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Womex 2009

Le Womex 2009, la grande foire pour les musiques du monde, a eu lieu comme chaque année fin octobre. Après Séville, c’est la capitale danoise, Copenhague, qui a accueilli pendant cinq jours les délégués du monde entier représentant labels de disques,  artistes, salles de concert… de divers pays. Il y avait sans doute moins de participants cette année mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu moins d’échanges et d’accords pour des concerts. Le marché du disque est peut-être morose mais celui de la musique live l’est beaucoup moins.

Ce fut pour moi l’occasion de rencontrer un grand nombre de personnes, de Belgique mais aussi de l’étranger et de revoir de nombreuses connaissances avec qui il est toujours agréable de parler et d’apprendre de nombreuses choses sur la manière dont sont gérées les labels, les salles de concerts ou qui sont les artistes importants du moment… Networking, voilà le grand mot du Womex !

Le Womex ne serait pas le Womex s’il n’y avait pas les concerts, du showcase sur un stand à la “Great Nordic Night” spécialement organisée pour l’occasion. Le programme est toujours très chargé, se déroulant dans cinq salles (une de plus que l’année passée). Cette année, c’est le tout nouveau complexe de la radio danoise qui nous recevait. Exemple d’architecture contemporaine, le bâtiment n’a ouvert ses portes que récemment mais la grande salle de concert est déjà considérée comme une des meilleures du monde au point de vue acoustique. Je rajouterais que l’architecture est magnifique, tout en bois, tout en asymétries. Une scène était située dans le foyer, deux autres dans des salles au sous-sol (c’était juste dommage qu’il n’y avait qu’une seule entrée, ce qui provoquait de nombreux embouteillages) et une dernière salle était improvisée dans le bâtiment attenant. Comme chaque année, les styles sont mélangés, des concerts de musique traditionnelle côtoyant des DJ’s. Mais comme toujours, la tendance est aux musiques plus rythmées, festives, surtout en soirée. Le Balkan Beat, les musiques latino et l’électronique vivent encore de beaux jours ! Dommage que l”ambiance soit plus au shopping qu’à une écoute attentive…

Commençons donc par le shopping: Chet Nuneta, groupe de femmes jouant avec la voix et les percussions, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, je laisse ce genre de musique à un autre public. Idem pour Les Yeux Noirs, groupe tsigane, Yilila d’Australie, le Ale Möller Band dont le concert mélangeait trop de cultures et de traditions différentes…

Comme nous étions au Danemark, une attention toute particulière a été donnée à la musique scandinave. Le concert d’ouverture était nommé “The Great Nordic Night” et rassemblait une vingtaine d’artistes du Danemark, des Iles Féroé, du Groenland, de Suède, de Norvège, de Finlande et d’Islande. Placé sous la direction artistique du violoniste danois Harald Haugaard cette soirée se voulait assez grand public, présentant des styles traditionnels des différents pays mais aussi des chansons plus contemporaines, parfois à la limite de la variété. N’empêche, une bonne polska jouée à plusieurs violons et toute la salle avait envie de danser.

Les musiciens scandinaves avaient également tout le long du Womex une scène qui leur était exclusivement réservée. Malheureusement, la salle était fort petite, l’entrée souvent encombrée et les musiques que j’ai entrevues plutôt calmes. J’aurais très certainement beaucoup plus profité du duo finlandais Lepistö et Lehti et du groupe suédois Nordic dans d’autres circonstances. Valravn par contre se démarquait par des instruments traditionnels mêlés à des beats électroniques qui allaient quant à eux un peu fort (juste un problème de mixage à mon avis) !

Deux belles découvertes dans les showcases de l’après-midi: tout d’abord Mamane Barka, nigérien, et son luth biram en forme de bateau. Là aussi, le son n’était pas parfait, les percussions étaient un peu fortes mais la magie a opéré, le son de l’instrument est vraiment magnifique.

San Chuan est composé de trois chinoises jouant du zheng, une longue cithare sur table (proche du koto japonais). Elles n’ont pas encore d’album à leur actif (c’est pour février) mais ont fait l’aller-retour depuis leur pays pour avoir l’avis du public par rapport à leur jeu. Elles ont d’ailleurs une manière bien différente de jouer la musique classique chinoise, loin de la virtuosité un peu empruntée (et fortement mâtinée d’influences européennes) des musiciens des années 80-90 et fort éloignée aussi du jeu un peu kitsch du Twelve Girls Band et consorts, qu’elles se sont amusées à singer ! Leur son est très doux, les notes se mêlent, les mélodies flottent dans l’air. Un très beau concert d’un groupe dont j’attends beaucoup et qui joue en Belgique dans le cadre d’Europalia.

