Ethiopie – Panama – Zanzibar (Sur la platine – Juin 2009)

Un voyage un peu bizarre, me direz-vous, mais ce sont de ces pays là que viennent les trois coups de coeur de la semaine. (J’en ai eu d’autres durant mon absence sur ce blog, mais ceux-ci me poussent vraiment à écrire à nouveau – ainsi qu’un moment de calme relatif dans mon travail !)

Ethiopie

Ililta ! New Ethiopian dance music (MK9733): je vous garantis que si vous écoutez ce disque, vous ne pourrez rester immobiles ! La série de disques Ethiopiques était essentiellement consacrée aux musiciens éthiopiens des années 60 et 70 mais la venue au pouvoir d’un gouvernement militaire en 1975 arrêta net la grande période des orchestres. Dans les années 90, peu de choses intéressantes nous sont parvenues: les stars avaient émigré ou étaient décédées, et surtout, les synthétiseurs cheap ont déferlé, nous donnant des morceaux pop trop ou mal produits. Cependant, depuis quelques années, on constate un renouveau: de jeunes musiciens se tournent vers les rythmes et instruments traditionnels pour produire des morceaux très dansants et aux beats entraînants. Les synthés n’ont pas disparu mais l’ensemble est bien plus excitant qu’avant !

Panama

Panama ! 2: Latin sounds, cumbia tropical & calypso funk on the Isthmus 1967-77 (MF9821): deuxième volume que le très bon label Soundway consacre aux musiques de Panama dans les années 60-70. C’est une édition très soignée avec un livret très complet et de belles photos d’archives. Quant à la musique, c’est également un de ces disques qui donne envie de danser ! On oublie trop souvent que les musiques latino ne se limitent pas à la salsa ! De nombreux genres existent, avec des nuances régionales: la cumbia par exemple est essentiellement colombienne mais s’est diffusée dans les pays voisins. Panama est au centre de toutes les influences: au sud, la Colombie avec vallenato et cumbia, à l’est, les Antilles avec les rythmes cubains, le mento et le calypso, au nord, le Mexique, avec ses boleros et marches militaires, tandis que le jazz et le gospel arrivaient depuis le port de la Nouvelle-Orléans. Tous ces genres sont se sont mêlés et ont été empruntés par les groupes locaux qui sont au sommet de leur créativité dans les années 60-70. S’y ajoutent des influences locales, des musiques de l’intérieur du pays, la “musica tipica”, caractérisée surtout par les percussions d’origine afro-américaine et par l’accordéon.

Zanzibar

Mohamed Ilyas with Nyota Zameremeta Orchestra of Zanzibar, Taarab (MM4215): ce disque n’est peut-être pas aussi dansant que les deux précédents mais le taraab a le pouvoir d’emporter, de faire voyager vers d’autres mondes, entre les grands orchestres égyptiens et les musiques de Bollywood. A l’origine musique de mariage, le taarab est joué tout le long de la côte de Tanzanie et du Kenya, par les peuples Swahili musulmans. Rythmes des percussions et cordes prennent une place importante dans les sonorités du style. En complément à la série Zanzibara, ce disque présente Mohamed Ilyas, une des personnalités importantes du genre. Sa voix est claire et les modulations précises; il sait comment attirer l’attention d’un public et l’émerveiller, comment traduire les émotions.

Ces disques seront très bientôt disponibles en centre de prêt.

Continental Superstar

Cela fait quelques mois déjà que Continental Superstar (Musée du Cinquantenaire, octobre 2008 – mars 2009) est terminé mais voici quelques photos et commentaires sur cette exposition qui montrait un certain nombre d’orgues mécaniques construites pour accompagner les danses de salon. Elles étaient jouées tous les jours et le public était libre de danser dans l’espace aménagé à cet-effet. (Entretemps, j’ai appris que les orgues étaient démontées et mises dans un dépôt du musée, sans qu’il n’y aie de projet de les montrer quelque part. Dommage !)

