Archive for the 'pays/Amérique du Nord' Category

Etats-Unis | Mongolie | Nouvelle-Guinée (Sur la platine – Juillet 2009 – I)

En ce début de mois de juillet, trois disques ont retenu mon attention pour diverses raisons. C’est à nouveau un voyage assez improbable dans l’histoire et dans des cultures fort différentes.

Etats-Unis

Banjo. An American five-string history, 1901-1956 (MA5213): ce disque a été compilé par Gérard De Smaele, grand spécialiste belge de l’instrument et consultant pour l’exposition “Banjo !” au MIM en 2003-2004. Plongeant dans les archives – l’enregistrement le plus ancien date de 1901 – il nous propose de revivre une partie de l’histoire des Etats-Unis. D’origine afro-américaine, le banjo à cinq cordes a été utilisé pour tous les types de répertoires, à la fois européens et africains, des salons où il est joué en style classique ou semi-classiques aux campagnes des Appalaches où il s’enracinera profondément. C’est là que se font les premiers “field recordings” par, entre autres, John et Alan Lomax mais aussi des enregistrements commerciaux, les firmes de disques y envoyant “talent scouts” et studios portables. Le disque s’arrête aux années 50, au début du folk revival qui sépare le monde des “anciens” de celui des “nouveaux”. Des notes très complètes accompagnent chaque morceau. Je vous conseille tout particulièrement Ladies on the steamboat de Richard Burnett où celui-ci, tout en jouant du banjo, imite le son de l’instrument à la voix.

Mongolie

Mongolie: chants et morin khuur (MY3934): ce n’est un secret pour personne, j’aime le chant de gorge et les musiques de Mongolie ou de Tuva. J’attends toujours avec impatience les nouveaux disques mais je suis de temps en temps bien déçue: la folklorisation et la virtuosité passent souvent par là et ne m’intéressent guère. Rien de tout cela dans ce très beau disque enregistré sur place et produit par Ocora (label de qualité): libérés du contrôle de l’époque communiste, les Mongols peuvent à nouveau se tourner vers des traditions anciennes et s’exprimer tels qu’ils le souhaitent. Chants diphoniques khöömii, chants longs urtiin duu, chants courts bogino duu et vièle morin khuur renvoient aux sons de la nature, aux grands espaces de la steppe.

Nouvelle-Guinée

Lani Singers: Ninalik ndawi (MZ2715): j’ai envie de parler de ce disque moins pour la musique – tout à fait agréable par ailleurs – que pour le sujet qu’il aborde. Les Lani Singers sont originaires de Nouvelle-Guinée occidentale, la partie de l’île sous contrôle indonésien. Avec ce disque, il veulent exprimer le désir de liberté d’un peuple qui est forcé de vivre au second rang. Les Indonésiens pratiquent le nettoyage ethnique et invitent de nombreux émigrants de Java ou Sumatra à s’installer sur l’île où ils sont prioritaires pour les emplois, les soins de santé et l’éducation. Malgré tout, les Papous essaient de garder leurs traditions: sur ce disque, les Lani Singers interprètent des chansons accompagnés d’ukulélé et de guitare, dans un style commun à tout le Pacifique.

Sur la platine (Décembre 2008 – I)

Encore un mois passé à toute vitesse, mais non sans quelques découvertes / confirmations:

Boom Pam: Puerto Rican nights (MA1471): ou si Dick Dale (et sa guitare surf) s’était aventuré dans les Balkans et en Méditerranée. Avec un bon gros son de tuba pour ponctuer le tout.

Tagaq: Auk/blood (MD3476): bientôt dans la Sélec 3, chant de gorge inuit contemporain. Album viscéral et aux ambiances fantomatiques.

Lydia Mendoza: The best of. La alondra de la frontera (MD9178): la reine de la musique tejano, aux sonoritésmexicaines un peu rétro.

Yom: New king of klezmer clarinet (MN8937): un pochette digne d’une star de rock ou de techno, un clin d’oeil en fait à la personnalité excentrique et extravagante du clarinettiste klezmer Naftule Brandwein.

Erwan Keravec: Urban pipes (MP2242): expérimentation sur les sons de la cornemuse, dévoilant toutes ses facettes.

Murat Aydemir: Murat Aydemir (MY8264): solo de tanbur, dans des compositions et dans l’interprétation de grands maîtres.

Deux albums montrant la vitalité du folk anglais actuel: Faustus: Faustus (MQ1783) et Spiers & Boden: Vagabond (MQ3919), tous deux sur l’excellent nouveau label Navigator. Nouvelle chanson traditionnelle anglaise.