L’Addis Acoustic Project semblait prometteur: un groupe actuel qui rejouait les standards de l’éthio-jazz et de la musique populaire des orchestres des années 50-60, avec dans le groupe un musicien de l’époque, Ayele Mamo Belayneh qui joue la mandoline et qui était touchant par moments avec ses allures de star de rock’n'roll. Quelques moments d’intense plaisir, de retour aux sources (me faisant penser aux musiques pop cambodgiennes de la même époque) mais dans l’ensemble un concert / concept raté: les solos de guitare et de batterie sonnaient trop jazz (un jazz grand public).

J’espérais voir une belle performance de mento (style jamaïcain pré-reggae, proche du calypso) mais Gilzene and The Blue Light Mento Band a intérêt à apprendre à chanter ! La musique était bonne mais le chant complètement faux ! J’ai rarement entendu de si mauvais chanteurs !

L’Indienne Kiran Ahluwalia quant à elle chante très bien mais je n’ai pas pris le temps d’écouter longtemps ses ghazals, préférant aller écouter d’autres choses moins connues.

L’Orquesta Chekara Flamenca rassemble des musiciens marocains et des chanteuses de flamenco. Fusion qui pourrait fonctionner mais qui était plutôt juxtaposition. Rien de mauvais à cela mais rien de transcendant non plus.

Une petite tranche de musique festive avec le groupe colombien Chocquibtown qui ne m’a pas vraiment intéressé et avec Jaune Toujours qu’il se fallait de soutenir, groupe belge/bruxellois oblige ! Ils ont joué deux fois, une première fois dans un showcase lors du drink des stands belges et une deuxième fois en soirée devant un public bien plus important.

J’avais déjà vu le groupe sino-mongol Hanggai deux fois à Bruxelles mais c’est avec plaisir que je suis retournée à leur concert de Copenhague. Ils étaient au complet cette fois-ci, ce qui a laissé plus de place aux voix (différents styles de chant de gorge) et à la guitare électrique. J’aime beaucoup leur musique (et les musiques de Mongolie et de Tuva en général) mais je suis assez d’accord avec cette personne qui me disait qu’elle aimerait les voir aller plus loin dans le côté rock, dans l’expérimentation à partir des traditions. J’espère toujours qu’apparaîtra un jour un groupe du même niveau que Yat-Kha !

Pour finir ce long billet, parlons de ma découverte du Womex (en général, il y en a une par an) ! Je ne suis pas une grande amatrice de fado et de musiques portugaises que je trouve en général trop larmoyantes mais j’ai été subjuguée par Deolinda. Le cd m’avait paru plus intéressant que la moyenne mais j’écoute tant de disques que je l’ai assez vite oublié (j’aurais dû en parler ici). La chanteuse Ana Bacalhau (pas un nom facile à porter !) essaie de casser tous les préjugés du fado, s’en moque même ! Elle a une présence exceptionnelle et sa présentation de chaque morceau en anglais apporte une bien meilleure compréhension des thèmes et ambiances qui ne se limitent d’ailleurs pas au fado. La musique du groupe s’inspire aussi bien des traditions portugaises que de celles du Cap Vert ou du Brésil. Rafraîchissant ! (Et j’ai adoré sa robe !)

Une galerie de photos complète se trouve ici.

“Dowtown Beijing might seem a strange place for a Mongolian folk revival”

Encore un billet sur la Chine ! Sur Beijing en plus ! Et oui… mais en faisant un détour par la Mongolie Intérieure et quelques sites / blogs intéressants sur le sujet.

Le prétexte, c’est l’album de Hanggai, Introducing (MV5055), publié par World Music Network. Les notes au dos de la pochette sont intrigantes: “Dowtown Beijing might seem a strange place for a Mongolian folk revival.” Le disque a été enregistré à Beijing, dans les vieux quartiers, les hutongs, avec l’aide de deux musiciens occidentaux mais le répertoire est mongol. Les membres du groupe sont originaires de la province de Mongolie Intérieure et connaissent les traditions de chant de gorge et les instruments comme le morin khuur ou le tobshuur même si le leader Ilchi a joué de nombreuses années dans un groupe punk.