Orgue de kermesse “L’Alexandre”, Louis Hooghuys, Grammont, 1907

Revenons quelques décennies en arrière à une époque où nos grands-parents allaient danser le dimanche après-midi sur les airs à la mode… Orchestres en tous genres rythmaient les pas de tango, de valse ou de fox trot mais c’était aussi l’époque des orgues mécaniques qui remplaçaient à moindre coût les musiciens. La Belgique, le sud des Pays-Bas et le nord de la France étaient des fabricants reconnus dans le monde entier pour ce genre de machines, allant des plus petites proches des orgues de Barbarie aux plus grandes reproduisant un orchestre entier. Continue reading ‘Continental Superstar’

Un article / un concert

Deux nouveaux cd (MZ1311 et MZ1312) de la série Gamelan of Central Java entrent dans nos collections. Un article de Daniel Patrick Quinn parle de la série et fait le point sur ces musiques.

Le 6 juin à Hasselt, concert d’artistes du lable Sublime Frequencies: Group Doueh et Omar Souleyman.

Interruption

Je suis désolée, je n’ai vraiment pas le temps d’écrire sur ce blog pour le moment… Trop de travail !

J’espère pouvoir recommencer d’ici peu. En attendant, je vous souhaite plein de découvertes musicales.

Instruments du monde: le sape

Dans les musiques du monde, les instruments utilisés sont de toutes formes et de toutes tailles. Leur diversité est immense, même  s’il est possible de les classer en grandes catégories comme cordophones, idiophones, etc. Je commence ici une nouvelle rubrique qui, je l’espère, grandira progressivement. Le premier instrument sur lequel je vais m’attarder vient de Bornéo: le sape.

Le sape (sapeh, sampet, sampeh…) est un luth traditionnel à cordes pincées ou frottées des peuples vivant le long des rivières du centre de Bornéo, souvent rassemblés sous le nom de Dayak, que ce soit à Sarawak (Malaisie) ou à Kalimantan (Indonésie).  Oblong, mince et à caisse plate  évidée prolongée d’un manche court, il est taillé dans une pièce de bois  qui peut atteindre plus d’un mètre. A l’origine, il était assez simple avec ses deux cordes et trois frettes, aujourd’hui le nombre de cordes peut monter jusque cinq. Au point de vue technique, une corde mène la mélodie, les autres marquent le rythme, créant une musique assez répétitive. Il est souvent décoré et sculpté avec des motifs traditionnels.

Instrument rituel, il accompagnait la transe mais il a évolué au cours du temps pour soutenir les danses et le divertissement. Aujourd’hui, il est souvent électrifié. Le répertoire comporte 35 pièces principales, inspirées des rêves, mais il s’agrandit aujourd’hui.

Le disque Masters of the Sarawakian sape (MY3149) est consacré uniquement au sape, électrique et acoustique, tel qu’il est joué de nos jours pour le divertissement à Sarawak par les artistes les plus connus. Il y a un extrait sur Sawaku. Music of Sarawak (MY3160) présentant une danse solo pour hommes des Orang Ulu et sur Bornéo: musiques des Dayaks et des Punans (MZ1172, également en téléchargement) qui inclut également des morceaux de Kalimantan (danse d’accueil des Bahau exécutée par huit femmes dansant autour des musiciens, musique de divertissement des Kelabit et pièce pour remercier les dieux après une chasse aux têtes des Kenyah).

An Anthology of South-East Asian Music: the Kenyah of Kalimantan (Indonesia) (MZ0075) est consacré aux Kenyah de Kalimantan qui utilisent le sape ou sampèq pour accompagner les danses d’hommes ou de femmes. La 13e partie de la série de Smithsonian Folkways, Music of Indonesia, Kalimantan strings (MZ0083, à télécharger) propose des enregistrements de sape de plusieurs peuples différents, les Kayan et à nouveau les Kenyah. Ils interprètent des airs pour danser (avec ou sans voix) et des airs populaires en duo.

