L’histoire des musiques du monde a connu de nombreuses modes ou “craze” en anglais qui reflète mieux le côté “folie” mais aussi le côté passager. Tango, yodel, le Buena Vista Social Club et les musiques cubaines ne sont que quelques exemples d’époques passées et récentes. La guitare hawaïenne en fait partie, elle s’est répandue dans le monde entier depuis Honolulu dès la fin du 19e siècle. En 1912, le spectacle Bird of Paradise attire les foules à New York, avant d’entamer une tournée mondiale. Cette comédie musicale sur fond de palmiers préfigure les futurs clichés exotiques du cinéma d’Hollywood. L’exposition universelle de San Francisco de 1915 va accentuer la mode lorsque l’orchestre de Keoki E. Awai se produit dans le pavillon des planteurs de canne à sucre et d’ananas. C’est un phénomène qui se retrouve souvent: de nombreuses modes sont nées suite à une attraction musicale à une exposition internationale, par exemple celle du belly dance à l’expo de Chicago en 1893 ou l’intérêt porté aux musiques balinaises après l’expo de Paris en 1889.


Difficile de dire qui a été la première personne à Hawaï jouant de la steel guitar, une manière de jouer bien différente: la guitare est posée à plat sur les genoux et les cordes sont frottées à l’aide d’un morceau de métal. En tous cas, c’est Joseph Kekuku qui a popularisé le style dès les années 1890. Les sons exotiques de l’ukulele et les danseuses de hula s’y ajoutent et l’ensemble finit par créer un enthousiasme démesuré. C’est une vague déferlante qui balaie les Etats-Unis, l’Europe et l’Asie. Des groupes hawaïens tournent dans le monde entier et des musiciens locaux les imitent très vite pour combler la demande. Rien qu’en 1917, la compagnie de disques Victor sort plus de 150 titres hawaïens. La famille Moe fera sept fois le tour du monde pendant un demi-siècle jouant dans différents groupes comme les Royal Samoan Dancers de Mme Riviere ou Tau Moe and his Hawaiian Jazzites. Franck Ferera grave plus de 1000 disques en quelques années. En 1928, Sam Ku West fait une tournée de Honolulu à Paris en passant par le Japon, Shanghai, Manille et Hong Kong.

Pourquoi tant de succès ? Cette musique semblait différente, avec ses instruments et mélodies bizarres, créant une ambiance ensoleillée, de mers du sud et de palmiers, proposant un style de vie élégant et sans soucis pendant une époque fort troublée, tiraillée entre crise économique, les horreurs de la première guerre mondiale et une deuxième qui s’annonce. La recherche de l’exotisme était dans l’air du temps: en France, le jazz nègre, les musiques tziganes ou de toute autre contrée plus ou moins éloignée attirait les oreilles.
Cinq disques dans les collections de la Médiathèque offrent un panorama de ces musiques:
Slidin’ on the frets. The Hawaiian steel guitar phenomenon (MZ6601) nous emmène d’abord aux Etats-Unis, là où le style s’est ancré profondément dans différents genres comme le jazz, le blues, le vaudeville, la country, puis vers Trinidad, l’Argentine, la France, la Grèce (avec Kostas Bezos que l’on retrouve sur des disques de rebetika sous le nom de A. ou K. Kostis).
Steeling round the world, Hawaiian style (MZ6602) ressort quelques perles dans des collections oubliées de 78 tours. Avec par exemple Miss Ninja dan Ismael & Sweet Java Islanders d’Indonésie ou les Kilima Hawaiians chantant en néerlandais.
Hawaiian Music. Honolulu – Hollywood – Nashville 1927-1944 (MZ6538) se limite aux rapports entre Etats-Unis continentaux et Hawaï, reprenant les classiques de Sol Hoopii à Bob Wills, et la chanson de Jimmie Rodgers, Everybody does it in Hawaii. A partir de cette mode hawaïenne, c’est toute la musique américaine qui évolue: chant et jeux de guitare country et bottleneck du blues.
Hawaiians in Paris 1916-1926 (MZ6540) présente essentiellement les enregistrements de Franck Ferera. L’artiste hawaïen n’a jamais mis les pieds en France mais tout son catalogue était édité sur Pathé France, avec étiquettes en français.
Paris, plages d’Hawaii. Guitares hawaiiennes 1930 (U 0226) se penche sur la carrière de Gino Bordin qui a developpé son propre style utilisant une guitare à 7 cordes.





Tous ces disques sont fantastiques ! Ecoutez-les, et si vous n’avez pas assez, allez fouiller du côté d’Hawaï dans les collections de la Médiathèque, il y a encore de nombreux autres disques.
La première image vient d’un site reprenant toutes les partitions de musiques à thème hawaïen ou exotique, les deux cartes postales viennent d’ici, et la troisième photo est celle de Franck Ferera.








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