Les critiques sur Pitchfork (même si l’auteur égratigne au passage un album que j’aime beaucoup) et la BBC sont excellentes, l’album est accessible à un large public et donne envie d’écouter d’autres disques de la région.

(photo: Kevin German, Beijing)

C’est aussi l’occasion de parler d’un excellent blog, Benn loxo du taccu, qui a beaucoup parlé des musiques africaines mais qui s’ouvre à d’autres musiques, et c’est d’autant mieux. L’auteur, Matt Yanchyshyn, est en Chine pour le moment. Il n’est pas intéressé par la musique classique mais plutôt par la scène (underground ?) de Beijing, par les groupes rock, punk, jazz et par les groupes qui renouvellent les traditions du pays comme Hanggai.

Quelques autres disques à écouter de Mongolie et de Tuva: Urna, Höödöd (MY4075), Musiques de Mongolie (MY3950), Tuva, among the spirits (MU4076), Chirgilchin, Collectible (MU4511), Yat-Kha, Aldyn dashka (MU5941)

Lien 1: une interview de Hanggai

Lien 2: photos d’une ville pendant les jeux, récits sur une ville pendant les jeux

Pastèques et dumplings

Non, ceci n’est pas la suite de mes aventures culinaires ! Il me manque d’ailleurs le durian pour compléter la série… des films asiatiques avec de la nourriture dans le titre. D’ailleurs ce n’est pas que dans le titre qu’on mange dans les films en Extrême Orient: je me souviens d’un film de Johnnie To (ne me demandez plus lequel, j’ai oublié) où tous les plans de la première demi-heure contiennent une scène avec des gens qui mangent. Ou celui que j’ai vu hier soir, One take only d’Oxyde Pang. Film clip video, violent, mais moins violent que ne l’annonçait Jean-Pierre Dionnet dans son introduction, et somme toute pas extrêmement intéressant à part pour (re-)voir les rues de Bangkok. Mais les héros mangent souvent, des nouilles micro-ondées au restaurant populaire.

Doù vient cette présence de la nourriture dans ces films ? Dans les productions américaines ou françaises, on mange si peu… Si vous avez des idées…

Revenons à nos pastèques et dumplings. Le premier des deux films, The Wayward Cloud ou La saveur de la pastèque a été réalisé par Tsai Ming-Liang. (Ce serait intéressant de connaître la traduction exacte du titre chinois.) Longue succession d’images où la pastèque est l’instrument érotique des jeux d’amour entre les protagonistes, dans un Taïwan où la sécheresse règne (et je l’ai vu le jour le plus chaud de l’été !). Pas beaucoup d’histoire finalement à part une scène de nouilles intéressante (ici) et de très joli interludes chantés et dansés (les chansons sont de Grace Chang ou Yao Li, entre autres), que l’on peut voir ici, ici et ici.

Nouvelle cuisine (ou Dumplings en anglais) est un film de Fruit Chan sur la fabrication des dumplings… quoique ceux-ci se révèlent être un peu spéciaux. Je ne révèlerai pas la suite mais toute l’histoire tourne autour de la cuisine et de l’éternelle jeunesse.

Lien 1 (les films): Durian durian de Fruit Chan, La saveur de la pastèque de Tsai Ming-Liang, Nouvelle cuisine de Fruit Chan, One take only d’Oxyde Pang, les films de Johnnie To

Lien 2 (les chansons): In the mood for love, Famous songs from Shanghai, Shanghai lounge divas, Retropop in Shanghai

Far West Chinois

Une série de photos très intéressantes sur les Chinois en Afrique, prise par le photographe Paolo Woods.

Paolo Woods et le journaliste suisse Serge Michel ont recherché en 2007 les Chinois d’Afrique, ces Chinois dont la Chine ne veut pas trop parler, pour éviter toute publicité sur leur activité, celle de trouver les ressources naturelles dont le pays a tant besoin. Pour l’Afrique par contre, ils ne sont pas vus comme des colonisateurs qui veulent défendre la démocratie, mais plutôt comme des bienfaiteurs qui construisent routes, hôpitaux, écoles.

(via we make money not art, très bon site pour rester au courant de l’actualité artistique contemporaine).


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