Les photos des instruments viennent de la collection de Randy Raine-Reusch et montrent un ancien et un nouveau modèle.

Quelques liens

Sur Art-rock, excellent blog musical, une comparaison entre deux versions d’une même chanson interprétée par Amalia Rodrigues et Hélène Ségara.

Et pour s’amuser un peu, un petit lexique pour apprendre à mieux distinguer les différentes sortes de Metal chez Mariaunet, un blog où les découvertes artistiques sont journalières. Indispensable et tellement vrai !

Sur la platine (Février 2009-I)

Janvier a filé à toute vitesse, février aussi, et je me rends compte que je prends du retard dans cette rubrique mensuelle. Voici donc en quelques lignes les disques qui m’ont marqué récemment et dont certains mériteraient un commentaire bien plus détaillé. Pour certains de ces disques, des extraits sonores sont disponibles en cliquant sur la cote.

- Masters of the Sarawakian sape (MY3149): luth traditionnel de Sarawak (Bornéo / Malaisie) aux rythmes lancinants et envoûtants.

- Lula Côrtes e Zé Ramalho: Paêbiru (MH4115): composition de 1974 se voulant proche de la nature et des mythes anciens, au chant et rythmes ensorcelants. Un exemple de psychédélisme brésilien.

- Mary Hampton: My mother’s children (MQ1998): chansons néo-folk aux jolies histoires parfois un peu gothiques et pleines de sensualité. A suivre, tout comme le reste du label Navigator, malheureusement très mal distribué en Belgique.

Deux disques laotiens:

- Vongdonti Lao Deum: Dok Champa: mélodies du passé. Laos, Champassak (MX9965) et Laos: musique de l’ancienne cour de Luang Prabang (MX9327): musiques du sud et du nord du pays, jouées par des orchestres combinant percussions mélodiques et cordes, accompagnés de chant, que l’on peut rapprocher des traditions cambodgiennes et thaïlandaises.  Essentiel pour la discographie laotienne !

Deux compilations pour compléter la série des musiques psychédéliques africaines:

- African pearls: Guinée 70 – The discothèque years (ML2055): orchestres nationaux guinéens intégrant les influences occidentales et cubaines sur des rythmes mandingues.

- African pearls: Mali 70 – Electric Mali (ML5888): âge d’or de la musique malienne – les orchestres s’électrisent et modernisent le répertoire traditionnel bambara. Dansant et hypnotique !

Et en attendant les vacances qui sont encore bien lointaines, un petit avant-goût:

- Sayon Bamba: Mod’vakance (ML2190): chanson africaine actuelle, légère et dynamique mêlant instruments d’ici et d’ailleurs mais où les traditions guinéennes sont aisément reconnaissables. Rafraîchissant !

Par contre, si vous souhaitez vous replonger dans des ambiances plus sombres et nostalgiques, écoutez:

- Angelo Badalamenti: Twin Peaks. Season 2 music and more (YT9546): toujours aussi puissant et addictif !

Et pour plus de suggestions du genre, le parcours “100 ans de musiques de film” touche tout doucement à sa fin, la 10e partie sur les “nouveaux symphonismes” vient d’être mise en ligne. Rendez-vous le mois prochain pour le bonus, musiques de film et sonorités du monde, et très probablement le mois suivant pour un deuxième bonus (et oui, nous avons du mal à nous arrêter !).

Vintage music: Xavier Cugat et son orchestre

Un article sur la musique cubaine, oui, mais pas de son, de Buena Vista Social Club et autre Compay Segundo – les musiques cubaines sont bien plus riches que tout ce que la mode des dernières années a bien voulu nous présenter (et nous présente toujours, voir Café CubanoME3080).

