Rébétiko (La mauvaise herbe)

Rébétiko (La mauvaise herbe), de David Prudhomme

Ou comment parler de musique à partir d’une bande dessinée.

Je ne vais pas raconter ici l’histoire du rébétiko, je préciserai juste qu’il s’agit d’un style de musique populaire urbaine, né en Grèce dans les années 1920 et mélangeant influences européennes et orientales. Musique des bas-fonds, sur des thèmes comme la prison, le haschisch, le crime, la prostitution, la violence…, le rébétiko a souvent été associé au blues.

David Prudhomme nous conte une journée imaginaire de la vie des mangès, des musiciens de rébétiko. On est en 1936, le dictateur Metaxas a pris le pouvoir, a mis en place la censure et il devient difficile pour les artistes de s’exprimer. Markos Vamvakaris sort de prison ce jour-là et ses amis le rejoignent pour une nuit dans les tekés, dans les bars clandestins où l’on boit, fume le haschisch et chante le rébétiko, nuit qui se prolongera jusqu’au petit matin…

Le dessin élégant, les couleurs assez sombres, très passées, dans des tonalités ocre, terre de sienne et charbon, traduisent bien toute cette ambiance de fin d’une époque, de mélancolie, de folie aussi. Les bouzoukis et baglamas vibrent, deviennent sonores et nous emportent dans une errance nocturne… Une belle réussite !

Lien 1: une critique dans Le Monde

Lien 2: le blog de David Prudhomme avec des extraits musicaux et des dessins inédits

Lien 3: un podcast pour accompagner la lecture (merci à noreille pour le choix des morceaux)

Et quelques disques à écouter:

Rembetika. Songs of love, exile, prison and hash dens

Rembetika: songs of the greek underground 1925-1947

Rembetica: historic urban folk songs from Greece

The greek archives vol. 11: songs of outlaws

The greek archives: songs of prison life 1920-1936

The greek archives: songs of the taverna 1933-1939

The greek archives: about indian cannabis

Womex 2009

Le Womex 2009, la grande foire pour les musiques du monde, a eu lieu comme chaque année fin octobre. Après Séville, c’est la capitale danoise, Copenhague, qui a accueilli pendant cinq jours les délégués du monde entier représentant labels de disques,  artistes, salles de concert… de divers pays. Il y avait sans doute moins de participants cette année mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu moins d’échanges et d’accords pour des concerts. Le marché du disque est peut-être morose mais celui de la musique live l’est beaucoup moins.

Ce fut pour moi l’occasion de rencontrer un grand nombre de personnes, de Belgique mais aussi de l’étranger et de revoir de nombreuses connaissances avec qui il est toujours agréable de parler et d’apprendre de nombreuses choses sur la manière dont sont gérées les labels, les salles de concerts ou qui sont les artistes importants du moment… Networking, voilà le grand mot du Womex !

Le Womex ne serait pas le Womex s’il n’y avait pas les concerts, du showcase sur un stand à la “Great Nordic Night” spécialement organisée pour l’occasion. Le programme est toujours très chargé, se déroulant dans cinq salles (une de plus que l’année passée). Cette année, c’est le tout nouveau complexe de la radio danoise qui nous recevait. Exemple d’architecture contemporaine, le bâtiment n’a ouvert ses portes que récemment mais la grande salle de concert est déjà considérée comme une des meilleures du monde au point de vue acoustique. Je rajouterais que l’architecture est magnifique, tout en bois, tout en asymétries. Une scène était située dans le foyer, deux autres dans des salles au sous-sol (c’était juste dommage qu’il n’y avait qu’une seule entrée, ce qui provoquait de nombreux embouteillages) et une dernière salle était improvisée dans le bâtiment attenant. Comme chaque année, les styles sont mélangés, des concerts de musique traditionnelle côtoyant des DJ’s. Mais comme toujours, la tendance est aux musiques plus rythmées, festives, surtout en soirée. Le Balkan Beat, les musiques latino et l’électronique vivent encore de beaux jours ! Dommage que l”ambiance soit plus au shopping qu’à une écoute attentive…

Commençons donc par le shopping: Chet Nuneta, groupe de femmes jouant avec la voix et les percussions, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, je laisse ce genre de musique à un autre public. Idem pour Les Yeux Noirs, groupe tsigane, Yilila d’Australie, le Ale Möller Band dont le concert mélangeait trop de cultures et de traditions différentes…

Comme nous étions au Danemark, une attention toute particulière a été donnée à la musique scandinave. Le concert d’ouverture était nommé “The Great Nordic Night” et rassemblait une vingtaine d’artistes du Danemark, des Iles Féroé, du Groenland, de Suède, de Norvège, de Finlande et d’Islande. Placé sous la direction artistique du violoniste danois Harald Haugaard cette soirée se voulait assez grand public, présentant des styles traditionnels des différents pays mais aussi des chansons plus contemporaines, parfois à la limite de la variété. N’empêche, une bonne polska jouée à plusieurs violons et toute la salle avait envie de danser.

