Archive for the 'pays/Asie' Category

Womex 2009

Le Womex 2009, la grande foire pour les musiques du monde, a eu lieu comme chaque année fin octobre. Après Séville, c’est la capitale danoise, Copenhague, qui a accueilli pendant cinq jours les délégués du monde entier représentant labels de disques,  artistes, salles de concert… de divers pays. Il y avait sans doute moins de participants cette année mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu moins d’échanges et d’accords pour des concerts. Le marché du disque est peut-être morose mais celui de la musique live l’est beaucoup moins.

Ce fut pour moi l’occasion de rencontrer un grand nombre de personnes, de Belgique mais aussi de l’étranger et de revoir de nombreuses connaissances avec qui il est toujours agréable de parler et d’apprendre de nombreuses choses sur la manière dont sont gérées les labels, les salles de concerts ou qui sont les artistes importants du moment… Networking, voilà le grand mot du Womex !

Le Womex ne serait pas le Womex s’il n’y avait pas les concerts, du showcase sur un stand à la “Great Nordic Night” spécialement organisée pour l’occasion. Le programme est toujours très chargé, se déroulant dans cinq salles (une de plus que l’année passée). Cette année, c’est le tout nouveau complexe de la radio danoise qui nous recevait. Exemple d’architecture contemporaine, le bâtiment n’a ouvert ses portes que récemment mais la grande salle de concert est déjà considérée comme une des meilleures du monde au point de vue acoustique. Je rajouterais que l’architecture est magnifique, tout en bois, tout en asymétries. Une scène était située dans le foyer, deux autres dans des salles au sous-sol (c’était juste dommage qu’il n’y avait qu’une seule entrée, ce qui provoquait de nombreux embouteillages) et une dernière salle était improvisée dans le bâtiment attenant. Comme chaque année, les styles sont mélangés, des concerts de musique traditionnelle côtoyant des DJ’s. Mais comme toujours, la tendance est aux musiques plus rythmées, festives, surtout en soirée. Le Balkan Beat, les musiques latino et l’électronique vivent encore de beaux jours ! Dommage que l”ambiance soit plus au shopping qu’à une écoute attentive…

Commençons donc par le shopping: Chet Nuneta, groupe de femmes jouant avec la voix et les percussions, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, je laisse ce genre de musique à un autre public. Idem pour Les Yeux Noirs, groupe tsigane, Yilila d’Australie, le Ale Möller Band dont le concert mélangeait trop de cultures et de traditions différentes…

Comme nous étions au Danemark, une attention toute particulière a été donnée à la musique scandinave. Le concert d’ouverture était nommé “The Great Nordic Night” et rassemblait une vingtaine d’artistes du Danemark, des Iles Féroé, du Groenland, de Suède, de Norvège, de Finlande et d’Islande. Placé sous la direction artistique du violoniste danois Harald Haugaard cette soirée se voulait assez grand public, présentant des styles traditionnels des différents pays mais aussi des chansons plus contemporaines, parfois à la limite de la variété. N’empêche, une bonne polska jouée à plusieurs violons et toute la salle avait envie de danser.

Les musiciens scandinaves avaient également tout le long du Womex une scène qui leur était exclusivement réservée. Malheureusement, la salle était fort petite, l’entrée souvent encombrée et les musiques que j’ai entrevues plutôt calmes. J’aurais très certainement beaucoup plus profité du duo finlandais Lepistö et Lehti et du groupe suédois Nordic dans d’autres circonstances. Valravn par contre se démarquait par des instruments traditionnels mêlés à des beats électroniques qui allaient quant à eux un peu fort (juste un problème de mixage à mon avis) !

Deux belles découvertes dans les showcases de l’après-midi: tout d’abord Mamane Barka, nigérien, et son luth biram en forme de bateau. Là aussi, le son n’était pas parfait, les percussions étaient un peu fortes mais la magie a opéré, le son de l’instrument est vraiment magnifique.