Deux albums fantastiques pour la musique et pour les informations dans les livrets (et accessoirement pour leurs titres à rallonge): Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou: The vodoun effect 1972-1975. Funk & sato from Benin’s obscure labels (Analog Africa No.4) (MK4282): afro funk du Bénin basé sur des rythmes vaudous et Franco & le TPOK Jazz: Francophonic. Africa’s greatest. A retrospective vol. 1: 1953-1980 (MM6472): Franco et la rumba africaine dans toute sa splendeur.

Une mention spéciale pour le label japonais King Records: une importante collection d’enregistrements du monde existait déjà dans les collections de la Médiathèque; le label a réédité tous ces disques et propose une série de nouveautés. Une première partie de ces disques est en route vers les centres de prêt, une soixantaine d’autres suivront dans les prochains mois.

La déception du mois:

Calypso Rose: Calypso Rose (MF7705): annoncé comme le Buena Vista Social Club (aïe) du calypso, c’est finalement un album trop produit qui est bien plus reggae, ska ou soul que calypso.

Sur la platine (Novembre 2008 – I)

Sprigs of time. 78s from the EMI archive (MA0213): encore un cd rééditant des 78 tours. Très belle présentation, tour du monde dans les musiques du monde au début du 20e siècle mais peu d’informations sur les plages. Premier d’une série à venir (voir ici)

Charlie Haden, Family & Friends: Rambling boy (MB4891): saviez-vous que cet artiste jazz était issu d’une famille de musiciens old time / hillbilly proche de la famille Carter, qui faisait des émissions radio dans les années 30-40 ? Ce disque rend hommage à ce répertoire, avec en prime une des toutes premières interprétations du petit Charlie comme “yodelling cowboy” !

Hank Williams: Bd rock: Hank Williams 1947/52 (MC9323): une manière agréable de (re)découvrir ce grand artiste via une bande dessinée et deux disques.

Arriba la cumbia ! (MI5130): mix de cumbias anciennes et actuelles, qui mène irrésistiblement vers la piste de danse. Rien de très original mais bonne introduction pour ce “next big thing”.

Les Frères Guissé: Yakaar (MM1657): guitares et chansons africaines en toute simplicité, pleines de force et sérénité malgré les sujets abordés (le malheur, la souffrance).

Deux disques “ethniques”, “difficiles” (?!?):

Zegar Zivi: Heiap hubu (MU6195): traditions des Serbes de Dalmatie (en Croatie), enregistré par un Anglais (Andrew Cronshaw) qui a été fasciné par ces chants a cappella, en polyphonie ou en solo et par les sons du diple, une flûte de bergers qui sonne comme une cornemuse. A noter aussi une sorte de vibrato-yodel assez impressionnant ! Préservation de traditions en voie de disparition.

Le baglama des yayla (MY8073): petit luth baglama des anciens nomades turcs, qui renvoie au monde des steppes de l’Asie Centrale. Airs simples, répétitifs mais prenants.

La déception:

Huun-Huur-Tu feat. Sainkho: Mother-earth ! Father-sky ! (MU4969): chants de gorge, instruments traditionnels mais une impression de trop: trop d’effets, trop de production, trop moderne et pas dans le sens d’un groupe comme Hanggai.

Comme à chaque fois, bientôt disponible en centre de prêt !

Sur la platine (Septembre 2008 – II)

Sir Victor Uwaifo: Guitar-boy superstar 1970-76 (ML9860): encore du psychédélisme africain,  interprété avec brio.

Hank Williams III: Straight to hell (MC9361): le personnage est sans doute plus fascinant que la musique, quoique… les références à Hank Williams, son grand-père, sont nombreuses autant dans les chansons que dans le look. Hillbilly ou hellbilly ? Bonne dose de noirceur, de rébellion et d’arrogance.

Alpcologne: Alpha (MN1170): quel exploit d’enregistrer tout un disque aux cors des Alpes, instruments qui ne sont pas renommés pour leur versatilité ! Dommage que la musique soit accompagnée de vocaux très jazz.

Trois disques aux ambiances mystérieuses, lancinantes, hallucinées:

Kayan Kalhor and Brooklyn Rider: Silent city (MX1428): voyage musical entre orient (kemanche, musiques perses et kurdes) et occident (quatuor à cordes classique contemporain), hynotique dans le morceau Silent City, commémorant le massacre à l’arme chimique du village irakien de Halabja par Saddam Hussein. Avec une mention pour Niyaz: Nine Heavens (MX1581): rencontre entre traditions iraniennes, ourdoues et du Khorassan et musique électronique. Album plein d’ampleur.

Max Richter: Valse avec Bachir (YV1590): score envoûtant, pillant deci-delà Bach ou Nyman, proche parfois du sound design.

Tomandandy: The Strangers (YS8249): score pour film d’horreur, essentiellement électronique, obsédant, chtonien, aux ambiances qui hantent et oppressent.