Les musiciens scandinaves avaient également tout le long du Womex une scène qui leur était exclusivement réservée. Malheureusement, la salle était fort petite, l’entrée souvent encombrée et les musiques que j’ai entrevues plutôt calmes. J’aurais très certainement beaucoup plus profité du duo finlandais Lepistö et Lehti et du groupe suédois Nordic dans d’autres circonstances. Valravn par contre se démarquait par des instruments traditionnels mêlés à des beats électroniques qui allaient quant à eux un peu fort (juste un problème de mixage à mon avis) !

Deux belles découvertes dans les showcases de l’après-midi: tout d’abord Mamane Barka, nigérien, et son luth biram en forme de bateau. Là aussi, le son n’était pas parfait, les percussions étaient un peu fortes mais la magie a opéré, le son de l’instrument est vraiment magnifique.

San Chuan est composé de trois chinoises jouant du zheng, une longue cithare sur table (proche du koto japonais). Elles n’ont pas encore d’album à leur actif (c’est pour février) mais ont fait l’aller-retour depuis leur pays pour avoir l’avis du public par rapport à leur jeu. Elles ont d’ailleurs une manière bien différente de jouer la musique classique chinoise, loin de la virtuosité un peu empruntée (et fortement mâtinée d’influences européennes) des musiciens des années 80-90 et fort éloignée aussi du jeu un peu kitsch du Twelve Girls Band et consorts, qu’elles se sont amusées à singer ! Leur son est très doux, les notes se mêlent, les mélodies flottent dans l’air. Un très beau concert d’un groupe dont j’attends beaucoup et qui joue en Belgique dans le cadre d’Europalia.

L’Addis Acoustic Project semblait prometteur: un groupe actuel qui rejouait les standards de l’éthio-jazz et de la musique populaire des orchestres des années 50-60, avec dans le groupe un musicien de l’époque, Ayele Mamo Belayneh qui joue la mandoline et qui était touchant par moments avec ses allures de star de rock’n'roll. Quelques moments d’intense plaisir, de retour aux sources (me faisant penser aux musiques pop cambodgiennes de la même époque) mais dans l’ensemble un concert / concept raté: les solos de guitare et de batterie sonnaient trop jazz (un jazz grand public).

J’espérais voir une belle performance de mento (style jamaïcain pré-reggae, proche du calypso) mais Gilzene and The Blue Light Mento Band a intérêt à apprendre à chanter ! La musique était bonne mais le chant complètement faux ! J’ai rarement entendu de si mauvais chanteurs !

L’Indienne Kiran Ahluwalia quant à elle chante très bien mais je n’ai pas pris le temps d’écouter longtemps ses ghazals, préférant aller écouter d’autres choses moins connues.

L’Orquesta Chekara Flamenca rassemble des musiciens marocains et des chanteuses de flamenco. Fusion qui pourrait fonctionner mais qui était plutôt juxtaposition. Rien de mauvais à cela mais rien de transcendant non plus.

Une petite tranche de musique festive avec le groupe colombien Chocquibtown qui ne m’a pas vraiment intéressé et avec Jaune Toujours qu’il se fallait de soutenir, groupe belge/bruxellois oblige ! Ils ont joué deux fois, une première fois dans un showcase lors du drink des stands belges et une deuxième fois en soirée devant un public bien plus important.

J’avais déjà vu le groupe sino-mongol Hanggai deux fois à Bruxelles mais c’est avec plaisir que je suis retournée à leur concert de Copenhague. Ils étaient au complet cette fois-ci, ce qui a laissé plus de place aux voix (différents styles de chant de gorge) et à la guitare électrique. J’aime beaucoup leur musique (et les musiques de Mongolie et de Tuva en général) mais je suis assez d’accord avec cette personne qui me disait qu’elle aimerait les voir aller plus loin dans le côté rock, dans l’expérimentation à partir des traditions. J’espère toujours qu’apparaîtra un jour un groupe du même niveau que Yat-Kha !