San Chuan est composé de trois chinoises jouant du zheng, une longue cithare sur table (proche du koto japonais). Elles n’ont pas encore d’album à leur actif (c’est pour février) mais ont fait l’aller-retour depuis leur pays pour avoir l’avis du public par rapport à leur jeu. Elles ont d’ailleurs une manière bien différente de jouer la musique classique chinoise, loin de la virtuosité un peu empruntée (et fortement mâtinée d’influences européennes) des musiciens des années 80-90 et fort éloignée aussi du jeu un peu kitsch du Twelve Girls Band et consorts, qu’elles se sont amusées à singer ! Leur son est très doux, les notes se mêlent, les mélodies flottent dans l’air. Un très beau concert d’un groupe dont j’attends beaucoup et qui joue en Belgique dans le cadre d’Europalia.

L’Addis Acoustic Project semblait prometteur: un groupe actuel qui rejouait les standards de l’éthio-jazz et de la musique populaire des orchestres des années 50-60, avec dans le groupe un musicien de l’époque, Ayele Mamo Belayneh qui joue la mandoline et qui était touchant par moments avec ses allures de star de rock’n'roll. Quelques moments d’intense plaisir, de retour aux sources (me faisant penser aux musiques pop cambodgiennes de la même époque) mais dans l’ensemble un concert / concept raté: les solos de guitare et de batterie sonnaient trop jazz (un jazz grand public).

J’espérais voir une belle performance de mento (style jamaïcain pré-reggae, proche du calypso) mais Gilzene and The Blue Light Mento Band a intérêt à apprendre à chanter ! La musique était bonne mais le chant complètement faux ! J’ai rarement entendu de si mauvais chanteurs !

L’Indienne Kiran Ahluwalia quant à elle chante très bien mais je n’ai pas pris le temps d’écouter longtemps ses ghazals, préférant aller écouter d’autres choses moins connues.

L’Orquesta Chekara Flamenca rassemble des musiciens marocains et des chanteuses de flamenco. Fusion qui pourrait fonctionner mais qui était plutôt juxtaposition. Rien de mauvais à cela mais rien de transcendant non plus.

Une petite tranche de musique festive avec le groupe colombien Chocquibtown qui ne m’a pas vraiment intéressé et avec Jaune Toujours qu’il se fallait de soutenir, groupe belge/bruxellois oblige ! Ils ont joué deux fois, une première fois dans un showcase lors du drink des stands belges et une deuxième fois en soirée devant un public bien plus important.

J’avais déjà vu le groupe sino-mongol Hanggai deux fois à Bruxelles mais c’est avec plaisir que je suis retournée à leur concert de Copenhague. Ils étaient au complet cette fois-ci, ce qui a laissé plus de place aux voix (différents styles de chant de gorge) et à la guitare électrique. J’aime beaucoup leur musique (et les musiques de Mongolie et de Tuva en général) mais je suis assez d’accord avec cette personne qui me disait qu’elle aimerait les voir aller plus loin dans le côté rock, dans l’expérimentation à partir des traditions. J’espère toujours qu’apparaîtra un jour un groupe du même niveau que Yat-Kha !

Pour finir ce long billet, parlons de ma découverte du Womex (en général, il y en a une par an) ! Je ne suis pas une grande amatrice de fado et de musiques portugaises que je trouve en général trop larmoyantes mais j’ai été subjuguée par Deolinda. Le cd m’avait paru plus intéressant que la moyenne mais j’écoute tant de disques que je l’ai assez vite oublié (j’aurais dû en parler ici). La chanteuse Ana Bacalhau (pas un nom facile à porter !) essaie de casser tous les préjugés du fado, s’en moque même ! Elle a une présence exceptionnelle et sa présentation de chaque morceau en anglais apporte une bien meilleure compréhension des thèmes et ambiances qui ne se limitent d’ailleurs pas au fado. La musique du groupe s’inspire aussi bien des traditions portugaises que de celles du Cap Vert ou du Brésil. Rafraîchissant ! (Et j’ai adoré sa robe !)

Une galerie de photos complète se trouve ici.

Omar Souleyman, de star pop syrienne à un hype international ?

