Archive for the 'musique/film' Category

Film noir music

Crimes, pluie battante, bars enfumés, silhouettes menaçantes, revolvers, détectives en impers, chanteuses sensuelles en robe de soirée, tous des éléments qui créent l’ambiance des films noirs. Et comme musique ? Du jazz, assurément, direz-vous… Et non ! Les années 40, l’âge d’or du film noir, connaissent encore trop la ségrégation et les grands patrons des compagnies de cinéma ont à leur disposition une armada de compositeurs dont beaucoup ont des origines européennes. Miklos Rozsa, Max Steiner, Franz Waxman s’inspirent du romantisme européen du 19e siècle, avec des touches d’impressionnisme ou de la vigueur toute wagnérienne, et plus tard des dissonances et des atonalités modernes.

En contraste avec ces scores, chaque film ou presque comporte des scènes tournées dans un nightclub, où diverses chanteuses interprètent les chansons populaires du moment ou des standards du jazz (en prenant soin le plus souvent de ne pas montrer dans la même image le musicien ou chanteur noir et les acteurs blancs !).

La vie d’un compositeur à cette époque n’était pas facile: les échéances était fort rapprochées, trois semaines étaient une moyenne pour créer une musique et il n’est pas étonnant que beaucoup de partitions se ressemblent. Malgré cela, quelques compositions sortent vraiment du lot, avec des thèmes originaux et l’utilisation des instruments adéquats (notamment des cuivres) aux moments clés. Une bonne connaissance des techniques de composition faisait également des miracles dans des délais aussi courts.

A la fin des années 50, le style de musique commence à changer, le classicisme est abandonné au profit d’autres musiques, comme les rythmes afro-cubains dans Touch of Evil ou finalement, le jazz dans Ascenseur pour l’échafaud.

La discographie du film noir n’est pas très importante: trois compilations font un tour d’ensemble de la question mais les scores de films uniques sont quasi inexistants en cd. Une sélection:

  • Adolph Deutsch: The maltese falcon and other classic film scores, contenant le score de The Maltese Falcon (1941) composé par Adolph Deutsch, surtout connu pour sa musique de Some like it hot de Billy Wilder. Compositeur lié à la Warner entre 1937 et 1945, Adolph Deutsch créa pour Le faucon maltais un score subtil et mystérieux, créant des ambiances avec les instruments à vent. Un extrait, avec 30 secondes de musique à la fin de la séquence:

  • Miklos Rozsa: Spellbound (1945) avec le son bizarre du theremin (ici dans un enregistrement moderne)

  • Franz Waxman: Sunset Boulevard, (1950): une des meilleures partitions de Franz Waxman, qui lui valut l’Oscar de la meilleure musique. Waxman venait de rejoindre la Paramount. Il composa une musique qui s’appuyait fortement sur des leitmotivs, chaque personnage avait son thème.

  • Henri Mancini: Touch of evil (1958): Henri Mancini s’inspire des rythmes afro-cubains, de musique mexicaine, de rock’n'roll, créant une ambiance tout à fait différente, proche du jazz. En exemple: la scène d’ouverture où Orson Welles mélange la musique d’Henri Mancini aux bruits de la rue:

Et pour terminer, une chanson, Blue gardenia par Nat King Cole, dans le film du même nom:

World Sountrack Awards 2009

Il n’y a pas que les musiques du monde dans la vie, il y a aussi les musiques de film (entre plein d’autres choses !).

Le festival du film de Gand a toujours consacré une large partie de son programme aux musiques qu’on entend dans les films, avec des invités prestigieux tels Shigeru Umebayashi cette année (un billet à son sujet suivra), Michael Danna, Angelo Badalamenti et bien d’autres les années précédentes. Chaque année, il y a des concerts mais aussi des prix décernés par la World Soundtrack Academy.

Le palmarès de cette année:

Alexandre Desplat a été particulièrement prolifique cette année, composant score sur score, et tous de très bonne qualité. Et comme disent certains, vu qu’il est le compositeur pour Twilight – New Moon (dont le score sortira fin novembre), il recevra probablement le prix du public l’année prochaine. Je ne me souviens pas du score de Benjamin Button mais j’ai été charmée par celui de Coco avant Chanel, très délicat et élégant.