Pour finir ce long billet, parlons de ma découverte du Womex (en général, il y en a une par an) ! Je ne suis pas une grande amatrice de fado et de musiques portugaises que je trouve en général trop larmoyantes mais j’ai été subjuguée par Deolinda. Le cd m’avait paru plus intéressant que la moyenne mais j’écoute tant de disques que je l’ai assez vite oublié (j’aurais dû en parler ici). La chanteuse Ana Bacalhau (pas un nom facile à porter !) essaie de casser tous les préjugés du fado, s’en moque même ! Elle a une présence exceptionnelle et sa présentation de chaque morceau en anglais apporte une bien meilleure compréhension des thèmes et ambiances qui ne se limitent d’ailleurs pas au fado. La musique du groupe s’inspire aussi bien des traditions portugaises que de celles du Cap Vert ou du Brésil. Rafraîchissant ! (Et j’ai adoré sa robe !)

Une galerie de photos complète se trouve ici.

Film noir music

Crimes, pluie battante, bars enfumés, silhouettes menaçantes, revolvers, détectives en impers, chanteuses sensuelles en robe de soirée, tous des éléments qui créent l’ambiance des films noirs. Et comme musique ? Du jazz, assurément, direz-vous… Et non ! Les années 40, l’âge d’or du film noir, connaissent encore trop la ségrégation et les grands patrons des compagnies de cinéma ont à leur disposition une armada de compositeurs dont beaucoup ont des origines européennes. Miklos Rozsa, Max Steiner, Franz Waxman s’inspirent du romantisme européen du 19e siècle, avec des touches d’impressionnisme ou de la vigueur toute wagnérienne, et plus tard des dissonances et des atonalités modernes.

En contraste avec ces scores, chaque film ou presque comporte des scènes tournées dans un nightclub, où diverses chanteuses interprètent les chansons populaires du moment ou des standards du jazz (en prenant soin le plus souvent de ne pas montrer dans la même image le musicien ou chanteur noir et les acteurs blancs !).

La vie d’un compositeur à cette époque n’était pas facile: les échéances était fort rapprochées, trois semaines étaient une moyenne pour créer une musique et il n’est pas étonnant que beaucoup de partitions se ressemblent. Malgré cela, quelques compositions sortent vraiment du lot, avec des thèmes originaux et l’utilisation des instruments adéquats (notamment des cuivres) aux moments clés. Une bonne connaissance des techniques de composition faisait également des miracles dans des délais aussi courts.

A la fin des années 50, le style de musique commence à changer, le classicisme est abandonné au profit d’autres musiques, comme les rythmes afro-cubains dans Touch of Evil ou finalement, le jazz dans Ascenseur pour l’échafaud.

La discographie du film noir n’est pas très importante: trois compilations font un tour d’ensemble de la question mais les scores de films uniques sont quasi inexistants en cd. Une sélection:

  • Adolph Deutsch: The maltese falcon and other classic film scores, contenant le score de The Maltese Falcon (1941) composé par Adolph Deutsch, surtout connu pour sa musique de Some like it hot de Billy Wilder. Compositeur lié à la Warner entre 1937 et 1945, Adolph Deutsch créa pour Le faucon maltais un score subtil et mystérieux, créant des ambiances avec les instruments à vent. Un extrait, avec 30 secondes de musique à la fin de la séquence:

  • Miklos Rozsa: Spellbound (1945) avec le son bizarre du theremin (ici dans un enregistrement moderne)

  • Franz Waxman: Sunset Boulevard, (1950): une des meilleures partitions de Franz Waxman, qui lui valut l’Oscar de la meilleure musique. Waxman venait de rejoindre la Paramount. Il composa une musique qui s’appuyait fortement sur des leitmotivs, chaque personnage avait son thème.

  • Henri Mancini: Touch of evil (1958): Henri Mancini s’inspire des rythmes afro-cubains, de musique mexicaine, de rock’n'roll, créant une ambiance tout à fait différente, proche du jazz. En exemple: la scène d’ouverture où Orson Welles mélange la musique d’Henri Mancini aux bruits de la rue:

Et pour terminer, une chanson, Blue gardenia par Nat King Cole, dans le film du même nom:

World Sountrack Awards 2009

Il n’y a pas que les musiques du monde dans la vie, il y a aussi les musiques de film (entre plein d’autres choses !).