Espoir musical de l’année selon le NME (5e sur 50 places !), une page complète à son propos dans les Inrockuptibles, Omar Souleyman est sans conteste la nouvelle star des milieux hype. Découvert par le label américain Sublime Frequencies, l’artiste syrien a récemment fait une tournée européenne dans des clubs plutôt orientés rock, subjuguant les auditeurs par des sons assez rudes et plein de distorsion, par des rythmes primitifs et frénétiques peu connus à leurs oreilles, par des synthétiseurs criards et boîtes à rythmes cheap. Mode passagère, besoin d’exotisme, de sonorités venues d’ailleurs, différentes de la musique latino ou des percussions africaines qu’on nous bassine à longueur de journée ? Oui, sans doute. Mais pourquoi cette star locale syrienne et pas l’idole vietnamienne ou le crooner somali ? Pourquoi Omar Souleyman et pas un des nombreux autres artistes du même style qui voyagent de village en village pour animer les célébrations diverses ou un de ces chanteurs qui comme Ali Aldik renouvellent les traditions du dabke.

Il ne faut certainement pas jeter la pierre à Sublime Frequencies qui depuis quelques années édite des musiques issues de cassettes locales, souvent inédites (Cambodge, Myanmar, Iraq…), ou des collages de radios du monde (Corée du Nord, Maroc…). Il ne faut également pas sous-estimer la musique d’Omar Souleyman. Star dans son propre pays, il s’inspire des traditions kurdes et turques, du choubi irakien et du dabke, une musique de fêtes et de mariages qui se danse en cercle et qu’on retrouve dans tout le Levant, du Liban à la Syrie. Son origine vient d’un rythme de travail, celui du piétinement du torchis pour fabriquer les toits des maisons. Au Liban dans les années 60, les frères Rahbani ont popularisé le style en composant de nombreux morceaux pour Fairuz et l’ont élevé au rang de musique nationale ou presque, créant des spectacles de grande envergure avec danses assez spectaculaires.

Quant au disque d’Omar Souleyman, écoutez-le pour ce qu’il est, appréciez-le à sa juste valeur c’est à dire une musique locale, avec ses défauts, un peu kitsch parfois mais possédant une énergie assez incomparable. Et n’oubliez pas qu’il y a plein de découvertes à faire dans d’autres pays du monde !

Pour le podcast, c’est par ici.

The Elvis of Thailand

L’Elvis de Thaïlande, c’est ainsi qu’est surnommé Surapol  Sombatcharoen (1930-1968). Cette star thaïlandaise de lukthung a connu beaucoup de succès dans son pays dans les années 50-60 et certaines de ses chansons se retrouvent dans le film Monrak Transistor.

Le luk thung est une musique qui est née dans la région de Suphanburi, au centre de la Thaïlande. C’est un peu la “country” thaïlandaise. Les chansons parlent de la difficulté de vivre, surtout des immigrés dans les grandes villes; elles racontent des histoires de chauffeurs de camion, paysans, servantes, prostituées, bref, la vie dans la grande ville loin de sa région d’origine. Le son initial était ancré dans les traditions, les chansons populaires, la musique classique du centre du pays et les danses traditionnelles ramvong. Dans les années 50 se sont rajoutés les violons malais, les orchestres de cuivres latins ainsi que des rythmes commes le cha-cha-cha ou le mambo (les tournées asiatiques de Xavier Cugat ont fortement influencé les styles locaux) mais aussi des éléments de la musique des films d’Hollywood et la country yodel de Gene Autry ou Jimmie Rodgers. C’est une musique pleine d’émotions (qui peut rappeler l’enka japonais ou le kroncong indonésien) avec glissandos et ornementations dans la voix. Surapol Sombatcharoen a son premier hit en 1952 avec Nam Da Sow Vienne (Les larmes de la fille de Vientiane) et est resté le “king” du lukthung jusqu’à son assassinat (pour une sombre affaire de femmes, dit la rumeur) en 1968. Dans les années 70, c’est Pompuang Duangjang qui est devenue la star incontestée; elle est toujours vénérée après son décès en 1992. Les stars d’aujourd’hui sont Sunaree Ratchasima, Mike Piromporn, Monsit Kamsoi… et même un artiste d’origine suédois, Jonas Anderson.

