parlent, et c’est extrêmement dérangeant, interpellant.

Dix ans plus tard, le réalisateur fait un état des lieux avec La terre des âmes errantes. Après les accords de Paris en 1991, les réfugiés ont lentement pu retourner dans leur pays, pays entièrement miné (jusqu’il y a peu, le Cambodge était le pays le plus miné au monde, aujourd’hui, c’est l’Afghanistan), où il est difficile de travailler la terre, surtout au début. Les premiers rentrés se partagent les terres, le pays devient une sorte de Far East (et l’est toujours, c’est un des pays les plus corrompus au monde). Les âmes errantes, ce sont ces gens qui ne sont pas rentrés à temps pour obtenir ces terres, les plus pauvres des pauvres, qui travaillent là où on veut bien les accepter. Dans le cas du documentaire, il s’agit d’un chantier gigantesque, celui d’Alcatel qui installe de la fibre optique dans le pays: il faut creuser une tranchée sur toute la longueur du territoire pour rejoindre le réseau international. Pas de machines, juste de la main d’oeuvre sous-payée, quelques riels qui suffisent juste à nourrir la famille, si maladie ou accidents n’interviennent pas. Le risque est grand aussi de faire exploser une mine. La caméra suit ces gens de très près, filme des gros plans d’eux en plein travail, filme l’effort, la fatigue, le découragement. Rithy Panh montre par ce documentaire une génération oubliée, les 25-45 ans qui n’ont pas pu étudié et qui n’ont que leurs mains pour gagner leur vie. Des gens qui sont souvent oubliés par les ONG qui s’occupent plutôt de l’enseignement pour les enfants.

Quant à Bophana, une tragédie cambodgienne, c’est le documentaire le plus traditionnel des quatre, celui qu’il faut regarder en premier si on ne connait pas l’histoire du pays: une voix off explique et montre à partir de quelques lettres d’amour de Bophana toute la période des Khmers Rouges.

Quelques liens:

Rithy Panh est également l’auteur de films de fictions, comme par exemple Gens de la rizière. Son prochain film sera une adaptation de Marguerite Duras, et un remake de René Clément, Un barrage contre le Pacifique.

Pour l’histoire du Cambodge: l’article Wikipedia en français et en anglais (plus complet).

Un site sur les camps de réfugiés en Thaïlande.

3 thoughts on “Obsession cambodgienne, suite

  1. Je viens de finir la “Une Brève Histoire du Cambodge” de François Ponchaud. Je te le conseille vivement. C’est assez court et ultra intéressant. J’ai été très supris sur les rapports tortueux entre le Cambodge, la Thailande et le Vietnam. Et le truc incroyable c’est la réaction internationale ultra négative à l’invasion du Cambodge par le Vietnam… qui a mis fin au régime khmer rouge! D’ailleurs, si je l’ai lu, c’est qu’il était sur le présentoire de la médiathèque municipale!

  2. Merci pour l’info !

  3. Pingback: Vinyan « bruxelles-bangkok-brasilia

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