Le festival du film de Gand a toujours consacré une large partie de son programme aux musiques qu’on entend dans les films, avec des invités prestigieux tels Shigeru Umebayashi cette année (un billet à son sujet suivra), Michael Danna, Angelo Badalamenti et bien d’autres les années précédentes. Chaque année, il y a des concerts mais aussi des prix décernés par la World Soundtrack Academy.

Le palmarès de cette année:

Alexandre Desplat a été particulièrement prolifique cette année, composant score sur score, et tous de très bonne qualité. Et comme disent certains, vu qu’il est le compositeur pour Twilight – New Moon (dont le score sortira fin novembre), il recevra probablement le prix du public l’année prochaine. Je ne me souviens pas du score de Benjamin Button mais j’ai été charmée par celui de Coco avant Chanel, très délicat et élégant.

Omar Souleyman, de star pop syrienne à un hype international ?

Espoir musical de l’année selon le NME (5e sur 50 places !), une page complète à son propos dans les Inrockuptibles, Omar Souleyman est sans conteste la nouvelle star des milieux hype. Découvert par le label américain Sublime Frequencies, l’artiste syrien a récemment fait une tournée européenne dans des clubs plutôt orientés rock, subjuguant les auditeurs par des sons assez rudes et plein de distorsion, par des rythmes primitifs et frénétiques peu connus à leurs oreilles, par des synthétiseurs criards et boîtes à rythmes cheap. Mode passagère, besoin d’exotisme, de sonorités venues d’ailleurs, différentes de la musique latino ou des percussions africaines qu’on nous bassine à longueur de journée ? Oui, sans doute. Mais pourquoi cette star locale syrienne et pas l’idole vietnamienne ou le crooner somali ? Pourquoi Omar Souleyman et pas un des nombreux autres artistes du même style qui voyagent de village en village pour animer les célébrations diverses ou un de ces chanteurs qui comme Ali Aldik renouvellent les traditions du dabke.

Il ne faut certainement pas jeter la pierre à Sublime Frequencies qui depuis quelques années édite des musiques issues de cassettes locales, souvent inédites (Cambodge, Myanmar, Iraq…), ou des collages de radios du monde (Corée du Nord, Maroc…). Il ne faut également pas sous-estimer la musique d’Omar Souleyman. Star dans son propre pays, il s’inspire des traditions kurdes et turques, du choubi irakien et du dabke, une musique de fêtes et de mariages qui se danse en cercle et qu’on retrouve dans tout le Levant, du Liban à la Syrie. Son origine vient d’un rythme de travail, celui du piétinement du torchis pour fabriquer les toits des maisons. Au Liban dans les années 60, les frères Rahbani ont popularisé le style en composant de nombreux morceaux pour Fairuz et l’ont élevé au rang de musique nationale ou presque, créant des spectacles de grande envergure avec danses assez spectaculaires.

Quant au disque d’Omar Souleyman, écoutez-le pour ce qu’il est, appréciez-le à sa juste valeur c’est à dire une musique locale, avec ses défauts, un peu kitsch parfois mais possédant une énergie assez incomparable. Et n’oubliez pas qu’il y a plein de découvertes à faire dans d’autres pays du monde !

Pour le podcast, c’est par ici.

The Elvis of Thailand

L’Elvis de Thaïlande, c’est ainsi qu’est surnommé Surapol  Sombatcharoen (1930-1968). Cette star thaïlandaise de lukthung a connu beaucoup de succès dans son pays dans les années 50-60 et certaines de ses chansons se retrouvent dans le film Monrak Transistor.

Le luk thung est une musique qui est née dans la région de Suphanburi, au centre de la Thaïlande. C’est un peu la “country” thaïlandaise. Les chansons parlent de la difficulté de vivre, surtout des immigrés dans les grandes villes; elles racontent des histoires de chauffeurs de camion, paysans, servantes, prostituées, bref, la vie dans la grande ville loin de sa région d’origine. Le son initial était ancré dans les traditions, les chansons populaires, la musique classique du centre du pays et les danses traditionnelles ramvong. Dans les années 50 se sont rajoutés les violons malais, les orchestres de cuivres latins ainsi que des rythmes commes le cha-cha-cha ou le mambo (les tournées asiatiques de Xavier Cugat ont fortement influencé les styles locaux) mais aussi des éléments de la musique des films d’Hollywood et la country yodel de Gene Autry ou Jimmie Rodgers. C’est une musique pleine d’émotions (qui peut rappeler l’enka japonais ou le kroncong indonésien) avec glissandos et ornementations dans la voix. Surapol Sombatcharoen a son premier hit en 1952 avec Nam Da Sow Vienne (Les larmes de la fille de Vientiane) et est resté le “king” du lukthung jusqu’à son assassinat (pour une sombre affaire de femmes, dit la rumeur) en 1968. Dans les années 70, c’est Pompuang Duangjang qui est devenue la star incontestée; elle est toujours vénérée après son décès en 1992. Les stars d’aujourd’hui sont Sunaree Ratchasima, Mike Piromporn, Monsit Kamsoi… et même un artiste d’origine suédois, Jonas Anderson.