Sur la platine (Septembre 2008- I)

A écouter en ce début de mois de septembre:

Hans Zimmer & James Newton Howard – The dark knight (YD1500): le film est magnifique, la musique l’est tout autant, les envolées symphoniques largement atonales de Hans Zimmer (toujours aussi reconnaissable) se mariant très bien aux images sombres, les passages légèrement plus joyeux de James Newton Howard s’associant quant à eux au personnage a priori plus positif du “white knight”, le juge Harvey Dent.

George Kuo – O ke aumoe (MZ6866): steel guitar légère et aérienne, à déguster avec un cocktail, pour faire revenir le soleil.

Hillbilly bop, boogie & the honky tonk blues, volume three 1954-1955 (MA5924): troisième de la série déjà, mais toujours aussi dansant ! Répertoire pas très connu mais préfigurant le rock’n'roll.

The Sacred Shakers – The Sacred Shakers (MC4125): classiques de la country gospel blanche américaine infusés de rythmes honky tonk et rockabilly.  Excellent album, le compagnon idéal du précédent.

A éviter: quelques disques typiques de la “world” au sens péjoratif du terme:

N’Faly Kouyaté and Dunyakan – Tunya (ML2763): qu’attendre d’un disque où l’artiste est présenté comme rapper, dans une ambiance très soleil et vacances ? pas grand chose donc à part une afropop sans aucune référence à la musique des griots (bien que N’Faly Kouyaté, Guinéen d’origine, joue de la kora) et interprétée avec des musiciens européens qui s’essaient à la musique africaine. Désolant, et pourtant ça plaît.

Ce groupe se retrouve aussi sur la compilation Globo Musica ! World music from Belgium (MN3502), qui n’offre pas un panorama passionnant. Artistes africains, des Balkans et d’Amérique du Sud (le reste du monde n’intéresse personne en musique, c’est bien connu), pour des compositions plus ou moins traditionnelles et des fusions pas vraiment réussies. L’argument de  vente de l’objet, c’est: “Avec contenu tactile et olfactif !”, avec une feuille de gingko séchée, donc, et un petit commentaire néo hippie de rigueur: “[le gingko] est devenu un symbole de vie, de la continuité se jouant du temps. Une image de sagesse simple et forte, traversant paisiblement un monde en mutation.” Je suis peut-être un peu dure mais j’ai beaucoup de mal avec ce genre de discours (et de musique).

Mediterraneo (MA0211): livre-cd au packaging attrayant, qui fait de la publicité pour les “Classic International Cruises” (avec bon de réduction et description des bateaux de la flotte) et qui se veut le compagnon idéal de cette croisère, faisant office de guide de voyage mais aussi, entre autres choses, de guide santé (liste des aliments bénéfiques à notre santé). N’essayez pas de lire le livret: le texte a été traduit dans un anglais particulièrement tarabiscoté et incompréhensible. Et la musique me direz-vous ? Et bien, si vous voulez écouter quatre disques de musique fortement arrangée et métissée pour plaire à toutes les oreilles, libre à vous. Moi, je vais voir ailleurs !

Tous ces disques seront bientôt disponibles dans les centres de prêt.

100 ans de musiques de film: 3. L’après-guerre aux Etats-Unis: années 50-60

Et voilà, la troisième partie du travail consacré aux musiques de film est sur le site de la Médiathèque, ainsi qu’un top 10 de Meredith Monk.

En attendant, j’écoute la musique d’Akira pour la 4e partie consacrée aux films d’animation.

Country

La country actuelle est-elle assez représentée à la Médiathèque ? J’ai un doute en lisant cet article sur Pitchfork qui rassemble quelques artistes, jeunes et vieux, qui ont sorti des disques dernièrement. Sur les 6 disques cités, il n’y a que celui de Porter Wagoner qui est en rayon. Merle Haggard ne rencontre pas énormément de succès ici et Tom Paley (plutôt folk) n’existe qu’en LP. Alan Jackson est plutôt demandé, mais j’ai toujours trouvé sa country extrêmement commerciale.

Qu’en pensez-vous ? Faut-il plus de country ? Et comment faire un choix dans des sorties certes pléthoriques mais peu diffusées en Europe, en tous cas par les distributeurs habituels ? Faut-il des disques de Miranda Lambert, Ashton Shepherd, Julie Roberts, ces nouvelles stars de la country ? Laissez vos commentaires et suggestions !

Dengue fever

Si vous aimez Os Mutantes ou la série Ethiopiques, vous aimerez très probablement Dengue Fever (leur page myspace est ici). Vous les avez même peut-être déjà entendus dans le film de Jim Jarmusch, Broken Flowers ou dans la saison 2 de Weeds.