Si les quelques disques présents à la Médiathèque ne vous suffisent pas, je vous conseille le blog Monrakplengthai qui est une source inépuisable sur les musiques thaïlandaises et les nombreux clips sur youtube.

Etats-Unis | Mongolie | Nouvelle-Guinée (Sur la platine – Juillet 2009 – I)

En ce début de mois de juillet, trois disques ont retenu mon attention pour diverses raisons. C’est à nouveau un voyage assez improbable dans l’histoire et dans des cultures fort différentes.

Etats-Unis

Banjo. An American five-string history, 1901-1956 (MA5213): ce disque a été compilé par Gérard De Smaele, grand spécialiste belge de l’instrument et consultant pour l’exposition “Banjo !” au MIM en 2003-2004. Plongeant dans les archives – l’enregistrement le plus ancien date de 1901 – il nous propose de revivre une partie de l’histoire des Etats-Unis. D’origine afro-américaine, le banjo à cinq cordes a été utilisé pour tous les types de répertoires, à la fois européens et africains, des salons où il est joué en style classique ou semi-classiques aux campagnes des Appalaches où il s’enracinera profondément. C’est là que se font les premiers “field recordings” par, entre autres, John et Alan Lomax mais aussi des enregistrements commerciaux, les firmes de disques y envoyant “talent scouts” et studios portables. Le disque s’arrête aux années 50, au début du folk revival qui sépare le monde des “anciens” de celui des “nouveaux”. Des notes très complètes accompagnent chaque morceau. Je vous conseille tout particulièrement Ladies on the steamboat de Richard Burnett où celui-ci, tout en jouant du banjo, imite le son de l’instrument à la voix.

Mongolie

Mongolie: chants et morin khuur (MY3934): ce n’est un secret pour personne, j’aime le chant de gorge et les musiques de Mongolie ou de Tuva. J’attends toujours avec impatience les nouveaux disques mais je suis de temps en temps bien déçue: la folklorisation et la virtuosité passent souvent par là et ne m’intéressent guère. Rien de tout cela dans ce très beau disque enregistré sur place et produit par Ocora (label de qualité): libérés du contrôle de l’époque communiste, les Mongols peuvent à nouveau se tourner vers des traditions anciennes et s’exprimer tels qu’ils le souhaitent. Chants diphoniques khöömii, chants longs urtiin duu, chants courts bogino duu et vièle morin khuur renvoient aux sons de la nature, aux grands espaces de la steppe.

Nouvelle-Guinée

Lani Singers: Ninalik ndawi (MZ2715): j’ai envie de parler de ce disque moins pour la musique – tout à fait agréable par ailleurs – que pour le sujet qu’il aborde. Les Lani Singers sont originaires de Nouvelle-Guinée occidentale, la partie de l’île sous contrôle indonésien. Avec ce disque, il veulent exprimer le désir de liberté d’un peuple qui est forcé de vivre au second rang. Les Indonésiens pratiquent le nettoyage ethnique et invitent de nombreux émigrants de Java ou Sumatra à s’installer sur l’île où ils sont prioritaires pour les emplois, les soins de santé et l’éducation. Malgré tout, les Papous essaient de garder leurs traditions: sur ce disque, les Lani Singers interprètent des chansons accompagnés d’ukulélé et de guitare, dans un style commun à tout le Pacifique.

Un article / un concert

Deux nouveaux cd (MZ1311 et MZ1312) de la série Gamelan of Central Java entrent dans nos collections. Un article de Daniel Patrick Quinn parle de la série et fait le point sur ces musiques.

Le 6 juin à Hasselt, concert d’artistes du lable Sublime Frequencies: Group Doueh et Omar Souleyman.

Instruments du monde: le sape

Dans les musiques du monde, les instruments utilisés sont de toutes formes et de toutes tailles. Leur diversité est immense, même  s’il est possible de les classer en grandes catégories comme cordophones, idiophones, etc. Je commence ici une nouvelle rubrique qui, je l’espère, grandira progressivement. Le premier instrument sur lequel je vais m’attarder vient de Bornéo: le sape.