Si les quelques disques présents à la Médiathèque ne vous suffisent pas, je vous conseille le blog Monrakplengthai qui est une source inépuisable sur les musiques thaïlandaises et les nombreux clips sur youtube.

Etats-Unis | Mongolie | Nouvelle-Guinée (Sur la platine – Juillet 2009 – I)

En ce début de mois de juillet, trois disques ont retenu mon attention pour diverses raisons. C’est à nouveau un voyage assez improbable dans l’histoire et dans des cultures fort différentes.

Etats-Unis

Banjo. An American five-string history, 1901-1956 (MA5213): ce disque a été compilé par Gérard De Smaele, grand spécialiste belge de l’instrument et consultant pour l’exposition “Banjo !” au MIM en 2003-2004. Plongeant dans les archives – l’enregistrement le plus ancien date de 1901 – il nous propose de revivre une partie de l’histoire des Etats-Unis. D’origine afro-américaine, le banjo à cinq cordes a été utilisé pour tous les types de répertoires, à la fois européens et africains, des salons où il est joué en style classique ou semi-classiques aux campagnes des Appalaches où il s’enracinera profondément. C’est là que se font les premiers “field recordings” par, entre autres, John et Alan Lomax mais aussi des enregistrements commerciaux, les firmes de disques y envoyant “talent scouts” et studios portables. Le disque s’arrête aux années 50, au début du folk revival qui sépare le monde des “anciens” de celui des “nouveaux”. Des notes très complètes accompagnent chaque morceau. Je vous conseille tout particulièrement Ladies on the steamboat de Richard Burnett où celui-ci, tout en jouant du banjo, imite le son de l’instrument à la voix.

Mongolie

Mongolie: chants et morin khuur (MY3934): ce n’est un secret pour personne, j’aime le chant de gorge et les musiques de Mongolie ou de Tuva. J’attends toujours avec impatience les nouveaux disques mais je suis de temps en temps bien déçue: la folklorisation et la virtuosité passent souvent par là et ne m’intéressent guère. Rien de tout cela dans ce très beau disque enregistré sur place et produit par Ocora (label de qualité): libérés du contrôle de l’époque communiste, les Mongols peuvent à nouveau se tourner vers des traditions anciennes et s’exprimer tels qu’ils le souhaitent. Chants diphoniques khöömii, chants longs urtiin duu, chants courts bogino duu et vièle morin khuur renvoient aux sons de la nature, aux grands espaces de la steppe.

Nouvelle-Guinée

Lani Singers: Ninalik ndawi (MZ2715): j’ai envie de parler de ce disque moins pour la musique – tout à fait agréable par ailleurs – que pour le sujet qu’il aborde. Les Lani Singers sont originaires de Nouvelle-Guinée occidentale, la partie de l’île sous contrôle indonésien. Avec ce disque, il veulent exprimer le désir de liberté d’un peuple qui est forcé de vivre au second rang. Les Indonésiens pratiquent le nettoyage ethnique et invitent de nombreux émigrants de Java ou Sumatra à s’installer sur l’île où ils sont prioritaires pour les emplois, les soins de santé et l’éducation. Malgré tout, les Papous essaient de garder leurs traditions: sur ce disque, les Lani Singers interprètent des chansons accompagnés d’ukulélé et de guitare, dans un style commun à tout le Pacifique.

Ethiopie – Panama – Zanzibar (Sur la platine – Juin 2009)

Un voyage un peu bizarre, me direz-vous, mais ce sont de ces pays là que viennent les trois coups de coeur de la semaine. (J’en ai eu d’autres durant mon absence sur ce blog, mais ceux-ci me poussent vraiment à écrire à nouveau – ainsi qu’un moment de calme relatif dans mon travail !)