Sur la platine (Février 2009-I)

Janvier a filé à toute vitesse, février aussi, et je me rends compte que je prends du retard dans cette rubrique mensuelle. Voici donc en quelques lignes les disques qui m’ont marqué récemment et dont certains mériteraient un commentaire bien plus détaillé. Pour certains de ces disques, des extraits sonores sont disponibles en cliquant sur la cote.

- Masters of the Sarawakian sape (MY3149): luth traditionnel de Sarawak (Bornéo / Malaisie) aux rythmes lancinants et envoûtants.

- Lula Côrtes e Zé Ramalho: Paêbiru (MH4115): composition de 1974 se voulant proche de la nature et des mythes anciens, au chant et rythmes ensorcelants. Un exemple de psychédélisme brésilien.

- Mary Hampton: My mother’s children (MQ1998): chansons néo-folk aux jolies histoires parfois un peu gothiques et pleines de sensualité. A suivre, tout comme le reste du label Navigator, malheureusement très mal distribué en Belgique.

Deux disques laotiens:

- Vongdonti Lao Deum: Dok Champa: mélodies du passé. Laos, Champassak (MX9965) et Laos: musique de l’ancienne cour de Luang Prabang (MX9327): musiques du sud et du nord du pays, jouées par des orchestres combinant percussions mélodiques et cordes, accompagnés de chant, que l’on peut rapprocher des traditions cambodgiennes et thaïlandaises.  Essentiel pour la discographie laotienne !

Deux compilations pour compléter la série des musiques psychédéliques africaines:

- African pearls: Guinée 70 – The discothèque years (ML2055): orchestres nationaux guinéens intégrant les influences occidentales et cubaines sur des rythmes mandingues.

- African pearls: Mali 70 – Electric Mali (ML5888): âge d’or de la musique malienne – les orchestres s’électrisent et modernisent le répertoire traditionnel bambara. Dansant et hypnotique !

Et en attendant les vacances qui sont encore bien lointaines, un petit avant-goût:

- Sayon Bamba: Mod’vakance (ML2190): chanson africaine actuelle, légère et dynamique mêlant instruments d’ici et d’ailleurs mais où les traditions guinéennes sont aisément reconnaissables. Rafraîchissant !

Par contre, si vous souhaitez vous replonger dans des ambiances plus sombres et nostalgiques, écoutez:

- Angelo Badalamenti: Twin Peaks. Season 2 music and more (YT9546): toujours aussi puissant et addictif !

Et pour plus de suggestions du genre, le parcours “100 ans de musiques de film” touche tout doucement à sa fin, la 10e partie sur les “nouveaux symphonismes” vient d’être mise en ligne. Rendez-vous le mois prochain pour le bonus, musiques de film et sonorités du monde, et très probablement le mois suivant pour un deuxième bonus (et oui, nous avons du mal à nous arrêter !).

Sur la platine (Septembre 2008 – II)

Sir Victor Uwaifo: Guitar-boy superstar 1970-76 (ML9860): encore du psychédélisme africain,  interprété avec brio.

Hank Williams III: Straight to hell (MC9361): le personnage est sans doute plus fascinant que la musique, quoique… les références à Hank Williams, son grand-père, sont nombreuses autant dans les chansons que dans le look. Hillbilly ou hellbilly ? Bonne dose de noirceur, de rébellion et d’arrogance.

Alpcologne: Alpha (MN1170): quel exploit d’enregistrer tout un disque aux cors des Alpes, instruments qui ne sont pas renommés pour leur versatilité ! Dommage que la musique soit accompagnée de vocaux très jazz.

Trois disques aux ambiances mystérieuses, lancinantes, hallucinées:

Kayan Kalhor and Brooklyn Rider: Silent city (MX1428): voyage musical entre orient (kemanche, musiques perses et kurdes) et occident (quatuor à cordes classique contemporain), hynotique dans le morceau Silent City, commémorant le massacre à l’arme chimique du village irakien de Halabja par Saddam Hussein. Avec une mention pour Niyaz: Nine Heavens (MX1581): rencontre entre traditions iraniennes, ourdoues et du Khorassan et musique électronique. Album plein d’ampleur.

Max Richter: Valse avec Bachir (YV1590): score envoûtant, pillant deci-delà Bach ou Nyman, proche parfois du sound design.