Le sape (sapeh, sampet, sampeh…) est un luth traditionnel à cordes pincées ou frottées des peuples vivant le long des rivières du centre de Bornéo, souvent rassemblés sous le nom de Dayak, que ce soit à Sarawak (Malaisie) ou à Kalimantan (Indonésie).  Oblong, mince et à caisse plate  évidée prolongée d’un manche court, il est taillé dans une pièce de bois  qui peut atteindre plus d’un mètre. A l’origine, il était assez simple avec ses deux cordes et trois frettes, aujourd’hui le nombre de cordes peut monter jusque cinq. Au point de vue technique, une corde mène la mélodie, les autres marquent le rythme, créant une musique assez répétitive. Il est souvent décoré et sculpté avec des motifs traditionnels.

Instrument rituel, il accompagnait la transe mais il a évolué au cours du temps pour soutenir les danses et le divertissement. Aujourd’hui, il est souvent électrifié. Le répertoire comporte 35 pièces principales, inspirées des rêves, mais il s’agrandit aujourd’hui.

Le disque Masters of the Sarawakian sape (MY3149) est consacré uniquement au sape, électrique et acoustique, tel qu’il est joué de nos jours pour le divertissement à Sarawak par les artistes les plus connus. Il y a un extrait sur Sawaku. Music of Sarawak (MY3160) présentant une danse solo pour hommes des Orang Ulu et sur Bornéo: musiques des Dayaks et des Punans (MZ1172, également en téléchargement) qui inclut également des morceaux de Kalimantan (danse d’accueil des Bahau exécutée par huit femmes dansant autour des musiciens, musique de divertissement des Kelabit et pièce pour remercier les dieux après une chasse aux têtes des Kenyah).

An Anthology of South-East Asian Music: the Kenyah of Kalimantan (Indonesia) (MZ0075) est consacré aux Kenyah de Kalimantan qui utilisent le sape ou sampèq pour accompagner les danses d’hommes ou de femmes. La 13e partie de la série de Smithsonian Folkways, Music of Indonesia, Kalimantan strings (MZ0083, à télécharger) propose des enregistrements de sape de plusieurs peuples différents, les Kayan et à nouveau les Kenyah. Ils interprètent des airs pour danser (avec ou sans voix) et des airs populaires en duo.

Les photos des instruments viennent de la collection de Randy Raine-Reusch et montrent un ancien et un nouveau modèle.

Sur la platine (Février 2009-I)

Janvier a filé à toute vitesse, février aussi, et je me rends compte que je prends du retard dans cette rubrique mensuelle. Voici donc en quelques lignes les disques qui m’ont marqué récemment et dont certains mériteraient un commentaire bien plus détaillé. Pour certains de ces disques, des extraits sonores sont disponibles en cliquant sur la cote.

- Masters of the Sarawakian sape (MY3149): luth traditionnel de Sarawak (Bornéo / Malaisie) aux rythmes lancinants et envoûtants.

- Lula Côrtes e Zé Ramalho: Paêbiru (MH4115): composition de 1974 se voulant proche de la nature et des mythes anciens, au chant et rythmes ensorcelants. Un exemple de psychédélisme brésilien.

- Mary Hampton: My mother’s children (MQ1998): chansons néo-folk aux jolies histoires parfois un peu gothiques et pleines de sensualité. A suivre, tout comme le reste du label Navigator, malheureusement très mal distribué en Belgique.

Deux disques laotiens:

- Vongdonti Lao Deum: Dok Champa: mélodies du passé. Laos, Champassak (MX9965) et Laos: musique de l’ancienne cour de Luang Prabang (MX9327): musiques du sud et du nord du pays, jouées par des orchestres combinant percussions mélodiques et cordes, accompagnés de chant, que l’on peut rapprocher des traditions cambodgiennes et thaïlandaises.  Essentiel pour la discographie laotienne !

Deux compilations pour compléter la série des musiques psychédéliques africaines:

- African pearls: Guinée 70 – The discothèque years (ML2055): orchestres nationaux guinéens intégrant les influences occidentales et cubaines sur des rythmes mandingues.