Au Cambodge, dans les années 60 et 70, la musique pop était très populaire. Le pays se voulait moderne et les chanteurs étaient influencés par les hits américains ou français. Les stars du moment étaient Sinn Sisamouth et Ros Sereysothea. Et puis le 17 avril 1975, les Khmers Rouges prennent la capitale Phnom Penh. Commencent alors plusieurs années de génocide du peuple, en commençant par les intellectuels, y compris les artistes.

(D’autres liens pour Sinn Sisamouth ici (biographie sur Wikipédia), ici (sur ses derniers jours) et ici (biographie et chansons), et pour Ros Sereysothea: ici (biographie sur Wikipédia) et ici (biographie et chansons).

Mais revenons à Dengue Fever: après un voyage au Cambodge, Ethan Holtzman a ramené des cassettes de musique des années 60-70. Avec son frère Zac, ils vont à la recherche dans la communauté khmère de Long Beach à Los Angeles d’une chanteuse qui pourrait comprendre et chanter les chansons. Ils enregistrent un premier album avec Chhom Nimol, comprenant surtout des covers de hits cambodgiens de l’époque mais ils s’inspirent aussi de l’Ethiopie des années 60-70 (voir le superbe morceau Ethanopium). Dans leur deuxième album, Escape from the dragon house, ils continuent sur leur lancée cambodgienne et commencent à composer leurs propres morceaux toujours chantés en Cambodgien.

Leur dernier album en date, Venus on earth a toujours des sonorités cambodgiennes mais ce ne sont plus des reprises. La musique sonne un peu psychédélique, rétro, avec de forts accents asiatiques et Chhom Nimol est magnifique avec sa voix douce et un peu nasale. Tiger phone card est une référence aux duos de Sisamouth et Sereysothea, modernisant la conversation téléphonique en échange de mails. (Et aurait pu apparaître dans la rubrique “There’s a song in my head”!)

J’aurais aimé ajouter à ce post quelques photos de leur performance au Womex à Séville en octobre passé, un des concerts de l’année pour moi mais elles ont mystérieusement disparu de mon disque dur (argh) !

There’s a song in my head (I): “Lovesick blues”

Cela vous arrive-t’il aussi souvent d’avoir une chanson dans la tête et de ne pas pouvoir vous en débarrasser ? Chez moi, c’est fréquent. Voici donc une rubrique qui parle de ça (même si j’omettrai de parler des pires, du genre de Boys boys boys de Sabrina).

La chanson qui traîne dans ma tête cette semaine est un vieux morceau country/blues, Lovesick Blues, composé en 1922 par Irving Mills pour les paroles et Cliff Friend, un pianiste de vaudeville, pour la musique. Elsie Clark enregistra une première version pour Okeh fin 1922, Emmet Miller fit une première version en 1925, en yodelant, Bertha Chippie Hill le suivit en 1927, puis Emmett Miller grava une seconde version en 1928. C’est celle-là que j’ai écoutée récemment et qui m’a rappelée celle de Hank Williams, enregistrée en 1948 et fortement inspirée de la version de Rex Griffin de 1939. Le Lovesick blues de Hank Williams sera le plus gros succès country de l’année. Aahhh la voix grave de Hank Williams !!! (lien youtube ici)

Toutes ces informations, je les ai trouvées dans le livre de Nick Tosches, Country, texte rempli de références, passant souvent d’un sujet à l’autre, mais essentiellement sur les origines de la musique country (sur “les zones obscures”) et ses influences sur le rock’n'roll.


Lovesick Blues

by Irving Mills and Cliff Friend

I got a feelin’ called the blues,
Since my baby said good-bye
Lawd I don’t know what l’ll do
All I do is sit and sigh
That last long day she said goodbye
Well Lawd, I thought I would cry
She’d do me, she’d do you,
She’s got that kind of lovin’
Lawd, I love to hear her
When she calls me sweet daddy

Such a beautiful dream
I hate to think it’s all over
I lost my heart it seems
I’ve grown so used to you somehow
But I’m nobody’s sugar daddy now
And I’m lonesome, I got the lovesick blues

I’m in love, I’m in love with a beautiful gal
That’s whats the matter with me
I’m in love, I’m in love with a beautiful gal
But she don’t care about me

Lawd I tried and tried to keep her satisfied
But she just wouldn’t stay
So now that she is leavin’
This is all I say…
©1922 Mills Music, Inc (ASCAP)

Folkstreams

Cover Image

En manque de documentaires sur les musiques traditionnelles, surtout américaines ? Une adresse: Folkstreams. On y trouve des films d’Alan Lomax ou de Pete Seeger, des films sur la musique cajun, gospel ou old time, des films sur les communautés étrangères aux Etats-Unis, des portraits…

Indispensable !


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