Dès le début du 20e siècle sont nés de grands orchestres qui jouaient des airs latins d’origine cubaine, brésilienne, argentine et qui ont eu un succès fou par delà les frontières. En témoignent des disques comme Mambo à Paris, 1949-1953 (ME0262), Tango, le tango à Paris 1907-1941 (MG2221), Finnischer tango – Tule tanssimaan (MO9061), Cubans in Europe, 1929-1932 (ME3107) et bien d’autres encore. Et Xaviet Cugat dans tout ça ? D’origine espagnole (né le 1er janvier 1900) mais ayant grandi et étudié à Cuba, Xavier Cugat a contribué à la diffusion des musiques latines aux Etats-Unis. Il a travaillé pour le cinéma et a été à la tête de l’orchestre résident de plusieurs grands hôtels new-yorkais comme le Waldorf Astoria – ah cette belle époque où chaque hôtel se devait de divertir ses hôtes avec un orchestre de qualité, tout en proposant des boissons rafraîchissantes et des cocktails élaborés par les plus grands barmen !

Xavier Cugat était un personnage assez difficile à vivre, assez exigeant, en témoigne le changement fréquent de personnel dans son orchestre; mais les meilleurs musiciens et chanteurs de l’époque ont tous joué pour lui, de Miguelito Valdez, excellent chanteur de mélodies afro-cubaines, notamment pour l’orchestre Casino de La Playa ou le Riverside Orchestra, à Lina Romay, une charmante chanteuse mexicaine, du grand vocaliste Machito qui se fera remarquer dans le courant du jazz afro-cubain à Dinah Shore. Cordes et cuivres composaient son orchestre, le marimba et les percussions cubaines étaient omniprésentes. Il a joué tous les styles de musiques sur ses 60 ans de carrière, du bolero, au mambo, au cha cha cha.

N’oublions pas non plus ses performances dans de nombreux films d’Hollywood, avec son orchestre, où son charme et ses traits d’esprit ainsi que ses talents de showman ajoutaient une touche de glamour tout latin aux images. Je vous conseille Bathing Beauty (VB0721), avec son kitschissime mais si grandiose ballet aquatique dans lequel Esther Williams montre tous ses talents de nageuse et le morceau Bim Bam Bum qui est resté quelques semaines comme “song in my head”. Le clip suivant vient d’un autre film, Stage Door Canteen (VC0404), dans lequel on voit “Cugie” et Lina Romay.

A part ça, il s’est marié cinq fois, s’est lancé dans de nombreuses entreprises commerciales allant de l’élevage et de la vente de chihuahua à la fabrication de “Cugat’s nugats”, des bonbons; il a été propriétaire d’un restaurant et à 86 ans, il menait toujours un orchestre à Madrid et préparait un nouveau mariage. Il est décédé le 27 octobre 1990.

Une musique vintage, rétro à souhait mais qui garde tout son pouvoir de séduction. Wong Kar-wai ne s’est d’ailleurs pas trompé en utilisant certains de ses morceaux (Perfidia, notamment) dans Days of Being Wild et 2046 (VD1655).

La Médiathèque possède une grande quantité de ses enregistrements dont la plupart ont été réédités sur le label Harlequin. Par quel disque commencer ? Difficile à dire mais Bim bam bum [1935-1940] (ME4860) offre une bonne introduction, reprenant quelques grands hits ou Xavier Cugat and his orchestra 1940-42 (ME4863), avec des plages de sa meilleure période.

Jeunesse africaine

Le Mali dans les années 60-70:  un pays qui connaît de profonds changements. Les musiques s’électrifient, la jeunesse s’éprend des sons occidentaux et s’exprime par ses goûts vestimentaires. Le photographe malien Malick Sidibé capture ces moments:

Plus d’images ici; fond sonore: African Pearls: Mali 70 – Electric Mali (ML5888)

A très bientôt

Je reviens bientôt, quelques problèmes d’internet m’ont empêché de publier de nouveaux billets mais ça devrait s’arranger dans les jours qui viennent.

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