- African pearls: Mali 70 – Electric Mali (ML5888): âge d’or de la musique malienne – les orchestres s’électrisent et modernisent le répertoire traditionnel bambara. Dansant et hypnotique !

Et en attendant les vacances qui sont encore bien lointaines, un petit avant-goût:

- Sayon Bamba: Mod’vakance (ML2190): chanson africaine actuelle, légère et dynamique mêlant instruments d’ici et d’ailleurs mais où les traditions guinéennes sont aisément reconnaissables. Rafraîchissant !

Par contre, si vous souhaitez vous replonger dans des ambiances plus sombres et nostalgiques, écoutez:

- Angelo Badalamenti: Twin Peaks. Season 2 music and more (YT9546): toujours aussi puissant et addictif !

Et pour plus de suggestions du genre, le parcours “100 ans de musiques de film” touche tout doucement à sa fin, la 10e partie sur les “nouveaux symphonismes” vient d’être mise en ligne. Rendez-vous le mois prochain pour le bonus, musiques de film et sonorités du monde, et très probablement le mois suivant pour un deuxième bonus (et oui, nous avons du mal à nous arrêter !).

Sur la platine (Décembre 2008 – I)

Encore un mois passé à toute vitesse, mais non sans quelques découvertes / confirmations:

Boom Pam: Puerto Rican nights (MA1471): ou si Dick Dale (et sa guitare surf) s’était aventuré dans les Balkans et en Méditerranée. Avec un bon gros son de tuba pour ponctuer le tout.

Tagaq: Auk/blood (MD3476): bientôt dans la Sélec 3, chant de gorge inuit contemporain. Album viscéral et aux ambiances fantomatiques.

Lydia Mendoza: The best of. La alondra de la frontera (MD9178): la reine de la musique tejano, aux sonoritésmexicaines un peu rétro.

Yom: New king of klezmer clarinet (MN8937): un pochette digne d’une star de rock ou de techno, un clin d’oeil en fait à la personnalité excentrique et extravagante du clarinettiste klezmer Naftule Brandwein.

Erwan Keravec: Urban pipes (MP2242): expérimentation sur les sons de la cornemuse, dévoilant toutes ses facettes.

Murat Aydemir: Murat Aydemir (MY8264): solo de tanbur, dans des compositions et dans l’interprétation de grands maîtres.

Deux albums montrant la vitalité du folk anglais actuel: Faustus: Faustus (MQ1783) et Spiers & Boden: Vagabond (MQ3919), tous deux sur l’excellent nouveau label Navigator. Nouvelle chanson traditionnelle anglaise.

Deux albums fantastiques pour la musique et pour les informations dans les livrets (et accessoirement pour leurs titres à rallonge): Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou: The vodoun effect 1972-1975. Funk & sato from Benin’s obscure labels (Analog Africa No.4) (MK4282): afro funk du Bénin basé sur des rythmes vaudous et Franco & le TPOK Jazz: Francophonic. Africa’s greatest. A retrospective vol. 1: 1953-1980 (MM6472): Franco et la rumba africaine dans toute sa splendeur.

Une mention spéciale pour le label japonais King Records: une importante collection d’enregistrements du monde existait déjà dans les collections de la Médiathèque; le label a réédité tous ces disques et propose une série de nouveautés. Une première partie de ces disques est en route vers les centres de prêt, une soixantaine d’autres suivront dans les prochains mois.

La déception du mois:

Calypso Rose: Calypso Rose (MF7705): annoncé comme le Buena Vista Social Club (aïe) du calypso, c’est finalement un album trop produit qui est bien plus reggae, ska ou soul que calypso.