Ethiopie

Ililta ! New Ethiopian dance music (MK9733): je vous garantis que si vous écoutez ce disque, vous ne pourrez rester immobiles ! La série de disques Ethiopiques était essentiellement consacrée aux musiciens éthiopiens des années 60 et 70 mais la venue au pouvoir d’un gouvernement militaire en 1975 arrêta net la grande période des orchestres. Dans les années 90, peu de choses intéressantes nous sont parvenues: les stars avaient émigré ou étaient décédées, et surtout, les synthétiseurs cheap ont déferlé, nous donnant des morceaux pop trop ou mal produits. Cependant, depuis quelques années, on constate un renouveau: de jeunes musiciens se tournent vers les rythmes et instruments traditionnels pour produire des morceaux très dansants et aux beats entraînants. Les synthés n’ont pas disparu mais l’ensemble est bien plus excitant qu’avant !

Panama

Panama ! 2: Latin sounds, cumbia tropical & calypso funk on the Isthmus 1967-77 (MF9821): deuxième volume que le très bon label Soundway consacre aux musiques de Panama dans les années 60-70. C’est une édition très soignée avec un livret très complet et de belles photos d’archives. Quant à la musique, c’est également un de ces disques qui donne envie de danser ! On oublie trop souvent que les musiques latino ne se limitent pas à la salsa ! De nombreux genres existent, avec des nuances régionales: la cumbia par exemple est essentiellement colombienne mais s’est diffusée dans les pays voisins. Panama est au centre de toutes les influences: au sud, la Colombie avec vallenato et cumbia, à l’est, les Antilles avec les rythmes cubains, le mento et le calypso, au nord, le Mexique, avec ses boleros et marches militaires, tandis que le jazz et le gospel arrivaient depuis le port de la Nouvelle-Orléans. Tous ces genres sont se sont mêlés et ont été empruntés par les groupes locaux qui sont au sommet de leur créativité dans les années 60-70. S’y ajoutent des influences locales, des musiques de l’intérieur du pays, la “musica tipica”, caractérisée surtout par les percussions d’origine afro-américaine et par l’accordéon.

Zanzibar

Mohamed Ilyas with Nyota Zameremeta Orchestra of Zanzibar, Taarab (MM4215): ce disque n’est peut-être pas aussi dansant que les deux précédents mais le taraab a le pouvoir d’emporter, de faire voyager vers d’autres mondes, entre les grands orchestres égyptiens et les musiques de Bollywood. A l’origine musique de mariage, le taarab est joué tout le long de la côte de Tanzanie et du Kenya, par les peuples Swahili musulmans. Rythmes des percussions et cordes prennent une place importante dans les sonorités du style. En complément à la série Zanzibara, ce disque présente Mohamed Ilyas, une des personnalités importantes du genre. Sa voix est claire et les modulations précises; il sait comment attirer l’attention d’un public et l’émerveiller, comment traduire les émotions.

Ces disques seront très bientôt disponibles en centre de prêt.

Continental Superstar

Cela fait quelques mois déjà que Continental Superstar (Musée du Cinquantenaire, octobre 2008 – mars 2009) est terminé mais voici quelques photos et commentaires sur cette exposition qui montrait un certain nombre d’orgues mécaniques construites pour accompagner les danses de salon. Elles étaient jouées tous les jours et le public était libre de danser dans l’espace aménagé à cet-effet. (Entretemps, j’ai appris que les orgues étaient démontées et mises dans un dépôt du musée, sans qu’il n’y aie de projet de les montrer quelque part. Dommage !)

Orgue de kermesse “L’Alexandre”, Louis Hooghuys, Grammont, 1907

Revenons quelques décennies en arrière à une époque où nos grands-parents allaient danser le dimanche après-midi sur les airs à la mode… Orchestres en tous genres rythmaient les pas de tango, de valse ou de fox trot mais c’était aussi l’époque des orgues mécaniques qui remplaçaient à moindre coût les musiciens. La Belgique, le sud des Pays-Bas et le nord de la France étaient des fabricants reconnus dans le monde entier pour ce genre de machines, allant des plus petites proches des orgues de Barbarie aux plus grandes reproduisant un orchestre entier. Continue reading ‘Continental Superstar’

Un article / un concert

Deux nouveaux cd (MZ1311 et MZ1312) de la série Gamelan of Central Java entrent dans nos collections. Un article de Daniel Patrick Quinn parle de la série et fait le point sur ces musiques.

Le 6 juin à Hasselt, concert d’artistes du lable Sublime Frequencies: Group Doueh et Omar Souleyman.

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