Tomandandy: The Strangers (YS8249): score pour film d’horreur, essentiellement électronique, obsédant, chtonien, aux ambiances qui hantent et oppressent.

Sur la platine (Septembre 2008- I)

A écouter en ce début de mois de septembre:

Hans Zimmer & James Newton Howard – The dark knight (YD1500): le film est magnifique, la musique l’est tout autant, les envolées symphoniques largement atonales de Hans Zimmer (toujours aussi reconnaissable) se mariant très bien aux images sombres, les passages légèrement plus joyeux de James Newton Howard s’associant quant à eux au personnage a priori plus positif du “white knight”, le juge Harvey Dent.

George Kuo – O ke aumoe (MZ6866): steel guitar légère et aérienne, à déguster avec un cocktail, pour faire revenir le soleil.

Hillbilly bop, boogie & the honky tonk blues, volume three 1954-1955 (MA5924): troisième de la série déjà, mais toujours aussi dansant ! Répertoire pas très connu mais préfigurant le rock’n'roll.

The Sacred Shakers – The Sacred Shakers (MC4125): classiques de la country gospel blanche américaine infusés de rythmes honky tonk et rockabilly.  Excellent album, le compagnon idéal du précédent.

A éviter: quelques disques typiques de la “world” au sens péjoratif du terme:

N’Faly Kouyaté and Dunyakan – Tunya (ML2763): qu’attendre d’un disque où l’artiste est présenté comme rapper, dans une ambiance très soleil et vacances ? pas grand chose donc à part une afropop sans aucune référence à la musique des griots (bien que N’Faly Kouyaté, Guinéen d’origine, joue de la kora) et interprétée avec des musiciens européens qui s’essaient à la musique africaine. Désolant, et pourtant ça plaît.

Ce groupe se retrouve aussi sur la compilation Globo Musica ! World music from Belgium (MN3502), qui n’offre pas un panorama passionnant. Artistes africains, des Balkans et d’Amérique du Sud (le reste du monde n’intéresse personne en musique, c’est bien connu), pour des compositions plus ou moins traditionnelles et des fusions pas vraiment réussies. L’argument de  vente de l’objet, c’est: “Avec contenu tactile et olfactif !”, avec une feuille de gingko séchée, donc, et un petit commentaire néo hippie de rigueur: “[le gingko] est devenu un symbole de vie, de la continuité se jouant du temps. Une image de sagesse simple et forte, traversant paisiblement un monde en mutation.” Je suis peut-être un peu dure mais j’ai beaucoup de mal avec ce genre de discours (et de musique).

Mediterraneo (MA0211): livre-cd au packaging attrayant, qui fait de la publicité pour les “Classic International Cruises” (avec bon de réduction et description des bateaux de la flotte) et qui se veut le compagnon idéal de cette croisère, faisant office de guide de voyage mais aussi, entre autres choses, de guide santé (liste des aliments bénéfiques à notre santé). N’essayez pas de lire le livret: le texte a été traduit dans un anglais particulièrement tarabiscoté et incompréhensible. Et la musique me direz-vous ? Et bien, si vous voulez écouter quatre disques de musique fortement arrangée et métissée pour plaire à toutes les oreilles, libre à vous. Moi, je vais voir ailleurs !

Tous ces disques seront bientôt disponibles dans les centres de prêt.

100 ans de musiques de film: 3. L’après-guerre aux Etats-Unis: années 50-60

Et voilà, la troisième partie du travail consacré aux musiques de film est sur le site de la Médiathèque, ainsi qu’un top 10 de Meredith Monk.

En attendant, j’écoute la musique d’Akira pour la 4e partie consacrée aux films d’animation.

100 ans de musiques de film: 2. l’âge d’or: années 30-40

La deuxième partie du texte consacré aux musiques de film est en ligne sur le site de la Médiathèque.

Ainsi qu’une playlist de Claire Diterzi.

100 ans de musiques de film

Cela fait cent ans que Camille Saint-Saëns a composé la première musique de film, L’assassinat du duc de Guise. Pour fêter ça, la Médiathèque propose une série en 10 épisodes (+1) sur les différentes époques et styles de ce genre souvent boudé. La première partie sur le cinéma muet est en ligne.

En même temps, des personnalités nous proposeront toute l’année leur playlist: Lalo Schiffrin est le premier !


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