Musique d’ailleurs

Hier soir, j’ai assisté à un concert aux sonorités assez bizarres, étranges (Zuiderpershuis, Anvers): Cho Mu Win interprétait de la musique des anciennes cours royales de Birmanie. Jouant de la harpe saung gauk (qui lors de l’accordage peut faire penser à la kora africaine – mais la comparaison s’arrête là), elle a chanté des mélodies traditionnelles ou laisser couler les notes de son instrument. Derrière elle, un musicien jouait des percussions, des tambours proches de ceux de l’Inde, un autre frappait sur une petite cymbale et une claquette en bois, un troisième accompagnait les airs à la flûte ou à la clarinette aux sons assez criards. La ponctuation des rythmes avait souvent l’air d’être mal placée, le chant et la flûte semblaient pleins de fausses notes, la clarinette couvrait les sonorités délicates de la harpe… et pourtant, ayant entendu des disques auparavant, c’est ainsi qu’est jouée cette musique traditionnelle. Ce sont juste nos oreilles qui ne comprennent pas ce qui se passe. Même les pas de la danseuses semblaient parfois inélégants, en hybride entre danse indienne et thaïlandaise. Mais pour qui ose se lancer dans cette aventure, il y en ressortira comblé, entièrement remué par les mélodies et les rythmes et se lancera à la découverte de la discographie (quelques suggestions): Musique d’art (MV3392), Myanmar: musiques du dedans et du dehors (MV3395, qui sera à nouveau bientôt disponible), Green tea leaf salad: flavors of burmese music (MV3396), Inle Myint Muang & Yi Yi Thant: Mahagita: harp and vocal music of Burma (MV3535, également en téléchargement). Si vous écoutez un de ces disques, je suis curieuse de votre réaction.

Lien 1: un clip de qualité assez médiocre et publicitaire

Une musique urbaine d’Indonésie: le kroncong

Vous avez sans doute déjà remarqué mon attirance pour les musiques du passé, pour les 78 tours, pour les musiques hawaïennes… Je vous propose ici un texte (en partie écrit il y a plusieurs années mais qui n’a jamais été édité) sur une musique populaire d’Indonésie, le kroncong. C’est en écrivant l’article sur Hawaï que mon attention a été attirée par “Miss Ninja” et sa chanson dans le style des îles mais qui est aussi du kroncong. Et ce n’est pas la seule “miss”… il y en a bien d’autres…

Le gamelan indonésien est bien connu en Occident depuis de nombreuses années mais il n’est pas représentatif de l’ensemble de la musique indonésienne. Ceci n’est pas étonnant quand on connaît l’immensité géographique et la diversité ethnique de l’Indonésie. Avec ses 13.600 îles et ses 360 groupes ethniques, l’Indonésie comporte la plus grande population de musulmans au monde. Les nombreuses incursions d’influences étrangères – l’hindouisme et le bouddhisme du 3e au 14e siècles, l’Islam du 11e au 15e siècles, les Portugais au 16e siècle, les Hollandais du 17e siècle à la Seconde guerre mondiale, et les courtes occupations britannique et japonaise – ont toutes laissé des héritages musicaux que l’on peut retrouver dans les différents styles.

Les origines du kroncong remontent à au moins 1880 mais les différents ingrédients qui l’ont nourri étaient déjà présents dès le 16e siècle, époque des comptoirs commerciaux des Portugais. Comme toutes les musiques urbaines, le kroncong est un syncrétisme, un hybride qui a été créé par des populations elles aussi hybrides. Les Portugais ont navigué de par les mers pour faire du commerce et ont installé en Indonésie des comptoirs. Ils ont apporté en même temps leurs instruments (des violons et autres instruments à cordes) et leurs mélodies. Le mélange de marins et d’esclaves portugais, africains, indiens et malais a créé un groupe spécifique d’Eurasiens lusophones qui se sont installés à Batavia (Jakarta) et ont épousé des Indonésiennes. A la fin du 19e siècle, ils s’étaient suffisamment intégrés à la vie locale pour être considérés comme indigènes. C’est ce groupe qui est à la base du kroncong.

Miss Eulis & Miss Jacoba

Au début du 20e siècle, lors des premiers enregistrements, c’est une musique de caractère rural. Dans les années 20, les trios de guitare, flûte et violon des origines se transforment en petits orchestres, comprenant en plus des instruments initiaux un piano, une trompette, un violoncelle, une clarinette, un banjo, une mandoline et d’autres instruments. Les artistes deviennent professionnels et le son devient urbain. Les nouveaux interprètes ne sont plus seulement eurasiens mais aussi indonésiens et indochinois, apportant leurs propres influences.

Dans les années 30, le kroncong est soumis à diverses influences, surtout grâce à la diffusion des 78 tours. La guitare hawaïenne et le tango argentin sont en vogue dans le monde entier et l’Indonésie ne fait pas exception. A cette époque, la plupart des interprètes de kroncong sont des femmes. Elles se font appeler “Miss ” : Miss Ninja, Miss Jacoba, Miss Louise… Elles interprètent du kroncong, du blues kroncong, du slowfox kroncong, des tangos, des valses et parfois un mélange de kroncong, de tango, de yodel et de chanson hawaïenne. Avec la propagation du son dans les films au début des années 30, le kroncong prend un autre départ. Il gagne en popularité grâce à son utilisation dans les films.

Gesang et son orchestre

Après la guerre, le son devient plus indonésien à cause de l’interdiction de toutes influences européennes pendant l’occupation japonaise. Ce qui a survécu est le kroncong le plus pauvre. Il est considéré comme politiquement correct par Sukarno (1949-1965) et est promu comme une forme d’art culturellement significative. Pendant son régime, le pays reste isolé des influences occidentales, permettant au kroncong de se développer comme une musique nationale à part entière.

Depuis la fin des années soixante, le public, les interprètes et les compositeurs sont devenus plus vieux et le répertoire a cessé de s’accroître. D’autres genres de musique comme le dangdut ou la pop rapportent plus de gloire et d’argent. Le kroncong continue cependant à être joué dans les night-clubs, les salles de concerts et dans les communautés rurales. Beaucoup de villages ont leurs propres musiciens et par conséquent il y a de nombreuses variations régionales. Mais aujourd’hui, des rappeurs indonésiens se sont emparés du style.

Bien que les instruments et le style de chant ont clairement des origines européennes, la progression des accords surprend l’oreille occidentale et ajoute aux chansons une atmosphère éthérée et troublante. La musique n’est que peu connue en Occident mais elle possède une douce beauté dans sa forme la plus simple.

Quelques références:

Kroncong. Early Indonesian music vol.1 (MZ0113) est le disque qui regroupe des enregistrements anciens, issus de 78 tours et qui fait chanter les “miss”. Malheureusement, les notes sont écrites en japonais…

Street music of Java (MZ1257) reprend des enregistrements de musiciens des rues, mêlant kroncong et autres styles traditionnels.

Sumatra : kroncong moritsko (MZ2228) dans l’excellente série du label Tradisom sur les traditions du monde ayant des origines portugaises propose des enregistrements récents (avec quelques exceptions) et un livret très complet en informations.

Gesang est le compositeur de nombreux morceaux célèbres, dont Bengawan solo. On le retrouve, ainsi que d’autres chanteuses comme Waldjinah, sur Gesang Kroncong Group: Bengawan solo (MZ0276) et sur Gesang: Bengawan solo. Lagu-lagu keroncong karya Gesang (MZ1680). Deux chanteuses connues sont Hetty Koes Endang et Waldjinah, déjà citée. Leur répertoire reprend des morceaux célèbres du kroncong mais également de la pop javanaise. Pour Waldjinah, je propose l’album Classical keroncong – Rindu malam (MZ2943) et pour Hetty Koes Endang, Keroncong pilihan (MZ2582) où elle est accompagnée de l’orchestre traditionnel Orkes Kroncong Bintang Jakarta. Ses autres productions oscillent entre du kroncong pop et de la pop dans le style le plus pur années 80, avec pleins de synthés. Chez les hommes, Toto Salmon est un chanteur reconnu. Son album Album emas keroncong (MZ2835) est un bon exemple de sa voix douce.

Et pour compléter cette discographie, n’oublions pas MZ0270, Mz0271, Mz0274, Mz0275 et Mz1244.

Lien 1: un article de Paul Vernon qui m’avait inspirée, et qui parle aussi des 78 tours

Lien 2: Kroncong Protol, ou le kroncong rap

Lien 3: le texte d’où viennent les photos (sauf Gesang, qui vient du livret du MZ1680)

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